LIVRE m, CHAPITRE V. I
Il y a donc trois sortes d'aristocratie : naturelle , \ élective, héréditaire. La première ne convient quà \ des peuples simples ; la troisième est le pire de tous les ^ gouvernements. La deuxième est le meilleur; c'est l'aristocratie proprement dite.
Outre l'avantage de la distinction des deux pouvoirs , elle a celui du choix de ses membres ; car , dans le gouvernement populaire , tous les citoyens naissent magistrats; mais celui-ci les borne à un petit pombre-, et ils ne le deviennent que par élection ^ ; moyen par lequel la probité , les lumières , Texpérience , et toutes les autres raisons de préférence et d estime publique, sont autant de nouveaux garants qu'on sera sagement gouverné.
De plus , les assemblées se font plus commodément, les affaires se discutent mieux , s'expédient avec plus d'ordre et de diligence ; le crédit de l'état est mieux soutenu chez l'étranger par de vénérables sénateurs que par une multitude inconnue ou méprisée.
En un niot, c'est l'ordre le meilleur et le plus naturel queies plus sages gouvernent la multitude, quand on est sûr qu'ils la gouverneront pour son profit et non pour le leur. Il ne faut point multiplier en vain les ressorts, ni faire, avec vingt mille hom*
' n importe beaucoup de régler par des lois la forme de Tëlectien des magistrats ; car, en rabandonnant à la volonté du prince on ne peut éviter de tomber dans Faristocratie héréditaire , comme il est arrivé aux républiques de Venise et de Berne. Aussi la pre* mière est-elle , depuis long-temps, un état dissous; mais la seconde se maintient par Textréme sagesse de son sénat : c'est une exception bien honorable et bien dangereuse.
T. Il
178 DU COWTBAT SOCIAL.
Qies 9 ce qu£ cest faeinmes choisis peuvent feire eneore mieux. Mais il faut remarquer (pie rintérét dé corps Dommence à moins diriger ici la force publique 9ur la régie de la volonté générale , et qu une autre pente inévitable enlève aux lois une partie de la puissixioe executive.
.A regard des conveosmces particulières , il ne faut uî un état si petit, ni un peuple si simple et si droit, ^e Texécution des lois suive immédiatement de ia volonté publique, c(»»me dans une bonne dénMicratie. Il ne &ut pas non plusline si gifande nation , que les ehefe épars pour la gouverner puissent trancher du souverain chacun dans son département, et commencer par se rendre indépendants pour (devenir enfin les imltres.
Mais si Taristocratie exige quelques vertus dé mcÂns que le gouvernement populaire , elle en exige awsi d autres qui hù sont propr^es , comme là modération dans les ricbes , et le contentement dan^ les pauvres ; car il semble qu'une égalité rigon^reuse y çeroit déplaoéê ; elle ne fut pas niéme observée à ^>arte.
Au reste , si cette foime comporte une certaine in^alité ^fortune, c'est bien potir qu'en général l'administf ation des afCsiires publiques Sioit conBée à , ceux qui peuvent le mieux y donner tout leur t^«ips^ mais non. pas, conuae psét^sid Ariistote, pour cpie les riches, soient toujours préférés. Au contraire , il iinporte qu'un choix opposé apprenne quelquefois au peuple qu'il y a , dans, le méi^ des liQxmnes:, des