CHAPITRE IV
Dos bornes da pouvoir souverain.
Si Tétat ou la cité n'est qu'une personne morale dont la vie consiste dans l'union de ses membres , et si le plus important de ses soins est celui de sa propre conservation, il lui faut une force universelle et compulsive pour mouvoir et disposer chaque partie de la manière la plus convenable au tout. Comme la nature donne à chaque homme un pouvoir absolu sur tous ses membres , le pacte social donne au corps politique \ un pouvoir absolu sur tous les siens; et c'est ce même ' pouvoir qui , dirigé par la volonté générale , porte , comme j'ai dit , le nom de souveraineté.
Mais , outre la personne publique , nous avons à considérer les personnes privées qui la composent, et dont la vie et la liberté sont naturellement indépendantes d'elle. Il s'agit donc de bien distinguer les droits respectifs des citoyens * et du souverain » , et les devoirs qu'ont à remplir les premiers en qualité de sujets , du droit naturel dont ils doivent jouir en qualité d'hommes.
I On convint que tout ce que chacun aliène , par le
* Dans l'édition de Genève, 1782, et dans rin-4* de 1793, on . lit, du citoyen et du souverain; mais la fin de la phrase paroit justifier le pluriel, qu on trouve dans quelques éditions.
' Lecteurs attentifs, ne vous pressez pas, je vous prie, de m*aceuser ici de contradiction. Je. n*ai pu l'éviter dans les termes, vn la pauvreté de la langue; mais attendez.