CHARLEMAGNE
Charlemagne songea à tenir le pouvoir de la noblesse dans ses limites, et à empêcher Toppression du clergé et des hommes libres. 11 mit un tel tempérament dans les Ordres de l'État, qu'ils furent contre-balancés, et qu'il resta le maître. Tout fut uni par la force de son génie. 11 mena continuellement la noblesse d'expédition en expédition ; il ne lui laissa pas le temps de former des desseins, et l'occupa tout entière à suivre les siens. L'Empire se maintint par la grandeur du chef : le prince était grand, l'homme l'était davantage. Les rois ses enfants furent ses premiers sujets, les instruments de son pouvoir, et les modèles de l'obéissance. Il fît d'admirables règlements : il fit plus, il les fit exécuter. Son génie se répandit sur toutes les parties de l'Empire. On voit, dans les lois de ce prince, un esprit de prévoyance qui comprend tout, et une certaine force qui entraine tout. Les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtés, les négUgences corrigées, les abus réformés ou prévenus*. Il savait punir; il savait encore mieux pardonner. Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution, personne n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité et les difficiles avec promptitude. Il parcourait sans cesse son vaste Empire, portant la main partout où il allait tomber. Les affaires renaissaient de toutes parts; il les finissait de toutes parts. Jamais prince ne sut mieux braver les dangers, jamais prince ne les sut mieux éviter. Il se joua de tous les périlë, et particuHèrement de ceux
1. Voyez, chez Fustel de Coulanges, les Transformations delà royauté, p. 594 etsuiv., le tableau (lu gouvernement de Charlemagne ; et ce même tableau chez Guizot, la Civilisation en France y XX* leçon. Ce n'est faire tort ni à Vun ni' à l'autre que de donner,
sur ce point, la supériorité à Montesquieu.
2. Voyez son capitulaire in de l'an 811, p. 486, art.l, 2, 3, 4,5,6, 7 et 8; et le capitulaire premier de l'an 812, p. 490, arV.. V-, ^\.\^ '^'wgvlulaire de \a itvfexivçi «xv\!^fe,^^>è> ^"^> , art. 9 e\. W, ^V ^^m\.t^'î»\
qu'éprouvent presque toujours les grands conquérants, je veux dire les conspirations. Ce prince prodigieux était extrêmement modéré; son caractère était doux, ses manières simples ; il aimait à vivre avec les gens de sa cour. Il mit une règle admirable dans sa dépense : il fit valoir ses domaines avec sagesse, avec attention, avec économie; un père de famille pourrait apprendre dans ses lois à gouverner sa maison*. On voit dans ses capitulaires la source pure et sacrée d'où il tira ses richesses. Je ne dirai plus qu'un mot : il ordonnait qu'on vendît les œufs des bassescours de ses domaines, et les herbes inutiles de ses jardins»; et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards, et les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers. (Livre XXXI, chap. xviii.)