‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 53 sur 324 · DES LOIS RELATIVES A LA NATURE DE L ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

DES LOIS RELATIVES A LA NATURE DE L ARISTOCRATIE

Dang r l'aristocratie,! la souveraine puissance est entre les mams d'un certain nombre de pe rsonnes . Ce sont elles qui font les lois êl qui les iôftl exécuter fet le reste du peuple n'est tout au plus à leur égard que comme, dans une monarchie, les sujets sont à l'égard du monarque.

On n'y doit point donner le suffrage par sort; on n'en aurait que les inconvénients*. En effet, dans un gouvernement qui a déjà établi les distinctions les plus affligeantes, quand on serait choisi par le sort on n'en serait

Montesquieu, cédant, comme tous les^ hommes de son temps, aux préjugés de son éducation classique, idéalise toujours le régime démocratique.

1. Seul, c'est-à-dire directement, en première et on dernière instance. Montesquieu a sous les yeux les républiques antiques, où le peunle, peu nombreux, pouvait voter nans l'enceinte d'une môme

2. A RoniCy l'ûNctoritas senaUia étûit l'examen, par le sénat, d'une

proposition de loi (rogatio), \\rôsentée à l'assemblée du peuple.

Elle s'exerça tantôt après (jusqu'en 539 av. J.-C), tantôt avant le vote.

3. Voyez Denys d'Halicarnasse, livres IV et IX.] — IX, xxxvu; IV, xn?

4. Amelot de La Houssaie, Histoire du qouvemement de Venise^ édit. de li)8o, p. 56 : « Le sénat (de Venise) étant le modèle et l'image d'une varÇaite aristocratie, il ne

LES GOrVERNEMF.NTS.

pas moins odieux : c'est lo noble qu'on envie, et non pas le magistral".

Lorsque les nobles sont en grand nombre, il faut un sénat qui règle les affaires que le corps des nobles ne saurait décider, et qui prépare celles dont il décide*. Dans ce cas, on peut dire que l'aristocratie est en quelque sorte dans le sénat, la démocratie dans le corps des nobles', et que le peuple n'est rien.

Ce sera une chose très heureuse dans l'aristocratie, si, par quelque voie indirecte, on fait sortir le peuple de son anéantissement ; ainsi, à Gênes, la banque de Saint- Georges, qui est administrée en grande partie par les principaux du peuple*, donne à celui-ci une certaine influence dans le gouvernement, qui en fait toute la prospérité.

Les sénateurs ne doivent point avoir le droit de remplacer ceux qui manquent dans le sénat : rien ne serait plus capable de perpétuer les abus. A Rome, qui fut dans les premiers temps une espèce d'aristocratie^, le sénat ne se suppléait pas lui-même : les sénateurs nouveaux étaient nommés par les censeurs 6.

Une autorité exorbitante, donnée tout à coup à un

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