LIVRE III, CHAPITBE VI. i
^aiides places, ne servait ipi'à monfrer au piiUk leur ineptie aussitôt qu'ils y sont parvenus^. Le peuple se trofllpe bien mdiBS sur ce dioix que Ifi prince ; et un honuope d'un vrai mérite est presque aussi rare dans le ministère qu un sot à la tête d'un gOuvenie>ment républicain. Aussi, quand par quelque heureux hasard un de ceshoininés nés potur gouverner prend U tûnon des afïaires dans une laonarcbie. presque abîmée par ces tas de jolis régisseurs » on est tout surpris des ressources qu'il trouve^ et cela fait é|)oquedaiis un pays.
Pour qu'un état inonarchique pût être bien gouverné , il faudroit que sa grandeur ou son étendue fût mesuréç aux facultés de celui qui gouverne. Il est plus lûsé de conquérir que de régir. Avec un levier su£Br sant , d'un doigt on peut ébranler le inonde ; mais pour le soutenir il &mt les épaules d'Hercule. Pour peu qu'un état doit grand , le prince est presque toujours trop petit. Quand , au cositraire , il arrive que l'état est trop petit pour son chef, ce qui est très rare, il est encore mal gouverné, parceque le chef , fiintanttoi>jours la grandeur de ses vues, oublie les intérêts des peuples, et ne les rend pas moins malheureux par l'abus des talents qu'il a de trop, qu'un chef borné par le défaut de ceux qui lui manqumit. Il faudroit , pour ainsi dire , qu'un royaume s'étendit ou s6 resserrât à chaque régpe , selon la portée du prince ; au heu que les talents d'un sénat ayant des mesures plus fixes , l'état peut avoir des bornes OMistantes , et l'administration n'aller pas moins bien.
Le plus sensible inconvénient du gouvernement
l84 DU CONTRAT SOCIAL.
d'un seul est le dé£aut de cette succession continuelle qui forme dans les deux autres une liaison non interrompue ; U n roi mort , il en faut un ^utre ; les élections laissent des intervalles dangereux; elles sont orageuses; et à moinShque les citoyens ne soient d'un désintéressement, d'une intégrité que ce gouvernement ne comporte guère ^ la brigue et la corruption s'en mêlent. Il est difficile que celui à c(uî Tétat s'est vendu né le vende pas à son tour, et ne se dédommage pas sur les jEoibles de l'argent que les puissants lui ont extorqué. Tôt ou tard tdut devient vénal sous une pareille administration , et la paix , dont on jouit alors sous les rois est pire que le désordre des interrègnes.
Qu'a-'t-on fait pour prévenir ces maux? On a rendu les couronnes héréditaires dans certaines familles ; et l'on a établi un ordre de succession qui prévient toute dispute à la mort des rois ; c'est-à-dire que , substituant l'inconvénient des ^égences à celui des élections, on a préféré une apparente tranquillité à une administration sage , et qu'on a mieux aimé risquer d'avoir pour chefs dm enfants , des monstres , des imbéciles , que d'avoir à disputer sur le choix des bons rois. On nV pas considéré qu'en s'exposant ainsi aux risques de l'alternative , on met presque toutes les chances contre soi . C'étoit un mot très sensé que celui du jeune Deny s , à qui son père , en lui reprochant une action honteuse , disoit : T'en ai-je donné l'exemple? Ah ! répondit le fils , votre père n'étoit pas roi ' .
Tout concourt à priver de justice et de raison un
' Plutarque. Pict$ notables des roys et grands capitaines. § 23.