Le cardinal de Fleury
3. Voltaire, Siècle de Louis XIV fcataJogrtie des écrivains), donne
i//w rers/on assez différente: « M.de
Montesquieu fit faire en peu de jours une nouvelle édition de sod livre, dans lequel on retrancha ou on adoucit tout ce qui pouvait être condamné par un cardinal ou par un ministre. » On a avec une très grande vraisemblance nié !• fait et l'cxisleace de cette édition, qui d'aiWexm n'a v^% ^V^ x^Vxwor vée.
étrangers qui lui tendaient les bras, la sûreté, le repos, et peut-être les récompenses qu'il aurait dû espérer dans son pays*. La nation eût déploré cette perte, et la honte en fût pourtant retombée sur elle.
Feu M. le maréchal d'Estrées, alors directeur de l'Académie française, se conduisit dans cette circonstance en courtisan vertueux et d'une âme vraiment élevée : il ne craignit ni d'abuser de son crédit ni de le compromettre ; il soutint son ami et justifia Socrate. Ce trait de courage, si précieux aux lettres, si digne d'avoir aujourd'hui des imitateurs, et si honorable à la mémoire de M. le maréchal d'Estrées, n'aurait pas dû être oublié dans son éloge.
M. de Montesquieu fut reçu le 24 janvier 1728. Son discours est un des meilleurs qu'on ait prononcés dans une pareille occasion : le mérite en est d'autant plus grand, que les récipiendaires, gênés jusqu'alors par ces formules et ces éloges d'usage auxquels une espèce de prescription les assujettit, n'avaient encore osé franchir ce cercle pour traiter d'autres sujets, ou n'avaient point pensé du moins à les y renfermer. Dans cet état même de contrainte, il eut l'avantage de réussir. Entre plusieurs traits dont brille son discours, on reconnaîtra l'écrivain qui pense au seul portrait du cardinal de Richelieu, « qui apprit à la France le secret de ses forces, et à l'Espagne celui de sa faiblesse; qui ôta à l'Allemagne ses chaînes, et lui en donna de nouvelles ». Il faut admirer M de Montesquieu d'avoir su vaincre la difficulté de son sujet, et pardonner à ceux qui n'ont pas eu le même succès*.
1. Cela est grave: un échec à l'Académie ne valait pas le renoncement à la France. Mais, pour excuser Montesquieu, il faut songer que, comme chez tous les philo-
(le lui à ce sujet, ici, p. 350. £t en voici une autre : « Quand j'ai voyagé dans les pays étrangers, je m'y suis attaché comme au miea
sophes de son temps, l'idée d'/iu- 1 lune, e\. ïaL\vwi\% «iv^vaSNfe Q5i>\^
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celle de patrie. Voyez une pensée 1 1. EVo%<i Vcfe& ctw^%<s«^\ '»^-^-^*^
ÉLOGE DE MONTESQUIEU
Le nouvel académicien était d'autant plus digne de ce titre qu'il avait, peu de temps auparavant, renoncé à tout autre travail pour se livrer entièrement à son génie et à son goût. Quelque importante que fût la place qu'il occupait, avec quelques lumières et quelque intégrité qu'il en eût rempli les devoirs, il sentait qu'il y avait des objets plus dignes d'occuper ses talents; qu'un citoyen est redevable à sa nation et à l'humanité de tout le bien qu'il peut leur faire ; et qu'il serait plus utile à l'une et à l'autre en les éclairant par ses écrits, qu'il ne pouvait l'être en discutant quelques contestations particulières dans l'obscurité *. Toutes ces réflexions le déterminèrent à vendre sa charge*. Il cessa d'être magistrat, et ne fut plus qu'homme de lettres.
Mais pour se rendre utile par ses ouvrages aux di/fé rentes nations, il était nécessaire qu'il les connût. Ce fut dans cette vue qu'il entreprit de voyager. Son but était d'examiner partout le physique et le moral; d'étudier les lois et la constitution de chaque pays; de visiter les savants, les écrivains, les artistes célèbres; de chercher surtout ces hommes rares et singuliers, dont le commerce supplée quelquefois à plusieurs années d'observations et de séjour. M. de Montesquieu eût pu dire, comme Démocrite : « Je n'ai rien oublié pour m'instruire : j'ai quitté mon pays et parcouru l'univers pour mieux connaître la vérité, j'ai vu tous les personnages illustres de mon temps»- Mais il y eut cette difTérenrc^ (Mitre le Démocrite français et celui d'Abdère, que le premier voyageait pour instruire les hommes, et le second pour s'en moquer.