LA RÉTOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES
Tu sais, Mirza, que quelques ministres de Gha-Soliman^ avaient formé le dessein d'obliger tous les Arméniens de Perse de quitter le royaume, ou de se faire mahométans, dans la pensée que notre Empire serait toujours pollué tandis qu'il garderait dans son sein ces infîdèles.
C'était fait de la grandeur persane, si dans cette occasion Taveugle dévotion avait été écoutée.
On ne sait comme la chose manqua. Ni ceux qui firent la proposition, ni ceux qui la rejetèrent n*en connurent les conséquences : le hasard fit Toffîce de la raison et de la politique, et sauva TEmpire d*un péril plus grand que celui qu'il aurait pu courir de la perte d'une bataille et de la prise de deux villes.
En proscrivant les Arméniens, on pensa détruire en un seul jour tous les négociants et presque tous les artisans du royaume. Je suis sûr que le grand Cha-Abas* aurait mieux aimé se faire couper les deux bras que de signer un ordre pareil, et qu'en envoyant au Mogol et aux autres rois des Indes ses sujets les plus industrieux, il aurait cru leur donner la moitié de ses Etats.
Les persécutions que nos mahométans zélés ont faites aux Guèbres' les ont obligés de passer en foule dans les Indes, et ont privé la Perse de cette nation, si appliquée au labourage, et qui seule, par son travail, était en état de vaincre la stérihté de nos terres*.
1. Soliman II, chah de Perse de 1666 à 1694. Ce projet de persécution des Arméniens a réellement été formé sous Soliman.