‹ Extrait des notes d'un voyage d'exploration à la mer Morte, dans le Wady Arabah, sur la rive gauche de Jourdain et dans le désert de PalmyreChapitre 4 sur 18 · COMPTE RENDU · texte numérisé non relu

COMPTE RENDU

Beyrouth, 23 octobre 1864.

Mowsreur LE Duc,

Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous en informer par mes précédentes lettres, j'ai dû attendre pour me rendre à Palmyre la fin des grandes chaleurs et le moment où les Bédouins, quittant leurs campements aux environs de Homs, se répandent vers l’Euphrate, et rendent par leur présence une sécurité relative à cette partie du désert.

Dés les premiers jours de septembre, mes travaux résultant du dernier voyage étant terminés, je m’occupai activement des préparatifs de mon nouveau départ. Le 12 septembre j'expédiais par terre ma caravane à Tripoli, et le 15 je la rejoïgnais par le paquebot des Messageries impériales, le Danube ayant ainsi franchi en quatre heures de traversée la distance de Beyrouth à Tripoli, qui n’exige pas moins de dix-huit heures en suivant la côte à cheval.

Javoue que j’entreprenais avec joie et confiance cette mtéressante excursion, dans la réussite de laquelle j'avais placé tout mon espoir. Les bonnes raisons ne manquaient pas pour m'y encourager. J’avais auprès de moi M. Fouët, aspirant de la marine, que M. le capitaine de vaisseau de Marigny, commandant la frégate l’Impétueuse, en station à Beyrouth, avait gracieu— sement autorisé à m'accompagner, et qui n’a cessé de justifier jusqu’à la fin les bonnes recommandations dont il avait été lobjet de la part de

ses supérieurs. Mon drogman était Anton Nicolaï, ce même homme à la

fois intelligent, sage et hardi, dont vous avez apprécié toutes les qualités pendant votre remarquable voyage, et avec lequel on peut entreprendre de grandes choses. Enfin des instruments en bon état et un chronomètre réglé avec le plus grand soin, me permettaient de compter sur l’exactitude de mes observations.

En débarquant à Tripoli je trouvai sur la plage M. Guillaume Rey, que j'avais eu le plaisir de connaître à Paris, que j'avais revu dernièrement à Beyrouth, et en compagnie duquel je me félicitais de faire ma première étape. Sa mission le conduisait dans la montagne des Ansarieh; et l’obligeait, comme la mienne, à passer le pont du Nahr el Kebir.

Sans perdre un temps précieux, nous montions à cheval à 10 heures du matin; le soir nous campions près du Wély de Cheïkh Ayasch, à environ six heures dans la plaine au nord de Tripoli, et le lendemain je continuais jusqu’à Kalaat el Hossn, après avoir échangé des souhaits sincères de bonne réussite avec M. Rey, qui faisait route vers le nord.

Une marche de cinq heures nous conduisait, avant midi, à ce magnifique château du moyen âge, que j'ai visité avec Le plus grand intérêt et dont j'ai pu vérifier la position astronomique. J'ai eu la satisfaction de la trouver conforme à celle que lui avait assignée M. le capitaine Mansell, de la marine britannique, sur sa carte des côtes de Syrie.

Dans la soirée du troisième jour, 17 septembre, nous campions sous les murs de Homs. Là nous devions prendre de nouveaux arrangements pour pousser plus avant; là aussi nous attendaient des péripéties sans nombre.

Le privilége de conduire les voyageurs à Palmyre a toujours appartenu aux Arabes Mizrab, fraction importante de la tribu des Sbah, laquelle est ellemême une grande division de la tribu si noble et si puissante autrefois des Anévé.

Les Anézé ne reconnaissent plus aujourd’hui de chef suprême, et leur nom n’est qu'un souvenir sans valeur de leur antique renommée. Chaque fraction vit indépendante, souvent même divisée à l’intérieur, en guerre avec ses voisins et pourchassée par le gouvernement turc, dont le but constant est de les soumettre à l'impôt.

Au moment dont je parle, les Sbah, écrasés sous les coups du général Emin-Pacha, avaient déjà fui vers l'Euphrate, laissant derrière eux le

désert entièrement abandonné, et n'ayant à Homs ou aux environs d’autre représentant que Midjwell, frère de leur chef Mohammed, et que des circonstances toutes particulières laissent jouir d’une protection et de priviléges spéciaux.

Malgré sa bonne volonté, Midjwell était impuissant à nous conduire seul à Palmyre. Une escorte était indispensable et ne pouvait être fournie que par un certain Farès, chef des Hossani, campés à trois heures de Homs.

Le cheïkh Farès jouissait, il y a quelques années, d’une puissance et d’une considération relatives. Des échecs successifs et des pertes considérables, que lui ont fait éprouver alternativement les Sbah et les troupes du Sultan, l’obligent à courber la tête; mais il n’est point difficile de voir en lui l’homme qui cède temporairement à la force et se relèvera quand le moment sera venu.

Dans ces conditions, Farès ne pouvait accepter avec empressement les propositions de Midjwell, auquel il était heureux de reprocher sa faiblesse.

Je n’entreprendrai pas, Monsieur le Duc, de vous faire partager toutes nos émotions résultant de cette discussion. Chaque heure apportait une nouvelle complication à l’état de choses. Nous avions besoin des deux chefs, l’un représentant le droit, l’autre la force.

Pendant cinq jours j’ai dû désespérer de leur entente, et, par suite, de notre voyage à Palmyre. Enfin, un dernier effort, auquel tout le monde prit part, amena un arrangement inespéré dans la journée du 22 septembre, et le soir, à 4 heures, nous avions la satisfaction de voir arriver notre escorte, composée de soixante-dix Bédouins armés de fusils à mèche et montés deux à deux sur des dromadaires. Le coup d’œil, bien pittoresque par lui-même, l’était rendu plus encore par l’assurance du départ pour le lendemain. Avec l'espoir, la joie était revenue sur tous les visages, et le soir nous nous endormions comme si nous étions déjà sur cette route, si difficile à entreprendre.

L’illusion ne devait pas être de longue durée. À 11 heures, un bruit inaccoutumé nous réveillait en sursaut, et bientôt j’apprenais qu’une complication d’une autre nature entravait encore nos projets. La nouvelle venait d'arriver qu'un parti de cinq cents cavaliers du Haurân! avait, dans la matinée, fait une invasion jusqu'à six heures de Homs, pillé plusieurs villages, emmené tous les

! Ces cavaliers appartenaient aux tribus des Rawallah et des Ouled Ali.

bestiaux et tué quelques habitants qui avaient tenté de se défendre. Le commandant militaire de Homs faisait monter ses hommes à cheval, partait avec deux pièces d'artillerie à la poursuite des pillards, et nous priait de suspendre nos projets jusqu’à son retour.

La journée du lendemain nous parut longue jusqu'au moment où les troupes rentraient en ville après n’avoir rien vu, ce qui était facile à prévoir.

Le ghazû (c’est ainsi qu'on nomme ces expéditions qui n’ont d'autre but que le vol) avait repris la direction du Haurân. Dès lors il n’était plus à craindre pour nous, et nous dûümes de nouveau penser à notre départ. Malheureusement, ce retard avait eu pour effet de brouiller encore nos deux chefs; tous les arrangements antérieurs étaient sérieusement brisés, et je crus positivement que le ciel était contre nous.

Enfin, après une discussion sans nom, des cris indescriptibles qui ne durèrent pas moins de six heures, et que surmontèrent des argu— ments que j'ignore, nous partimes le 24 septembre, à 4 heures du soir, pour aller camper à Zukera, village situé à sept milles de Homs, sur la route de Palmyre.

Je n’en croyais pas l'évidence, et cependant nous étions bien partis. Dès ce moment nous n'avions plus à redouter que les ennuis inséparables d’une escorte nombreuse, ennuis largement compensés par le plaisir inespéré d’accomplir notre mission.

Vous me permettrez, Monsieur le Duc, de ne pas entrer ici dans tous les détails de la route. Ils feront l’objet d’un itinéraire que j'aurai l'honneur de vous adresser à part, et je me bornerai à vous signaler les incidents principaux de notre voyage.

Le 25, à 8 heures du matin, nous arrivions à un vallon verdoyant au fond duquel coule une source abondante, et qui sert généralement de campement d'été aux Sbah. C’est la dernière eau courante que l’on rencontre jusqu’à Palmyre. L'endroit s'appelle Aïfir. Là, deux routes s’offrent au voyageur, l’une, qui incline légèrement vers le nord, suit les plateaux élevés, c’est la route des caravanes; l’autre, au contraire, va chercher un peu au sud la grande plaine qui s'étend vers le Haurân. Elle est plus courte, mais moins sûre.

Il n’en fallait pas tant pour soulever une violente discussion parmi les gens

de notre escorte. Les partisans de la route du sud crièrent plus fort que leurs adversaires et eurent par suite l’avantage.

Le soir, nous campions au bord de la plaine, au fond d’un petit ravin où nos tentes devaient être assez bien dissimulées pour ne point attirer l'attention des maraudeurs. La nuit fut bonne, mais très-froide.

Le lendemain au petit jour nous reprenions notre marche vers l’est. Bientôt on signale un ghazû de l’autre côté de la plaine. Grand émoi parmi notre escorte; tous les regards sont dirigés vers le point indiqué.

Peu après nous traversons les traces toutes fraîches laissées par les chevaux et le bétail. Plus de doute, le ghazû est très-nombreux, il a passé à moins d’un kilomètre de notre camp, probablement une heure avant notre départ. Graduellement notre direction incline vers la gauche, les dromadaires pressent le pas, et cette fois, sans observation de personne, nous nous enfonçons dans les collines pour aller rejoindre la route des hauteurs que nous eussions mieux fait de prendre la veille.

Jusqu'à Palmyre aucun incident particulier n’a interrompu la monotonie de notre route, et je ne puis vous signaler que deux points m’ayant semblé offrir quelque intérêt. L’un auquel nous sommes parvenus le 27, à 3 heures après midi, répond au nom de Ghür Büto Ala. C’est un tertre d'environ quaranfe mètres de hauteur. Son sommet est couronné de tombes arabes au milieu desquelles gisent de grosses pierres cubiques. M’étant approché, j'ai trouvé, étendue à terre et brisée, une colonne de grande dimension, à chapiteau corinthien, et les traces de quelques autres. Le tout est extrêmement bouleversé, et il serait difficile de définir le monument dont j'indique les restes. Il devait avoir une certaine importance, bien que la plate-forme du tertre soit de peu d’étendue.

Le lendemain, à 11 heures du matin, nous passions devant des grottes artificielles creusées dans le flanc méridional du Djebel el Abyad. La disposition de notre temps ne nous ayant pas permis de nous y arrêter alors, je formai le projet d’y venir camper au retour, et vous me permettrez, Monsieur le Due, de copier dès à présent les notes que j’y ai prises lors de cette visite minutieuse.

Cet endroit est nommé El Ala Halyat par les Arabes, qui prétendent pouvoir y loger trois mille moutons. Le chiffre est évidemment exagéré. Les cavernes

| D (1 | se composent de chambres creusées avec soin dans la paroi verticale de la 1: montagne, formée en ce point de calcaire blanc.

Dans chaque chambre on remarque des niches régulières de dimensions variables et dont il m'est impossible de préciser l'usage. Au fond, se trouve une banquette, quelquefois deux, rappelant les banquettes destinées à recevoir les sarcophages dans les tombeaux. Dans un coin de l’une de ces chambres est creusé un trou cylindrique, large et peu profond. Serait-ce un foyer ?

J'ai compté cinq chambres au rez de chaussée, deux au-dessus et une à un | étage Supérieur. Elles ont toutes une fenêtre. La plus grande n’a pas plus de | | quatre ou cinq mètres de côté.

À droite de l’ensemble, un escalier extérieur permet de monter à une autre | chambre quadrangulaire plus régulièrement taillée et cimentée avec soin. Sur chacun des côtés, en exceptant celui de la porte, est un grand sarcophage creusé dans le roc même. Une autre chambre semblable paraît avoir été com— | mencée un peu plus haut sans avoir été terminée. | Ce qui enlève à ces constructions l’apparence exclusive d’une nécropole, ce sont deux immenses citernes creusées dans le roc et cumentées à l’intérieur. | Leurs orifices sont sur la plate-forme qui se trouve à 1 mètre 20 en contre-bas | | des seuils des portes du rez-de-chaussée. À

Deux pierres formant saillie en guise de mâchicoulis et établies à la partie || inférieure d’une fenêtre du premier étage directement au-dessus de l’une de

ces citernes, permettaient d'y puiser de l’eau sans descendre. Elles ne pouvaient avoir un but de défense, car elles ne correspondent à aucune ouverture donnant accès à l’intérieur.

Le tout domine un ravin assez profond.

f Je regrette que mon peu d'expérience en pareille matière ne me permette pas d'émettre une opinion. Je dois me borner à la description ci-dessus, que je me suis eflorcé de rendre aussi fidèle que possible. Oserai-je cependant ajouter que je crois voir dans les cavernes d’Ala Halyat l’union d’une habitation et d’un tombeau ? Qui a pu creuser ainsi sa demeure dans le roc? À quelle époque doit-on en rechercher l’origine? Les Bédouins ne nous | l’apprendront pas. Pour eux, c’est une ville des Beni Ghlal, tribu légendaire, dont le nom revient à chaque instant dans leurs contes.

Un peu plus loin, ils montrent les sépultures de ces mêmes Beni Ghlal. Ce

sont des tombes ressemblant absolument pour la forme et la disposition aux tombes arabes modernes, et n’en différant que par leurs dimensions colossales. Deux d’entre elles n’ont pas moins de dix mètres de long, et les Bédouins ont soin de faire remarquer qu’il n’y a qu’un corps dans chacune.

Enfin, le 28 septembre, à 7 heures du matin, nous entrions dans le défilé qui précède immédiatement Palmyre, nous préparant à ces grandes émotions qui saisissent le voyageur au moment où il découvre ces importantes ruines. Je dois dire que mon enthousiasme fut moins grand que je ne m'y attendais; il fut du reste diminué encore par une circonstance imprévue de nature à détourner toute notre attention.

Nous étions encore à dix minutes du point d’où l’on embrasse tout le panorama, lorsqu'un enfant informa nos Arabes qu’un ghazû, arrivé le matin, se reposait auprès de la source où il faisait boire le bétail volé pendant la nuit. L'occasion était belle pour voler des voleurs. Les mèches des fusils sont allumées, notre petite troupe s’avance en silence, nous la suivons en curieux. Au moment où elle arrive au point culminant du défilé, on reconnaît un troupeau d'environ deux cents dromadaires, surveillés par quelques cavaliers descendus de leurs montures et se livrant au plus paisible repos. Aussitôt des cris sauvages sont poussés par les nôtres. Ils se précipitent à toute vitesse vers les infortunés, qu’achèvent de mettre en déroute complète quelques coups de fusil tirés en l'air. Les dromadaires effrayés s’enfuient à travers les ruines; léurs surveillants, abandonnant tout, disparaissent au plus grand galop de leurs juments. Pendant un quart d'heure, c’est une course désordonnée avec accompagnement de hurlements et de détonations. Enfin le calme revient. On compte les prises, qui se bornent à environ une dizaine de dromadaires ; le reste est parvenu à s'échapper. Dès lors, commence une bruyante discussion entre les capteurs; puis on s’explique. Il est reconnu que ces dromadaires appartiennent à de bons marchands de Damas qui viennent de les acheter à des Arabes amis, et qu’ils doivent être rendus.

Voilà donc beaucoup de bruit pour un résultat nul; mais le spectacle a réellement été des plus curieux.

D’après nos conventions, nous pouvions passer cinq jours à Palmyre; en conséquence, notre camp fut établi dans un jardin entouré de murs, où nous pûmes jouir, à l’abri des indiscrets, de la tranquillité la plus parfaite.

La population de Palmyre se compose d'environ cinq cents fellahin, qui se renferment tous les soirs dans la cour du grand temple, encombrée par leurs huttes. Ce sont des gens paisibles, commandés par le cheikh Farès !, qui n’a cessé d’avoir pour nous les plus aimables procédés.

Dés le jour de notre arrivée, M. Fouët et moi avons commencé nos travaux. Notre temps a été employé jusqu’à la dernière minute. Suivant les circon- Stances, nous nous livrions aux observations astronomiques , à la photographie ou à l’estampage des inscriptions. Le temps ne nous a pas toujours été propice. Le ciel, quelquefois couvert, nuisait autant à“nos observations qu’à la photo graphie. Malgré tout, nous avons recueilli des éléments plus que suffisants pour déterminer une bonne position astronomique, rapporté trente-cinq photographies, qui, si elles ne sont pas exemptes de défauts, donneront au moins une bonne idée des lieux, et estampé dix-neuf inscriptions palmyréniennes, c'est-à-dire toutes celles que nos faibles moyens mettaient à notre portée.

J'ai eu l’honneur de vous dire, monsieur le Duc, que notre impression en arrivant à Palmyre était restée au-dessous de nos espérances. Pour étre juste, je dois ajouter maintenant que plus nous nous rapprochions des ruines, plus nous les examinions et plus nous leur trouvions un caractère de grandeur. Elles ont le tort de se trouver au milieu d’une immense plaine blanchâtre, et, lorsque le soleil les éclaire uniformément, elles perdent tout leur effet. Je reste convaincu que notre impression eût été tout autre si notre premier coup d’œil eût été donné une heure avant le coucher du soleil.

Le soir du quatrième jour, nous étions à la fin de nos travaux. Tous les points de vue photographiés, toutes les inscriptions à notre portée estampées, et la position suffisamment déterminée, me firent considérer comme inutile un séjour plus prolongé; le lendemain, 2 octobre, nous reprenions la route de Homs, où nous arrivions, sans incident remarquable, le 5 octobre, à 11 heures du matin. Alors seulement, les gens de notre escorte commencèrent à respirer à l'aise. Leurs craintes ayant fait place à une joie désordonnée, ils l’exprimaient à leur façon, et c'est au bruit des coups de fusil et des cris les plus affreusement dissonants que nous ayons fait notre entrée à Homs. Midjwell était venu à notre rencontre; notre arrivée le déga—

* Il ne faut pas confondre ce Farès avec le cheikh des Hossani dont j'ai parlé plus haut.

geait d’une responsabilité qui lui paraissait lourde. Son inquiétude avait été grande pendant notre absence.

J'ai eu le regret de ne pouvoir satisfaire au désir de M. Waddington en relevant l’aqueduc qui conduisait les eaux à Palmyre et les trois autels qu'il avait bien voulu me signaler. La route que nous avons suivie a dü nous en faire passer à une grande distance, et, tandis que nous descendions la montagne, ces diverses ruines devaient rester à notre droite dans la plaine.

J'ai dû aussi renoncer à pousser ma reconnaissance au delà de Palmyre et à visiter Rissäfa, ainsi que je vous en avais annoncé le projet. L'état actuel des populations du désert ne le permettait en aucune façon. Tous nos efforts pour y parvenir ont été vains. Personne n’a consenti à my conduire à quelque prix que ce füt, alors même que je demandais d’y aller seul, sans bagages et à dos de dromadaire, sans m’arrêter nulle part.

Si j'en juge par les erreurs que j'ai dû relever sur la position de Palmyre et la topographie générale du désert, ce voyage eût cependant été des plus intéressants, au point de vue géographique tout au moins. Ce n’est pas sans une peine extrême que j'en ai fait le sacrifice; mais j'ai la consolation de n'avoir cédé qu’en présence d’une impossibilité absolue.

D’après les renseignements que j'ai recueillis, la tournée de Palmyre à Rissâfa, Serieh et Hamah, serait facile à exécuter, mais au printemps seulement et en temps de paix.

Nous voiei done de nouveau à Homs, Monsieur le Duc, c’est-à-dire en pays civilisé, n’ayant plus besoin, pour voyager, d’une escorte toujours ennuyeuse, quelles que soient ses bonnes dispositions. Dès le 6 octobre nous partions pour Hamah. Dans le but de reposer hommes et bêtes, je me décidai à coucher à Restân, et n’arrivai à Hamah que le lendemain à 10 heures du matin. Deux jours passés en observations m'ont permis d’en déterminer exactement la position. J'ai eu le plaisir de retrouver M. Rey à Hamah et de le féliciter sur ses intéressantes découvertes.

Le 9, nous reprenions la route de Tripoli. Le 10, en passant au pied de Kalaat el Hossn, je pouvais faire de nouvelles observations pour contrôler la marche de mon chronomètre, et, le 11, j’arrivais à Tripoli, d’où un paquebot arrivé fort à propos nous ramenait à Beyrouth dans la journée du 12.

En résumé, je viens d’accomplir un voyage des plus intéressants, pendant

lequel je me suis efforcé de recueillir tous les renseignements en mon pouvoir. Je serais heureux si mes travaux pouvaient obtenir votre approbation, et je me permettrai de les résumer de la manière suivante :

Positions de Kalaat el Hossn, Homs, Hamah et Palmyre, déterminées exactement ; cette dernière était erronée de 32 en latitude et de 22’ en longitude, d’après la carte que M. Waddington avait bien voulu me confier.

Itinéraires tracés sous forme de carte et décrits.

Estampages de dix-neuf inscriptions palmyréniennes.

Trente-cinq vues de détails ou d'ensemble prises à Palmyre.

En terminant, Monsieur le Due, vous trouverez bon que je rende à chacun la justice qui lui est due.

M. Fouët n’a cessé de me prêter un concours des plus efficaces et de me fournir l’occasion d'apprécier son caractère doux et aimable.

Antoûn Nicolaï, mon drogman, m'a donné, sous tous les rapports, la satisfaction la plus complète.

Les autorités turques m'ont fourni sur tout mon passage des preuves de sympathie dont j'ai été touché.

Enfin, en ce qui concerne plus particulièrement le voyage au désert, je dois à Midjwell des remerciments sincères. IL pouvait se retrancher derrière les difficultés du moment pour se dispenser de me faire faire une excursion dont il n’a tiré qu'un modeste profit, vu la grande escorte qu'il a dû payer. Il a bien voulu passer outre en acceptant une grande responsabilité. J’ai également trouvé un puissant appui auprès de lady Digby, dont nous avons reçu à Homs

l'accueil le plus bienveillant, et qui a paru s'intéresser vivement à notre mission.

À CHEIKH AYASCH, KALAAT EL HOSSN, MAR GIRGIOS, HOMS, PALMYRE;

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