CHAPITRE III. . , 29J
abolir , même à la cour , à caufg de Texeniple , lesamusements ordinaires des cours , le jeu^ les théâtres , co« médie, opéra, tout ce qui efféminé les hommes, tout caqui les distrait, les isole , leur fait oublier leur patrie e^ leur devoir, tout ce qui les fait trouver bien partout pourvu qu'ils s amusent; il faut inventer des jeux, des fêtes, des solennités, qui soient si propres à cette cour-là qu'on ne 1^ retrouve dans aucune autre» Il fout qu on s'amuse en PcJogne plus que dans les autres pays, mais non pas de la même manière. Il faut en un mot renverser un exécrable proverbe, et faire dire à tout Polonois au fond de son cœur: Ubi patrie y ibi benè^
Rien , s'il se peut , d exclusif pour les grands et les riches. Beaucoup de spectacles en plein air , 011 les rangs soient di«bngués avec somu:, mais où tout le peuple prenne part également , comme chez les anciens , et où , dans certaines occasions , la jeune noblesse fasêe preuve de force et d adresse. Les combats des taureaux n'ont pas peu contribué à maintenir une certaine vi« gueur chez la nation espagnole. Ces cirques Où s'exer-' çoit jadis la jeuness» en Pologne devfoient être soigneusement rétablis , on on devroit faire pour elle des théâtres d'honneur et d'émulation. Rien ne seroit plus aisé que d'y substituer aux anciens combats des exercices moins cruels, où cependant la force et Tadresse aiiroMBt part, et où les victorieux auroient de même des luHmeurs et des récompensés. Le maniement des cbttvaux est par exemple un exercice ti*ès convenable aux Polonois , et très susceptible de l'éclat du spectacle .
Les héros d'Homère se distinguoient tous par leur
force et leur adresse , et pdr là montroient aux yeux du peuple cp'ils étoient faits pour lui commander. Les tournois des paladins formoient des hommes non seulement vaillants et courageux , mais avides d'honneur et de gloite, e\ propres à toutes les vertus. L'usage des armes à feu ^ rendant ces facultés du corps moins utiles à la guerre , les a fait tomber en discrédit. Il arrive de là que, hors les qualités de Tesprit, qui sont souvent équivoques , déplacées , sur lesquelles on a mille' moyens de tromper, et dont le peuple est mauvais juge y un homme , avec lavantage dé la naissance , n a rien en lui qui le distingue d^un autre , qui justifie la fortune, qui montre dans sa personne un droit naturel à la supériorité ; et plus on néglige ces signes extérieurs, plus ceux qui nous gouvernent s'efFéminent et se corrompent impunément. Il importe pourtant , et /• plus qu'on ne pense, que cfeux qui doivent un jour I commander aux autres se montrent dès leur jeunesse I supérieurs à eux de tout point, ou du moins qu'ils y tâchent. S est bon dé pkus que le peuple se trouve souvent sPvec ses chefs dans des occasions agréables , qu'il les connoisse, qu'il s'accoutume à les voir, qu'il partage aveé eux ses plaisirs. Pourvu que la subordination soit toujours gardée et qu'il ne se confonde point avec eux , c'est lu moyen qu'il s'y affectionne et qu'il joigne pour eux l'attachement au respect» Enfin le goût de^ exercices corporel s détourne d'une oiiiveté dangereuse, des plaisirs efféminés , et du lute de l'esprit. C'est surtout à cause de l'ame qu'il faut exercer le corps ; et voilà ce que nos petits sages sont loin de voir.