CHAPITRE VI. 3o
ordre existant par lui-même. Maie en Pologne , ôtez Tordre équestre , il n'y a plus de sénat, puisque nul ne peut être sénateur s'il n'est premièrement noble polonois. De même il n'y a plus de roi , puisque c'est l'ordre équestre qui le nomme, et que le roi ne peut rien sans lui : mais ôtez le sénat et le roi, l'ordre équestre et par lui l'état et le souverain demeurent en leur entier; et dès demain, s'il lui plait , il aura un se» nat et un roi comme auparavant.
Mais, pour n'être pas un ordre dans l'état, il ne s'ensuit pas que le sénat n'y soit rien; et quand il n'auroit pas en corps le dépôt des lois , ses membres , indépendamment de l'autorité du corps , ne le seraient pas moms cle la puissance législative , et ce seroit leur ôter le droit qu'ils tiennent de leur naissance que de les empêcher d'y voter eu pleine diète toutes les fois qu'il s'agit de ftdre ou de révoquer des lois; mais ce n'est plus alors comme sénateurs qu'ils votent , c'est simplement comme citoyens. Sitôt que la puissance . législative parle , tout rentre dans l'égalité : toute autre aut(»*ité se tait devant elle; sa voix est la voix de Dieu sur la terre. Le roi même , qui préside à la diète, n'a pas alors , j e le soutiens , le droit d'y voter s'il n'est noble polonois.
On me dira sans doute ici que je prouve trop, et que si les sénateurs n'ont pas voix comme tels à la diète, ils ne doivent pas non plus l'avoir comme citoyens , puisque les membres de l'ordre équestre n'y votent pas par eux-mêmes , mais seulement par leurs représentants , au nombre deçquels les sénateurs ne sont pas. Et pourquoi voteroient-ils comme particu-
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liers dans la xliéte^ puisque-attcim autre noble y s'il n'est nonce y ny peut voter? Cette objection me paroit solide dans Tétat présent des choses; mais«quand les changements projetés seront faits , elle ne le sera plus, parcequ alors les sénateurs eux-mêmes seront des représentants perpétuels de la nation, mais qui ne pourront agir en matière de législation qu avec le concoure de leurs collègues.
Qu on ne dise donc pas que le concours 4u roi, du sénat et de Tordre équestre est nécessaire pour former une loi. Ce droit n'appartient qu'au seul ordre équestre, dont les sénateurs sont membres comme les nonces, mais où le sénat en corps n entre poiur rien. Telle est ou doit être en Pologne la loi de Fétai; : ipais la loi de la nature , cette Ici sainte , imprescriptible , qui parle au cœur de* l'homme et à sa raison , ne permet pas qu'on resserre ainsi l'autorité législative, et que les lois obligent quiconque n'y a pas voté personnellement comme les nonces , ou du moins parles représentants comme le corps de la noblesse. On ne viole point impunément cette loi sacrée; et l'état de foiblesse oii une si grande nation se trouve réduite est l'ouvrage de cette barbarie féodale qui fait re^ancher du corps de letat sa partie la plus nombreuâi^, et quelquefois la plus saine.
A Dieu ne plaise queje croie avoir besoin de prouver ici ce qu'un peu de bon sens et d'enti*ailles suffisent pour faire sentir à tout le monde ! Et d'où la Pologne prétend-elle tirer la puissance et les forces qu'elle étouffe à plaisir dans son sein? Nobles Polonois, soyez plus, soyez hommes : alors seulement vous