‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 42 sur 200 · LIVRE H, CHAPITRE ly. l · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE ly. l

la discussion de toiite affaire particulière , faute d ua iatérêt commun qui unisse et identifie la régie du juge avec celle de la partie.

Par quelque côté qu'on remonte au principe , on arrive toujours à la même conclusion; savoir, que le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité qu ils s'engagent tous sous les mêmes conditions et doivent jouii* tous des mêmes droits. Ainsi , par la nature du pacte, tout acte de souveraineté, c'est-à-dirç tout acte authentique de la volonté générale, oblige ou favorise également tous les citoyens; en sorte qve le souverain connott seulement le corps de la nation, et ne distingue aucun de ceux qui la composent. Qu est-ce donc proprement qu un acte de souverai* neté? Ce n est pas une convention du supérieur avec Tinférieur , mais une convention du corps avec chacun de ses membres : convention légitime , parcequ'elle a ppur base le contrat social; équitable, parcequ'ellç est commune à tous ^ utile, parcequ elle ne peut avoir d autre objet que le bien général; et solide, parcer qu elle a pour garant la force publique et le po^voir ^upréipe. Tant que les sujets ne sont soumis qu a çl^ telles conventions, ils nlpbéissent à personne, jEiiais seulement à leur propre volonté : et demander jus<q^i'oû ^'étendent les droits respectifs du souve^aiç^ et des cifoyçns , c'est demander jusqu'à quel point çeu?pci peuvent s'engager avec ei^x-mêmes , chacun euv^^ tous, et tous envers qhacun d'eux.

On voit p^ là qu^ le pouvoir souveraipi, U^t absolu , tout sacré, tout inviolable qu'il est, ne paf^ ni ne peut passer les bornes des conventions géné-

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raies, et que tout homme peut disposer pleinement de ce qui lui a été laissé de ses biens et de sa liberté par ces conventions; de sorte que le souverain n'est jamais en droit de charger un sujet plus qu'un autre , parcèqu'alors , l'affaire devenant particulière, son pouvoir n est plus compétent.

Ces distinctions une fois admises , il est si faux que dans le contrat social il y ait de la part deâ particuliers aucune renonciation véritable, que leur situation, par l'effet de ce contrat, se trouve réellement préférable à ce qu'elle étoit auparavant, et qu'au lieu d'une aliénation ils n'ont fait qu'un échange avantageux d'une manière d'être incertaine et précaire contre une autre meilleure et plus sûre , de l'indépendance naturelle contre la liberté, du pouvoir de nuire à autrui contre leur propre sûreté , et de leur force , que d'autres pouvoient surmonter i contre un droit que l'union sociale rend invincible. Leur vie même, qu'ils ont dévouée à l'état, en est continiiellement protégée; et lorsqu'ils l'exposent pour sa défense , que font-ils alors que lui rendre ce qu'ils ont reçu de lui ? Que font-ils qu'ils ne fissent plus fréquemment et avec 'plus'de danger dans l'état de nature, lorsque, livrant des combats inévitables , ils défendroient au périWe leur vie ce qui leur sert à la conserver? Tous ont à €ombatti*e au besoin pour la patrie, il est vrai; mais aussi nul n'a jamais à combattre pour soi. Ne gagnet-on pas encore à courir , pour ce qui fait notre sûreté , tme partie des risques qu'il faudroit courir pour nousfnémes sitôt qu'elle nous seroitôtée?

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