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Réduction à la moitié de \a \ iuWUv

LA POLITIQUE. 293

certain je ne sais quoi qu'on appelle point d'honneur : c'est proprement le caractère de chaque profession; mais il est plus marqué chez les gens de guerre, et c'est le point d'honneur par excellence. Il me serait hien difficile de te faire sentir ce que c'est : car nous n'en avons point précisément d'idée.

Autrefois les Français, surtout les nobles, ne suivaient guère d'autres lois que celles de ce point d'honneur : elles réglaient toute la conduite de leur vie ; et elles étaient si sévères qu'on ne pouvait, sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les enfreindre, mais en éluder la plus petite disposition....

Quand il s'agissait de régler les différends, elles ne prescrivaient guère qu'une manière de décision, qui était le duel, qui tranchait toutes les difficultés ; mais, ce qu'il y avait de mal, c'est que souvent le jugement se rendait entre d'autres parties que celles qui y étaient intéressées.

Pour peu qu'un homme fût connu d'un autre, il fallait qu'il entrât dans la dispute, et qu'il payât de sa personne, comme s'il avait été lui-même en colère. Il se sentait toujours honoré d'un tel choix et d'une préférence si flatteuse; et tel qui n'aurait pas voulu donner quatre pistoles à un homme pour le sauver de la potence, lui et toute sa famille, ne faisait aucune difficulté d'aller risquer pour lui mille fois sa vie.... 1715. (Lettre XCI.)

l'esprit D'éGÀLITÉ

A Paris règne la liberté et l'égalité. la naissance, la vertu, le mérite même de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas un homme de la foule dans laquelle il est confondu*. La jalousie des rangs y est iii-

i. Cf. Tocqueville, rAncien 1 paN% o^ \çft >a»\K«v«i% «iV^^\^ Régime et la Révolution y U , \ deVeti>aa \ô vVû& *««^'^^^'^^ ^ rui : € Que la France était le \ e\L\. »

connue. On dit que le premier de Paris est celui qui a les meilleurs chevaux à son carrosse.

Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux ministres, qui a des ancêtres, des dettes et des pensions. S'il peut avec cela cacher son oisiveté par un air empressé, ou par un feint attachement pour les plaisirs, il croit être le plus heureux de tous les hommes*.

En Perse, il n*y a de grands que ceux à qui le monarque donne quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands par leur naissance; mais ils sont sans crédit*. Les rois font comme ces ouvriers habiles qui, pour exécuter leurs ouvrages, se servent toujours des machines les plus simples'.

La faveur est la grande divinité des Français. Le ministre est le grand prêtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui Tentourcnt ne sont point habillés de blanc : tantôt sacrificateurs et tantôt sacrifiés, ils se dévouent eux-mêmes à leur idole avec tout le peuple*.

. • 1715. (Lettre LXXXVIII.)

1. « Les gentilshommes euxmêmes sont quelquefois de grands solliciteurs : leur condition ne se reconnaît guère alors qu'en ce qu'ils mendient d'un ton fort haut. » Tocqueville, II, vi. Il faut lire dans La Bruyère tout le chapitre sur les Grands.

2. Saint-Simon a très bien montré que Louis XIV, surtout à l'instigation de Louvois, « parvint à rendre toute seigneurie et toute noblesse peuple ».

3. Allusion à la toute-puissance du Conseil du Roi, composé de gens de médiocre naissance ; Montesquieu caractérise ici les deux résultats du gouvernement mo-

narcliique en France : la démo-

cratie et la centralisation. « Quand

un peuple a détruit dans son sein

l'aristocratie, il court vers la centralisation comme de lui-même.»

Tocqueville, II, v.

4. « Pendant que les grands négligent de rien connaître, je ne dis pas seulement aux intérêts des princes et aux affaires publiques, mais à leurs propres affaires, dos citoyens s instruisent du dedans et du dehors du royaume, étudient le gouvernement, deviennent fins et politiaucs, savent le fort et le faible e tout un Etat, songent à se mieux placer, se placent, s'élèvent, deviennent puissants, soulagent le prince d'une partie des soins publics. Les granas qui les dédaignaient les révèrent :

hevweuK s'ils deviennent leurs geTvàtesX »\A^^\riVc^^ch»IX.

La Cité idéale : les Troglodytes ^

Blirza à son ami Usbek, à Erzeron*,

Tu étais le seul qui pût me dédommager de l'absence de Rica ; et il n*y avait que Rica qui pût me consoler de la tienne. Tu nous manques, Usbek : tu étais Tâme de notre société. Qu'il faut de violence pour rompre les engagements que le cœur et l'esprit ont formés !

Nous disputons ici beaucoup; nos disputes roulent ordinairement sur la morale. Hier on mit en question si les hommes étaient heureux par les plaisirs et les satisfactions des sens ou par la pratique de la verlu. Je t'ai souvent ouï dire que les hommes étaient nés pour être vertueux, et que la justice est une qualité qui leur est aussi propre que l'existence. Explique-moi, je te prie, ce que tu veux dire.

1. Malgré sa forme idyllique, ce célèbre morceau a une êrande portée dans l'œuvre de Nontes-

3uieu et dans l'histoire littéraire e la France. On y trouvera en germe la plupart des théories nolitiq^iies qu'il développera dans i Espnt des Ijjû : la solidarité des intérêts de tous, la force que la vertu donne au gouvememont républicain. C'est en outre le preuuer de ces tableaux allégoriques et sentimentaux dans \eaquel» le siècle entier allait se

complaire et que les idéalistes de 1/90 mettront en action dans leurs fêtes et en préceptes dans leurs discours. L allégorie des Troglodytes est sans doute inspirée du Télémaquey que Montesquieu appelait (Laboulaye, VII, p. 158) « l'ouvraçe divin de ce siècle, dans lequel Homère semble respirer ».

2.Erzeroum: les deux amis^UsIiclc et Rica, sotvt wi \^v\<^ %««'»» VwNs»

J'ai parlé à des mollaks*, qui me désespèrent avec leurs passages de TAlcoran : car je ne leur parie pas comme vrai croyant, mais comme homme, comme citoyen, comme père de famille. Adieu.

D'Ispahan, le dernier de la lune de Saphar, 171i.

(Lettre X.)

Usbek à Mirza, à Upahan,

Tu renonces à ta raison pour essayer* la mienne; tu descends jusqu'à me consulter ; tu me crois capable de t'instruire. Mon cher Mirza, il y a une chose qui me flatte encore plus que la bonne opinion que tu as conçue de moi : c'est ton amitié qui me la procure.

Pour remplir ce que tu me prescris, je n*ai pas cru devoir employer des raisonnements fort abstraits. Il y a de certaines vérités qu'il ne suffit pas de persuader, mais qu'il faut encore faire sentir : telles sont les vérités de morale. Peut-être que ce morceau d'histoire te touchera plus qu'une philosophie subtile.

Il y avait en Arabie un petit peuple, appelé Troglodyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes qui, si nous en croyons les historiens', ressemblaient plus à des bêtes qu'à des hommes. Ceux-ci n'étaient point si contrefaits; ils n'étaient point velus comme des ours, ils ne sifflaient point, ils avaient deux yeux : mais ils étaient si méchants et si féroces, qu'il n'y avait parmi eux aucun principe d'équité ni de justice.

Ils avaient un roi d'une origine étrangère, qui, voulant corriger la méchanceté de leur naturel, les traitait sévè-

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