ET LE GOUVERNEMENT DESPOTIQUE A LA MAHOMETANE
La religion chrélienne est éloignée du pur despotisme : c'est que la douceur étant si recommandée dans rÉvangilo', elle s'oppose à la colère despotique avec laquelle le prince se ferait justice et exercerait ses cruautés. . . .
Pendant que les princes mahométans donnent sans cesse la mort ou la reçoivent, la religion chez les chrétiens rend les princes moins timides, et par conséquent moins cruels. Le prince compte sur ses sujets, et les sujets sur le prince. Chose admirable' la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci.
C'est la religion chrétienne qui, malgré la grandeur de l'Empire et le vice du climat, a empêché le despotisme de s'établir en Ethiopie, cl a porlé au milieu de l'Afrique les mœurs de l'Europe et ses lois*.
1. Les Romains avaientde même leiirsanctuain'de Pavot elPallor.
2. Cela est très juste. Les Romains adoraient ainsi le dieu Hiihi(jn (rouille), pour empêcher la rouille de ronjrer le Idê.
3. DiscoiM's sur la montagne (Mattliieu, V, 5-10): « Bienheureux sont les déhonnaires, ear ils hériteront la terr»». Bienheureux ceux
47/// pror liront lu paix, car ils i-oiotti a/fpvlcs viiùmis de Dieu.
Bienheureux ceux qui sont affamés et altérés de la justice, car ils seront rassasiés. »
i. L'Ethiopie est l'Abyssinie :
c'est, en effet, un Etat chrétien, d'une civilisation réelle, de mœurs modérées, et de traditions fort anti(|ues. peut-être le pi us ancien Etat du monde après la ('liine. Convertie à l'Evangile au iv* siècle, l' M>\ss\ï\\o a vvsvsU^ \\vlovieuselueùVvv VovvVes Xv-^uwasvowsay^jXsws^
Le prince héritier d'Ethiopie jouit d'une principauté, et donne aux autres sujets l'exemple de l'amour et de l'obéissance. Tout près de là, on voit le mahomélisme faire enfenner les enfants du roi de Sennar; à sa mort, le Conseil les envoie égorger en faveur de cîlui qui monte sur le trône*.
Que, d'un côté, Ton se mette devant les yeux les massacres continuels des rois et des chefs grecs et romains, et de l'autre, la destruction des peuples et des villes par ces mêmes chefs, Thimur et Gengis-kan, qui ont dévasté l'Asie : et nous verrons que nous devons au christianisme, et dans le gouvernement un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens, que la nature humaine ne saurait assez reconnaître.
C'est ce droit des gens qui fait que, parmi nous, la victoire laisse aux peuples vaincus ces grandes choses, la vie, la liberté, les lois, les biens, et toujours la religion, lorsqu'on ne s'aveugle pas soi-niême*.
On peut dire que les peuples de l'Europe ne sont pas aujourd'hui plus désunis que ne l'étaient dans l'Empire romain devenu despotique et militaire les peuples et les armées, ou que ne l'étaient les armées entre elles : d'un côté, les armées se faisaient la guerre ; et de l'autre, on
et elle vient de retrouver une force nouvelle sous son roi Ménélik, chef du Choa, qui a reconstitué en 1889 l'ancien royaume éthiopien.
1. Relation d'Ethiopie, par le sieur Ponce, médecin, au quatrième recueil des Lettres édifiantes.]^ iliZ, p. 102. Le Sennaar formait a 101*5 un royaume Huisulman , qui s'étendait sur toute la Nubie, et qui ne fut dé truit qu'en 1820. par Ismaîl-Pacha.
2. Fustel de Coulantes, la Cité antique, III, xv : « Il n'y a jamais de droit pour l'étranger; à plus forte raison n'y en a-t-il pas quand on lui t'ait la çucrre. Im vainqueur
pouvait userde sa victoire comme il lui plaisait. Aucune loi divine ni humaine n'arrêtait sa vengeance ou sa cupidité. On ne faisait pas seulement la guerre aux soldats :
on la faisait à la population tout entière, hommes, femmes, enfants, esclaves. On ne la faisait pas seulement aux êtres humains, on la faisait aux champs et aux moissons. » Le christianisme, au contraire, rappelle aux nations ennemies qu'elles ont un dieu commun et une même loi, quand elles ne snveiujlent pas (gueri'e de Cent Ans, guerre d« TYViwV.«i K^ws., sjV .\., ce qui esV, \\\A\\\o\\vvï\\sv;\\\\i\\\, V*^ rè«;\o.
î/ESPniT DES LOIS.
leur donnait le pillage des villes, et le partage ou la confiscation des terres*. (Livre XXIV, chap. m.)