CHAPITRE VL
De la loi.
Par le pacte social nous avons donné l'existence et la' vie au corps politique : il s'agit maintenant de lui donner le mouvement et la volonté par la législation. Car Tacte primitif par lequel ce corps se forme et s'unit ne détermine rien encore de ce qu'il doit faire pour se conserver.
l56 DU CONTRAT SOCIAL.
Ge qui est bien et conforme à Tordre est tel pau* la nature des choses et indépendamment des conven* tions humaines. Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source; mais si nous savions la recevoir de si haut , nous n'aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule; mais cette justice, pour être admise entre nous, doit être réciproque. A considérer humainement les choses, faut^ de sanction naturelle, les lois de la justice sont vaines parmi les hommes; elles ne font que le bien du méchant et le mal du juste, quand celui-ci les observe avec tout le monde sans que personne les observe avec lui. Il faut donc des ôonventions et des lois pour unir les droits aux devoirs et ramener la justice à son objet. -Dans Tétat de nature , où tout est comniun , je ne dois rien à ceux à qui je n'ai rien promis; je ne reconnois pour •être à autrui que ce qui m'est inutile. Il n'en est pas ainsi dans l'état civil, où tous les droits sont fixés par la loi.
Mais^u'est-ce donc enfin qu'une loi? tant qu'on se contentera de n'attacher à ce mot que des idées métaphysiques, on continuera de raisonner sans s'entendre ; et quand on aura dk ce que c'est qu'une loi de la nature , on n'en saura pas mieux ce que c'est qu'une loi de l'état.
J'ai déjà dit qu'il n'y avoit point de volonté générale sur un objet particulier. En effet, cet objet particulier est dans 1 état , ou hors de l'état. S'il est hors de l'état, une volonté qui lui est étrangère n'est point générale par rapport à lui; et si cet objet est dans l'état, il en fait partie : alors il se forme entre le tout et