‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 181 sur 200 · CHAPITRE XIII. 38l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 38l

qu^extorqués par la brigue et le crédit. A cela je nai qu^une chose à répondre. J'ai cru parler à un peuple qui, sans être exempt de vices , avoit encore du ressort et des vertus ; et , cela supposé y mon projet est bon. Mais si déjà la Pologne en est à ce point que tout y soit vénal et corrompu jusqu'à la racine, c'est en vain qu elle cherche à réformer ses lois et à conserver sa liberté; il faut qu'elle y renonce et qu'elle plie sa tête au joug. Mais revenons.

Tout sénateur député qui l'aura été trois ibis avec approbation passera de droit au troisième grade le plus |levé dans Tétat , et la marque lui en sera conférée par le roi sur la nomination de la diète. Cette mar^ que sera une plaque d'acier bleu semblable aux précédentes y et portera cette inscription j Custos legnm . Ceux qui rauro]|t vécue la porteront tout le reste de leur vie, à quelque poste éminent qu'ils parviennent, et même sur le trôi^ quand il leur arrivera d'y monter.

Les palatins et grands castellans ne pourront être tirés que du corps des gardiens des lois, de la même manière que ceux-ci l'ont été de^ citoyens élus , c'està-dire par le choix de la diète ; et comme ces palatins occupent les postes les plus éminents de la république , et qu'ils les occupent à vie, afin que leur émulation ne s'endorme pas dans les places.où ils ne voient plus que le trône auhdessus d'eux, l'accès leur e^ sera ouvert, mais de manière à n'y pouvoir arriver encore que par la voix publique et à force de vertu.

Remarquons, avant que d'aller plus loin, que la carrière que je donne à parcourir aux citoyens pour arriver graduellement à la tête de la république , parott

382 GOUVERNEMENT DE PQLOGNE.

assez bien propoitÊonQiée ^x mesures de Ift vie hamaine pour que ceux qm tîevieiiiii^ rênes du. gofuver nementy ayant passé la fougue de la jeunesse, puisseot néanmoins élre encore dans la vîgaear de l'âge , et qu après quinze ou vingt ans d'épreuve coatinueUement sous les yeux du public, il leur reste encore us assez grand nombre d'années à faire jouir la patrie de leurs talents , de leur expérience et de leurs vertus , et à jouir eux-mêmes dans les premières places de Tétat du respect et des honneurs qu'ils auront si bien mérités. En supposant qu un l^omme commence à vingt ans d'entrer dans les affaires , il est possiblç qu'à trente-cinq il soit déjà palatin ; mais oomme il e^scbien difficile et qu'il n'est pas même à propos que cette marche graduelle se fasse si rapidement, on n'arrivera guère à ce poste éminent avant la quarantiiîne ; et c «at l'âge, à mon avis, le plus convenablitpour réunir toutes les qualités qu'on doit redierdier dans ua homme d'état. Ajoutons ici que cette marche parott appropriée, autant qu'il est possible, aux besoiiM. dugouvernement. Dand le calcul des probabiUtés ^ j 'estime qu'on aura tous les deux ans au moins cinquante nouveaux citoyens élus et vingt gardiens des lois ; nonJires plus que suffisants pour recruter les deux pffities JÉu sénat auxquelles mènent respectivement ces devx ^raèes. €ar on voit aisément que quoique le premier ïang an sénat soit le plus nombreux , étant à vie , il aura moins souvent des places à remplir que le seccmd, qui, dans mon projet , se rtaouvelle à chaque diète oordinaire.

On a déjà vu , et l'on verra bientèt ctofKoi^ , qu« j^ ne laisse pas oisi^ les élus surnuméraires en ^^Midflfft

GHAPITBE XIII. 383

qu'ils entrent Éa sénat coimnie députés ; pour ne pas laisser oisife non plus les gardiens des lois , en atten* dant qu'ils y rentrent comme palatins ou eastellans^ c'est de leur corps que je fonnerois le coUége.des ad*ministrateurs de l'éducation dont j ai parlé ci^devant. On pourroit donner pour président à ce collège le primat ou un autre évêque , en statimnt au surplus qu'aucun autre ecclésiastique, fût* il évêque et sé«a* . teur, ne pourroit y être admis.

Voilà , ce me semble , une marche assez bien grar dnée pour la paitie essentielle et intevmédiaire du tout, savoir la noblesse et les magistrats; mais il nouft manque encore les deux extrêmes, savoir le peuple et le roi. Commençons par le premier, jusqu'ici compté pour rien , mais qu'il importe enfin de compter pour quelque chose, si l'on veut donner une certaine force, une certaine consistance à la Pologne. Rien de pins délicat que l'opération dont il s'agit ; car enfin ; bien que chacun sente quel grand mal c'est pour la repubhque que la nation soit en quelque feçon renfermée dans l'ordre équestre , et que tout le reste ,. paysans et bourgeois , soit nul , tant dans le gouvernement que dans la légiskition , telle est l'antique constituticm. It ne serok en ce moment m prudent ni possible de la ckanger tout d'un coup ; mais il peut l'être d'amener par degrés ce changement , de faire , sans révolution sensible , que la partie la plus nombreuse de la nation e'aittache d'affection à la patrie et m^e au gouvernement. Cela s'obtiendra par deux moyens : le premier, «ne exacte observation de la^justice , en sorte qù^ le seif et le roiamer , n'ayant jamais à craindre d'être in«

384 GOUYEJINEMEMT DE POLOGNE.

justement vexés par lé noUe , se guérfÉsent de rayersion qu ils doivent naturellement avoir pourvoi* Ged demande une grande réforme dans les tribunaux , et un soin particulier pour la formation du corps des avocats.

Le second moyen, sans lecpiel le premier n'est rien, est d'ouvrir une perte aux serfs pour acquérir la liberté^ et aux bourgeois pour acquérir la noblesse. Quand la chose dans le fait ne seroit pas praticable , il fiiudroit au moins qu'on la vil telle en possibilité ; mais on peut fairç plus 9 ce me semble, et cela sans courir aucun risque. Voici, par exemple , un moyen qui me parolt mener de cette manière au but proposé.

Tous les deux ans , dans Imtervalle d'une diète à l'autre , on choisiroit dans chaque province un temps et un lieu convenables où les élus de la même province qui ne seroientpas encore sénateurs députés s'assem* bleroient, sous la présidence d'un custos legum qui ne seroit pas encore sénateur à vie, dans un comité censorial ou de bienfaisance , auquel on inviteroit , non tous les curés , mais seulement ceux qu'on jugeroit les plus dignes de cet honneur. Je crois même que cette préférence , formant un jugement tacite aux yeux dû peuple , pourroit jeter aussi quelque émulation parmi les curés de village , et en garantir un grand nombre des mœurs crapuleuses auxquelles ils ne sont que trop sujets. \

DasïB cette assemblée, où l'on. pourroit encore appeler des vieillards et notables de tous les états , on s'occuperoit à l'examen des projets d'établissements utiles pour la province i on entendroit }es rs^pports des

Page 1