CHAPITRE XH
et qui est à son devoir. Il faut remettre cet état dam le même hoimeor où il étoit jadis , et où il est eueove en Suisse et à Génère, où les meilleurs bourgeois sont aussi fiers à leur corps et souà les armes qu à Thèld»de-viUe et au conseil souverain. Pour cela, il importe que dans le choix des- officiers on n'ait aucun égard au rang, au crédit et à la fortune, mais uniquement à Fexpérience et aux talents. Rien n^est plus aisé que de . jeter sur le bon maniement des armes un point d'honneur qui fait que chacun s'exerce avec z^e pour le service de la patrie aux yeux de sa famille et des siens; zélé qui ne peut s allumer de même ches de la canaille enrôlée au hasard , et qui ne sent que la peine de s'exercer. J'ai vu le temps qu'à Genève les bourgeois ma^ nœuvroient beaucoup mieux que des troupes réglées; mais les magistrats, trouvant que cela jel0t dans k bourgeoisie un esprit militaire qui n'alloit pas à leurs vues, ont pris peine à étouffer cette émulation, et n'ont que trop bien réussi.
Dans l'exécution de ce projet on pourroit , sans Aucun danger , rendre au roi l'aotorité militaire naturel- . louent atta<^p à sa place, car il n'est pas concevable que la nation puisse être employée 'h s'opprimer ellemême, du moins quand tous ceux qui la composent auront part à la liberté. Ce n'est jamais qu'ayec des troupes I^églées et toujours subsistantes que la puissanceex^ctttive peutasservir l'état. I^es grandesarmées romaines furent sans abus tant qu'elles changèrent à . diaque consul ; et , jusqu'à Marius , il ne vint pas même à l'esprit d'aucun d'eux qu'ils en pussent tirer aucun moyen d'asservir la république. Ce ne fut que quand
le grand éloignement des conquêtes força les Romains de tenir long-temps sur pied les mêmes armées , de les recruter de gens .sans aveu , et d'en perpétuer le commandement à des proconsuls , que ceux-ci commencèrent .à sentir leur indépendance et à vouloir s*en servir pour établir leur pouvoir.- Les armées de Syllà, de Pompée, et de César , devinrent de véritables troupes réglées , qui substituèrent Tesprit du gouvernement militaire à celu^ du républicain ; et cela est si vrai , que les soldats de César se tinrent très offensés quand , dans un mécontentement réciproque , il les traita de citoyens, quintes *. Dans le plan que j'imagme et que j achèverai bientôt de tracer, toute la Pologne deviendra guerrière autant pour la défense de sa liberté contre les entreprises du prince que contre celles de ses voisins; et ij oserai dl^ que, ce projet une fois .bien exécuté, 1 on .pourroit supprimer là charge de grand-général et la iréunir à la couronne , sans qu'il en résultât le moindre danger pour la liberté , à moins que la nation ne se laissât leurrer par des projets de conquêtes, auquel cas je ne répondrois plus de rien. Quiconque yeulrôt^ «auK autresleur liberté finit presque toujours par perdre
*.Ce trait est rapporté par Suétone .( in JuL Ces, cap, 70) et par Tacite (^ Annal. I, 4^)» mais Rousseau na pas fait attention que quirites tl est rien moins que synonyme de cives y et Tacite en cet endroit mémei^e fait bien sentir. Suivant la remarque de Dotte- ▼ille, quirites étoit le nom qu'on dpnno^ au pei:^e ron;^tn assemblé dans Roive en temps de paix. Si donc les soldats de César s'of* fensèrent de j:ette qualification , c'est par un motif étranger à celai qu^ Rousseau leur suppose. Au reste ^ si Texemple cité pèche ici dans son a|>plication, la proposition générale n*en reste pas moins vraie*