‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 141 sur 324 · DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE

La vie des États est comme celle des hommes : ceux-ci ont droit de tuer dans le cas de la défense iialurelie; ceux-là ont droit de faire la guerre pour leur propre conservation.

Dans le cas de la défense naturelle, j'ai droit de tuer, parce que ma vie est à moi, comme la vie de celui qui m'attaque est à lui : de même, un État fait la guerre, parce que sa conservation est juste comme toute autre conservation.

Entre les citoyens, le droit de la défense naturelle n'emporte point avec lui la nécessité de Tattaquc. Au lieu d'attaquer, ils n'ont qu'à recourir aux tribunaux. Ils ne peuvent donc exercer le droit de cette défense que dans les cas momentanés où l'on serait perdu si Ton attendait le secours des lois. Mais entre les sociétés, le droit de la défense naturelle entraîne quelquefois la nécessité d'attaquer, lorsqu'un peuple voit qu*une plus longue paix en mettrait un autre en état de le détruire, et que l'attaciue est dans ce moment le seul moyeu d'empêcher cette destruction.

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11 suit de là que les petites sociétés ont plus souvent le droit de faire la guerre que les grandes, parce qu'elles sont plus souvent dans le cas de craindre d'être détruites.

Le droit de la guerre dérive donc de la nécessité et du juste rigide. Si ceux qui dirigent la conscience ou les conseils des princes ne se tiennent pas là, tout est perdu*; et lorsqu'on se fondera sur des principes arbitraires de gloire, de bienséance, d'utilité, des flots de sang inonderont la terre.

Que Ton ne parle pas surtout de la gloire du prince : sa gloire serait son orgueil; c'est une passion, et non pas un droit légitime.

Il est vrai que la réputation de sa puissance pourrait augmenter les forces de son État : mais la réputation de sa justice les augmenterait tout de même.

(Livre X, chap. n.)

DE l'augmentation DES TROUPES

Une maladie nouvelle s'est répandue en Europe; elle a saisi nos princes, et leur fait entretenir un nombre désordonné de troupes. Elle a ses redoublenienls, et elle devient nécessairement contagieuse : car, sitôt qu'un État augmente ce qu'il appelle ses troupes, les autres soudain augmentent les leurs ; de façon qu'on ne gagne rien par là que la ruine commune. Chaque monarque tient sur pied toutes les armées qu'il pourrait avoir si ses peuples étaient en danger d'être exterminés; et on nomme paix cet état' d'eflbrt de tous contre tous. Aussi l'Europe estelle si ruinée, que les particuliers qui seraient dans la

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situation où sont les trois puissances de cette partie du monde les plus opulentes S n'auraient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres avec les richesses et le commerce de tout Funivers; et bientôt, à force d'avoir des soldats, nous n'aurons plus que des soldats, et nous serons comme des Tartares'....

(Livre XIII, chap. xvn, fragm.)

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