‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 46 sur 200 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Du tég^islateur.

Pour découvrir les meilleures régies de société ^qui conviennent aux nations, il faudroit une intelligence supérieure qui vit toutes les passions des hommes, et qui n'en éprouvât aucune; qui n eût aucun rapport avec .notre nature, et qui la connût à fond; dont le bonheur fût indépendant de nous , et qui pourtant voulût bien s'occuper du nôtre ; enfin qui , dans le progrès des temps se ménageant une gloire éloignée, pût travailler dans un siècle et jouir dans un autre '. Il faudroit des dieux pour donner des lois aux hommes.

Le même raisonnement que faisoit Galigula quant auËsiit, Platon le faisoit quant au droit, pour définir rhomme civil ou royal qu'il cherche dans son livre du Règne*. Mais s'il est vrai qu'un grand prince est , un homme rare, que sera-ce d'un grand législateur? Le premier n'a qu'à suivre le modèle que l'autre doit proposer. Celui-ci est le mécanicien qui invente la machine , celui-là n'est que l'ouvrier qui la monte et la

' Un peuple ne devient célèbre que quand sa législation commence à décliner. On ignore durant combien de siècles Tinstitution de Lycurgue fit le bonheur des Spartiates avant qu il fut question d'eux dans le reste de la Grèce.

* Voyez le dialogue de Platon qui, dans les traductions latines, a pour titre : Politicus ou Vir civilis. Quelques uns l'ont intitulé de Regno. Ce que Rousseau dit ici se rapporte à l'idée générale de ce dialogue plutôt qu'à un passage particulier qu'on en pourroit citer.

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