‹ Extrait du Projet de Paix PerpetuelleChapitre 82 sur 200 · LIVRE m, CHAPITRE IX. I9'J · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE IX. I9'J

pire. Calculateurs y cest maintenant votre afbire; comptez, mesurer, comparez ■.

' On doit juger , tar le même printipe-, dès siècles qai méritent la préférence pour la prospérité du genre humain. On a trop 9dmlr« ceux où Ton a vu fleurir les lettres et les arts, sans pénétrer l'objet secret de leur culture, sans en considérer le funeste effet : idque apud imperUoshutnanitas vocabatur, cum pars servitutis esset *. Nt verrons-nous jamais dans l'es maximes des livres Tîntérét grossier qui' fait parler les auteurs ? Non ; quoi qu'ils en poissent dire^ quand^ malgré son éclat, un pays se dépeuple, il nest pas vrai que tout aille bien ; et il ne suffit pas qu'un poète ait cent mille livres de rehte, pour que son siècle soit le meilleur de tous. Il faut moins regarder au repos apparent et à la tranquillité des chefs , qu'au bien-être des nations entières , et surtout des états les plus nom-i breux. La grêle désole quelques cantons, mais elle fait rarement disette. Les émeutes, les guerres civiles, effarouchent beaucoup les chefs ; mais elles ne font pas l«s vrais malheurs des peuples , qui peuvent même avoir du relâche , tandis qu'on dispute à qui les tyrannisera^ Cest de «leur état permanent que naissent leurs prôspé-* rites ou leurs calamités -réelles : quand tout reste écrasé sous le joug, c'est alors que tout dépérit; c'est alors que les chefs, les détruisant à iQur aise , ubi solitudinem facîunt, pacem appellant **. Quand les tracasseries des grands agitoient le royaume de France, et que le coadjuteur de Paris portoit au parlement un poignard dans sa poche, cela n'empêchoit pas que le peuple françois oo vécût heureux et nombreux dans une honnête et libre aisance. Autrefois la Grèce florissoit au sein des plus cruelles guerres ; le sangy coulbit à flots, et tout tè pays étoit couvert d'hommes. Il*' ^sembloit, dit Machiavel, qu'au- milieu dés meurtres, <ks proscriptions , des guerres civiles , notre république en devint plus puissante; la vertu de ses citoyens, leurs mœurs, leur indépendance, avoient plus d'effet pour la renforeei*, que toutes ses .dissension)» n'en avoient pour l-affoibUr. U|| pou d'agitation donne du ressort aux âmes, et ce qui fait vraiment prospérer Fespêce est moins l$b paix que la liberté.

* Tac. , Agric. ai. — ** Tac. , Agric. 3i.

içfl DU CONTRAT SOCIAL.

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