‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 255 sur 324 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

Introduction.

Je ne fais point ici d*épître (Jédicatoire, et je ne demande point da .prûtection pour ce livre : on le lira s'il est Jiûû; et, s'il est mauvais, je ne me soucie pas qu'qnJfîJiseï

T'ai détaché ces premières lettres pour essayer le goût du publicjjlêR ai.uu grancl nombre^^iâUlfifi^ ^^^^ "f^on pôiTëleuîne7que je pourrai lui donner dans la suite*.

Mais c'est à condition que je ne serai.pâs connu : car, si l'on vient à savoir mon norai dès ce moment je me tais. Je connais une femme qui marche assez bien, mais qui boite dès qu'on la regarde'. C'est assez des défauts de

1. Les Lettres Persanes sont la correspondance reçue ou écrite par deux Persans, Isbek et Rica, dans leur voyage en France. La nreinière lettre est datée de 1711 ; la dernière (161% dans l'éd. de 1751; loC dans celle de 1721), de 172(), l'année qui précéda la publication, par Montesquieu, de ce roman épistolaire. 11 va sans dire que ce voyage, ces personnages

de l'auteur, et aue toute celle partie de l'Introduction^ où il se donne comme un simple traducteur, n'est qu'un subterfuge littéraire. Voy. surcesL<'Wr<?«,p. 6 et s.

2. Montesquieu donna en effet onze nouvelles Lettres en 1754, et il y en a encore quelques-unes d'inédites.

3. On a préteud\3L.,\vi\sfe'ta\^'«cs.^ et CCS lettres sont des inventions \ \a temwi<i 'i^^ '>iLo\v\fc%n^»si^-

l'ouvrage, sans que je présente encore à la critique ceux de ma personne. Si l'on savait qui je suis, on dirait : Son livre jure avec son caractère; il devrait employer son temps à quelque chose de mieux, cela n'est pas digne d'un homme grave. Les critiques ne manquent jamais ces sortes de réflexions, parce qu'on les peut faire sans essayer beaucoup son esprit *.

Les Persans qui écrivent ici étaient logés avec moi; nous passions notre vie ensemble. Comme ils me regardaient comme un homme d'un autre monde, ils ne me cachaient rien. En eflet, des gens transplantés de si loin ne pouvaient plus avoir de secrets. Ils me communiquaient la plupart de leurs lettres ; je les copiai. J'en surpris même quelques-unes, dont ils se seraient bien gardés de me faire confidence, tant elles étaient mortifiantes pour la vanité et la jalousie persane*.

Je ne fais donc que l'office de traducteur : toute ma peine a été de mettre l'ouvrage à nos mœurs. J'ai soulagé le lecteur du langage asiatique autant que je l'ai pu, et l'ai sauvé d'une infinité d'expressions subhines, qui l'auraient ennuyé jusque dans les nues.

Mais ce n'est pas tout ce que j'ai fait pour lui. J'a retranché les longs compliments, dont les Orientaux ne sont pas moins prodigues que nous; et j'ai passé uni nombre infini de ces minuties, qui ont tant de peine à soutenir le grand jour, et qui doivent toujours mourir entre deux amis'.

Si la plupart de ceux qui nous ont donné des recueils de lettres avaient fait de même, ils auraient vu leurs ouvrages s'évanouir*.

11 y a une chose qui m'a souvent étonné : c'est de voir ces Persans quelquefois aussi instruits que moi-même

1. Dans le môme sens qu' « es- 1 3. Cf. les ComidérationSy p. 149.

saver de l'or ». I 4. Montesquieu aUaque volon-

z. Cf. ce que d'AIemborl dit Aos \ VWtAesUx'&^iWTs de recueils épislo-

le/fres Persanes^ ici, p. 8. \ \a\tesvcl. Con»\dètalw>n»,^A1X,

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