CHAPITRE XV
Conclusion.
Voilà mon plan suffisamment esquissé : je m arrête. Quel que soit celui qu'on adoptera, l'on ne doit pas oublier ce que j'ai dit dans le Contrat social* de l'état defoiblesse et d'anarchie où se trouve un^^ nation tandis qu'elle établit ou réforme sa constitution. Dans ce moment de désordre et d'effervescence elle est hors d'état de faire aucune résistance , et le moindre choc est capable de tout renverser. Il importe donc de se ménager à tout prix un intervalle de tranquillité durant lequel on puisse sans risque agir sur soi-même et rajeunir sa constitution. Quoique les changements à faire dans la vôtre ne soient pas fondamentaux et ne paroissent pas fort grands, ils sont suffisants pour exiger cette précaution; et il faut nécessairement un certain temps pour sentir l'effet de la meilleure réforme et prendre la consistance qui doit en être le fruit. Ce n'est qu'en supposant que le succès réponde au courage des confédérés et à la justice de leur cause , qu'on peut songer à l'entreprise dont il. s'agit. Vous
* Livre ii, chap, lo.
4o2 GOUVERNEMENT DE POLOGNE.
ne serez jamais libres tant qu'il restera un seul soldat russe eo Pologne , et vous serez toujours meuaci^ de cesser de Fêtre tant que la Russie se mêlera de vos affaires. Mais si vous parvenez à la forcer de traiter avec vous comme de puissance à puissance, et non plus comme de protecteur à protégé, profitez alors de répuisement où l'aura jetée la guerre dé Turquie pour faire votre œuvre avant qu'elle jmisse la troubler. Quoique je ne fasse aucun cas de la sûreté qu'on se procure au-dehors p^r des traités, cette circonstance unique vous forcera peut-être de vous étayer, autant qu'il se peut, de cet appui; ne fût-ce que pour connoltre la disposition présente de ceux qui traiteront avec vous. Mais ce cas excepté , et peut-être en d'autres tem&s quelques traités de commerce, ne vous fatiguez pas à de vaines négociations, ne vous ruinez pas en ambassadeurs et ministres dans d'autres cours, et ne comptez pas les alliances et traités pour quelque cjbose. Tout cela ne sert de rien avec les puissances chrétiennes : elles ne connoissent d'autres liens que ceux de leur intérêt : quand elles le trouveront à remplir leurs engagements, elles les rempliront; quand elles le trouveront à les rompre , elles les rompront : autant vaudroit n'en point prendre. Encore si cet intérêt étoit toujours vrai , la connoissance de ce qu'il leur convient de faire pourroit faire prévoir ce qu'elles feront. Mais ce n'est presque jamais la raison d'état qui les guide , c'est l'intérêt momentané d'un ministre, d'une fille, d'un favori ; c'est le motif qu'aucune sagesse humaine n'a pu prévoir, qui les détermine tantôt pour , tantôt contre leurs vrais intérêts. De quoi