CHAPITRE VII. Î
de voix dont il a besoin pour être toujours prépondér rant.
Je dis que c e^t un défaut , parceque le sénat , étant un corps particulier dans Fétat, a nécessairement des intérêts de corps différents de ceux de la pation , et qui même, à certains égards, y peuvent être contraires. Oria*loi, qui n est que lexpression de la vo^ lonté générale, est bien le résultat de tous les intérêts particuliers combinés et balancés par leur multitude ; mais les intérêts de corps, faisant im poids trop considérable, xomproîent réquilibre, et ne doivent pas y entrer collectivement. Chaque individu doit avoir sa voix; nul corps, quel quil soit, n'en doit avoir une. Or si le sénat avoit trop de poids dans la diète , non seulement il y porteroit son intérêt,, mais il le rendroit prépondérant.
Un remède naturel à ce défaut se présente de lui-' même ; c est d augmenterle nombre des nonces ; mais je craindrois que cela ne fît trop de mouvement dans letat et n approchât trop du tumulte démocratique. S'il falloit absolument changer la proportion , au lieu d augmenter le nombre des nonces, j'aimerois mieux diminuer le nombre des sénateurs. Et, dans le fond, je ne vois pas trop pourquoi, y ayant déjà ua palatin à la tête de chaque province , il y faut encore de grands castellans. Mais ne perdons jamais de vue Timportante maxime de ne rien changer sans nécessité, ni pour retrancher ni pour ajouter.
Il vaut mieux, à mon avis, avoir un conseil moins nombreux, et laisser plus de liberté à ceux qui le composent, que d'en augmenter le nombre et de gêner
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la liberté dans les délibérations , comme on est ton* jours forcé de faire quand ce nombre devient trop grand : à quoi j'ajouterai, s'il est permis de prévoir le bien ainsi que le mal , qu'il faut éviter de rendre la diète aussi nombreuse qu'elle peut Têtre , pour ne pas s'ôter le moyen d'y admettre un jour , sans <!onfusion , de nouveaux députés , si jamais on en vielit à Tennoblissement des villes et à Taffrancbissement des serfs , comme il est à desii^er pour la force et le bcmheur de la nation.
Cherchons donc un moyen de remédier à ce défout d'une autre manière et avec le moins de changem^it qu'il se pourra.
Tous les sénateurs sont nommés par le roi , et conséquemment sont ses créatures : de plu^, ils sont à vie, et, à ce titre, ils forment un corps indépendant et du roi et de l'ordre équestre , qui , comme je l'ai dit, ^ son intérêt à part et doit tendre à l'usurpation. Et l'on ne doit pas ici m'accuser de contradiction parceque j'admets le sénat comme un corps dictinct dans la république , quoique je ne l'admette pas comme un ordre composant de la république; car cela est fort difË^ent.
Premièrement, il faut ôter au roi la nomination du sénat, non pas tant à cause du pouvoir qu'il conserve parla sur les sénateurs, et qui peut n'être pas grand, que par celui qu'il a sur tous ceux qui aspirent à l'être , et par eux sur le corps entier de la nation. Outre l'effet de ce changement dans la constitution , il en résultera l'avantage inestimable d'amortir , parmi la noblesse, l'esprit courtisan, et d y substituer l'esprit