‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 75 sur 200 · LIVRE III, CHAPITRE VI. l · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VI. l

homme élevé pour commander aux autreë. On prend beaucoup de peine, à ce qu'on dit, pour enseigner aux jeunes princes Fart de régner : il ne paroit pas que cette éducation leur profité. On feroit mieux de commencer par leur enseigner Tart d obéir. Les plus grands rois qu'ait célébrés Fhistoire riront point été élevés pour régner; c'est une science qu'on ne possède jamais moins qu'après l'avoir trop apprise; et qu'on acquiert mieux en obéissant qu'en commandant. Nam uHlissimus idem ac brevissimus bonarum malarumque rerum dekçtuSy cogitare qviétaut nolueris sub alio principe j aut volueris * .

Une suite de ce défaut de cohérence est- l'inconstance du gouvernement royal , qui , se réglant tantôt sur un plan et tantôt sur un autre , selon le caractère du prince qui régne ou des gens qui régnent pour lui , ne peut avoir long-temps un objet fixe ni une conduite conséquente : variation qui rend toujours l'état flottant de maxime en maxime , de projet en projet , et qui n'a pas lieu dans les autres gouvernements, oùle prince est toujours le même. Aussi voit-on qu'en général, s'il y a plus de ruse dans une cour, il y a plus de sagesse dans un sénat , et que les républiques vont à leurs fins par des vues plus constantes et mieux suivies; au lieu que chaque révolution dans le ministère en produit une dans l'état, la maxime commune à tous les ministres , et presque à tous les rois , étant de prendre en toute chose le contre-pied de leur prédécesseur.

De cette même incohérence se tire encore la solution

•Tacite, Hiit. I, i6.

l86 eu CONTRAT SOCIAL.

d'uiisaphisH^ti^iaimtierauxpolitiquesreyaux^cWt Bon seulement de comparer le gouveraerneiit eiyil au l^uvernein^&t domestique , et le prince au père de &r mille 9 erreur déjà réfutée , mais encore de donner lilaeralement à ce magistrat toutes les yertus dont il aupcdt besoiii i et de supposer toujours que le prince est ce qu'il devroit être : supposition à laide de laquelle le gouvernement royal est évidemment préférable à tout autre 9 parcequ'il est incontestablement le. plus fort y et que , pour être aussi le meilleur , il ne lui manque qu une volonté d^ corps plus conforme àla volonté générale.

Mais si, selon Platon *, le roi par nature est un personnage si rare y combien de fois la nature et la fortune concourront-elles à le couronner? Et si Féducation royale corrompt nécessairement ceux qui ia reçoivent, que doit-on espérer d'une suite d'hommes élevés pour régner? C'est donc bien vouloir s'abuser que de confondre le gouvernement royal avec celui à^^ bon roi. Pour voir ce qu'est ce gouvernement en lui-iQême, il faut le considérer sous des princes bornés ou méchants: car ils arriveront tels au trône, ou le trône les rendra tels.

Ces difficultés n'ont pas échappé à nos auteurs; mais ils n'en sont point embarrassés. Le remède est , disent-ils , d'obéir sans murmure; Dieu donnie les mauvais rois datis sa colère , et il les faut supporter jCdmme des châtiments du ciel. Ce discours est édifiant , sans doute ; mais je ne sais s'ilne conviendroit pas

* Voy.ez le dialogue àe Platon , précédemment cité, page 1 4o.

LIVBÏ m, CHAPITRE VI. 187

mieun en cfaakre que daas un lm*è de pôlitiqtte* Que dire d'aii médecin qui promet des miraeles, et dont tout Fart est d exhorter son malade à là patience? Om sait hàea qu'il faut souffrit un mauvais gouvernement quand on la : la question seroit d en trouver un booL

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