CHAPITRE XV
peut-OB 9 assurer avec des gens qui n'ont aûcim s^jSrtème fixe, et qui ne se conduisent que par des impul^ sions fortuites? Bien n^e^t plus frivole que la science politique des cours: comme elle n'a nul principe assuré, Ton n en peut tirer aucune conséquence certaine; et toute cette belle doctrine dès' intérêts des princes est un jeu d'eniant qui fait rire les hommes sensés.
Ne vous appuyé? donc avec confiance ni sur vo$ alliés ni sur vos voisins. Vous n'en avez qu'un sur lequel vous puissiez un peu compter, c'est k grandseigneur, et vous ne. devez rien épargner pour vous en faire un appui : non que ses maximes d'état soient beaiïtoup plus certaines que celles des autres puissances; tout y dépend également d'un visîr, d'une fitvorite , d'une intrigue de sérail : mais l'intérêt de la Porte est clair, simple; il s'agit de tout pour eWè; et généralement il y régne, avec bien moins de lumière^ et de finesse , plu» de droiture et de bon sens. On à du moins avec elle cet avantage de plus qu'avec les puissances chrétiennes , qu'acné aime à remplir ses engagements et respecte ordinairement les traités. Il faut tâcher d'en faire avec elle un pour vingt ans , aus^ fort, aussi cleûr qu'il sera possible. Ce traité, tant qu'une antre puissance cachera ses projets , sera le meilleur , peut-être le seul garant que vous ptlissies» avoir; et, dans l'état où la présente guerre laissera vraisemblablement la Russie, j'estime qu'il peut vous suflfre pour entreprendre avec sûreté votre ouvrage; d'autant plus que l'intérêt commun des puissances de TEurope, et surtout de vos autres voisins, est de
4o4 GOUVERNEMENT DE POLOGNE.
-VOUS laisser toujours pour barrière eutre eux et les Russes , et qu'à force de changer de folies il faut bien qu'ils soient sages au moins quelquefois.
Une chose me fait croire que généralement on vous verra sans jalousie ti*aVailler à la réforme de votre constitution ; c'est que cet ouvrage ne tend qu'à l'affermissement de la législation , par conséquent de la Hberté, et que cette liberté passe dans toutes les cours pour une manie de visionnaires qui tend plus à afibiblir qu'à renforcer un état. C'est pour cela que la France a toujours favorisé la liberté du corps germanique et de la Hollande , et c'est pour cela qu'aujourd'hui la Russie favorise le gouvernement présent de Suéde , et contrecarre .de toutes ses forces lés pipojets du roi. Tous ces grands ministres qui, jugeant les hommes en général sur eux-mêmes et ceux qui les entourent 9 croient les connoitre, sont bien loin d'imaginer quel ressort l'amour de la patrie et l'élan dé la vertu peut donner à des âmes libres. Ils ont beau être les dupes de la basse opinion qu'ils ont des républiques et y trouver dans toutes leurs entreprises une résistance qu'ils n'attendoient pas, ils ne reviendront jamais d'un préjugé fondé sur le mépris dont ils se sentent dignes, et sur lequel ils apprécient le genre humain. Malgré l'expérience assez fis^^^nte que les Russes viennent de faire en Pologne, rien ne les fera changer d'opinion. Ils regarderont toujours les hommes libres comme il faut les regarder eux-mêmes, c''est-à-dire comme des hommes nuls, sur lesqii^ deux seuls instruments ont prise , savoir l'argent et le knout. S'ils voient donc que la république de Polo-
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