DIVERSES SIGNIFICATIONS DONNKES AU MOT DE LIBERTE
11 n'y a point de mot qui ait reru plus de dillérentes sigiiilications, et qui ait frappé les esprits de tant de manières, que celui dt; liberté. Les uns l'ont pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avai(»nt donné un j)ouvoir tyrannicpie'; les autres, pour la facuHé d'élire celui à qui ils devaient obéir*; d'autres, pour le droit d'être
1. « L.i di'in.'ifîojfie [c'est-à-<îiro la coiTiiptioii delà dômoci'îitii'Jt'st n«'«' jires(iue loiijoui*s do ce. qu'on a juvlendu rendre; attsohic et g*'*nt-rale une éfiralit»' qui netait rrv\U' qu'à rerlainséjrards : |»arce que tous sont ép:aloinent libres, ils ont cru qu'ils devaient t^tre
Montesquieu ne sonpe ici qu'aux r4'>|)ul)!iques de r.'intifjuité.
^. On connait la d<>linititiou de la vertu chez Aristote (cf. |t. lOG, n. 2). Montt'squieu s*» souvient (*«)nslaiuinent de celte délinilion quand il parle de la vertu p(ditique et d(>s gouverntMuents
<^};au.x d'une manière absolue. »» inodérés.
Ànstot(\ Politique^ VIII, i. 2. L'eui- ■ ô. Expulsion des tyrans dans les />/o/(/rresiI//rf'rrntii trnnostpvrv. 1 villes «^rorc^wes. /jj^ri, niailiv) montre hieii que | 4. tVecUou Ol*:s tovs 'a V^<i\\\^.
RÉri'BUQrE, DÉMOCRATIE, LIBERTÉ.
armés, et do pouvoir exercer la violence* ; ceux-ci, pour le privilège de n'être gouvernés que par un homme de leur nation, on par leurs propres lois*. Certain peuple a longtemps pris la liberté pour l'usage de porter une longue barbe*. Ceux-ci ont attaché ce nom à une forme de gouvernement, et en ont exclu les autres. Ceux qui avaient goûté du gouvernement républicain l'ont mise dans ce gouvernement; ceux qui avaient joui du gouvernement monarchique l'ont placée dans la monarchie*. Enfin chacun a appelé liberté le gouvernement qui était conforme à ses coutumes ou à ses inclinations ; et comme, dans une république, on n'a pas toujours devant les yeux, et d'une manière si présente, les instruments des maux dont on se plaint, et que même les lois paraissent y parler plus et les exécuteurs de la loi y parler moins, on la place ordinairement dans les républiques, et on l'a exclue des monarchies. Enfin, comme dans les démocraties le peuple paraît à peu près faire ce qu'il veut, on a mis la liberté dans ces sortes de gouvernements, et on a confondu le pouvoir du peuple avec la liberté du peuple.
(Livre XI, chap. ii.)