‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 45 sur 200 · LIVRE II, CHAPITRE VI. iSy · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI. iSy

sa 'partie une relation qui en fait deux êtres séparés , dont la partie est Fun , et le tout, moins cette même partie , est Fautre. Mais le tout moins une partie n'est point le tout; et tant que ce rapport subsiste, il n'y a plus de tout, mais deux parties inégales; d'où il suit que la volonté de Tune n'est point non plus générale par rapport à l'autre.'

Mais quand tout le peuple statue sur tout le peuple, il ne considère cpie lui-même; et s'il se forme alors un rapport, c'est de l'objet entier sous un point de vue à l'objet entier sous un autre point de vue, sans aucune division du tout. Alors la matière sur.laquelle on statue est générale comme la volonté qui statue. C'est cet acte que j'appelle une loi.

Quand je dis que Tobjet des lois est toujours général, j'entends que la loi considère les sujets en corps et les actions comme abstraites , jamais un homme comme individu ni une action particulière: Ainsi la loi peut bien statuer qu'il y aura des privilèges , mais elle n'en peut donner nommément à personne ; la loi peut faire plusieurs classes de citoyens, assigner même les qualités qui donneront droit à ces classes , mais elle ne peut nommer tels et tels pour y être admis; elle peut établir un gouvernement royal et une succession héréditaire, mais elle ne peut élire un roi, ni nommer une famille royale : en un mot, toute fonction qui se rapporte à un objet individuel n'appartient point à la puissance législative.

Sur cette idée , on voit à l'instant qu'il ne &ut plus demander à qui il appartient de faire des lois, puisqu'elles sont des actes de la volonté générale ; ni si

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le prkftçe est «uniessus des lois , puiw^'il est moaubrc fie Tétat , ni si la loi peut être injuste , puisque nul n'eét injuste envers iHt^méme; ni commait on est libre et soumis aux lois , puisqu'elles ne sont que des régi»' très de nos volontés .

On voit encore que la loi réunissant luniversalité de la volonté et celle de lobjet, ce qu'un homme ^ quel qu'il puisse être , ordonne de son chef n est point ime loi : ce qu'ordonne même le souverain sur un objet |>articulier n'est pas non plus une loi , mais un décret; ni un acte de souveraineté, mais de magistra*iure.

J'appelle donc république tout état régi par des lois, sous quelque forme d'administration que ce puisse être : car alors seulemoit l'intérêt public gouverne, et la chose publique est quelque chose. Tout gouvernement légitime est républicain > : j'e^qpliquerai ci-après ce que c'est que gouvernements

Les lois ne sont proprement que les conditions de l'association civile. Le peuple , soumis aux lois , en doit être Tamteur; il n'appartient qu'à ceux qui s'associent de régler les conditions de la société. Mais Comment les ré^eront-ils? Sera-ce d'un commun ao^ «eord , par une inspiration subite ? Le ccnrps politique a*-t«il «m organe pour énoncer ses volontés? Qui li4i

' Je n'entends pas seulement par ce mot ane aristocratie ou nne démocratie , mais en général tout gouvernement guidé par la volonté générale, qui est la loi. Pour être lé^time, il ne faut pas que l^gôitteniémeht se cdnfbnde avec le souverain, mais qu'il en soit le ministre : alors la monarchie elle-même est république. Ceci s'édaircira dans le livre suivant.

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donnera*la prévoyance nécessaire pour en former les actes et les publier d'avance? ou comment les prononcera-t-il au moment du besoin? ComAnent une multitude aveugle , qui souvent ne sait ce qu elle veut , par^ cequ'elle sait rarement ce qui lui est bon, exécuteroitèlixi d'elle-iuéfme une entreprise ausli grande, aussi difficile, qu'un système de législation? De lui-niéme )e peuple veut toujours le bien , mais de lui-même ii ne le voit pas toujours. La volonté générale est toujoilts droite, mais le jugement qui la guide n'est pas toujours éclairé. Il faut lui faire voir les objets tels qu'ils sont , quelquefois tels qu'ils doivent hii pafoître , lui montrer le bon chemin qu'elle cherche , la gatàntît delà séduction des volontés particulières, rapprocher à ses yeux les lieux et les temjps , balancer l'attrait des avantages présents et sensibles par le danger des maux éloignés et cachés. Les particuliers voient le Ken qu'ils rejettent; le public veut le bien qu'il ne voit pas. Tous ont également besoin de guides. Il feut obliger les uns à conformer leurs volontés à leur raison ; il faut apprendre à l'autre à connoître ce qu'il Veut. Alors des lumières publiques résulte l'union de l'entendement et de la volonté dans le corps social; de là l'exact concours des parties , et enfin la plus grande force du tout. Voilà d'où naît la nécessité d'un législateur.

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