LE CARACTÈRE DE LOUIS XIY
Le roi de France est vieux. Nous n'avons point d'exemple dans nos histoires d'un monarque qui ait si longtemps régné. On dit qu'il possède à un très haut degré le talent de se faire obéir : il gouverne avec le même génie sa famille, sa cour, son État^ On lui a souvent entendu dire que, de tous les gouvernements du monde, celui des Turcs, ou celui de notre auguste sultan, lui plairait le mieux : tant il fait de cas de la politique orientale.
J'ai étudié son caractère, et j'y ai trouvé des contradictions qu'il m'est impossible de résoudre : par exemple, il a un ministre qui n'a que dix-huit ans', et une maitresse qui en a quatre-vingts'; il aime sa religion, et il ne peut souffrir ceux qui disent qu'il la faut observer à la rigueur*; quoiqu'il fuie le tumulte des villes, et qu'il se
1. Cf. Voltaire, Siècle de Louis XIV^ p. 477. Saint-Simon, Œuvres inédites^ I, p. 293 :
« Louis XIV a été le plus heureux et le plus absolu prince sur mère, frère, épouse, fils, petits-fils, princes du sang, seigneurs, etc., qui ait jamais régné. >
ans ches Montesquieu ; et (ceci à dessein) synchronisme fort inexact.
3. £o réalité Louis XI V épousa Madame de Maintenon (qui était née en 1635) en 168i. Mais ce mariage, dit Voltaire {Siècle de Louis XIV, p. 512. édit. Bourgeois\ C^vi.
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2. Le marquis de Barbeiieux.ivè \ oiv resv^ç\«vV ç^xv ^\«i \<^ vXNàw^s». en 1668, secrétaire d'Elai de \a\ rovsîitv%\;8LVç^\Vîi^ ^^^^^^*^-
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communique peu, il n'esl occupé depuis le matin jusqu*au soir qu'à faire parler de lui ; il aime les trophées et les victoires, mais il craint autant de voir un bon général à la tête de ses troupes*, qu'il aurait sujet de le craindre à la tête d'une armée ennemie. D n'est, je crois, jamais arrivé qu'à lui d'être en même temps comblé de plus de richesses qu'un prince n'en saurait espérer, et accablé d'une pauvreté qu'un particulier ne pourrait soutenir*.
Il aime à gratifier ceux qui le servent; mais il paye aussi libéralement les assiduités, ou plutôt l'oisiveté de ses courtisans, que les campagnes laborieuses de ses capitaines ; souvent il préfère un homme qui le déshabille, ou qui lui donne la serviette lorsqu'il se meta table, à un autre qui lui prend des villes ou lui gagne des batailles : il ne croit pas que la grandeur souveraine doive être gênée dans la distribution des grâces ; et sans examiner si celui qu'il comble de biens est un homme de mérite, il croit que son choix va le rendre tel ; aussi lui a-t-on vu donner une petite pension à un homme qui avait fui deux lieues, et un beau gouvernement à un autre qui en avait fui quatre.
11 est magnifique, surtout dans ses bâtiments' : il y a plus de statues dans les jardins de son palais que de citoyens dans une grande ville. Sa garde* est aussi forte que celle du prince devant qui tous les trônes se renversent^; ses armées sont aussi nombreuses, ses ressources aussi grandes, et ses finances aussi inépuisables6. 4713. (Lettre XXXVII.)
1. Disprrâce de Catinat et, au 4. Elle comprenait environ commencement du xviii* siècle, 10000 hommes, soit de cavalerie éloignement de Villars. Voyez (gardes du corps, gendarmerie, chez Saint-Simon, Parallèle de chevau-lëgers.mousquetairesgris, troh rois, le paragraphe intitulé : mousquetaires noirs, grenadiers à Généraux d'armée mis en toutes cheval), soit d'infanterie (gardes brassières. françaises , gardes suisses, cent-
2. Louis J/V porte sa vaisseWeV su\sscç,âi<'\;siç?jT^ç^. d'or à la Monnaie en 1709. \ ^- ^^^ <^>^^^^ ^\e^^\^,