Cf. Considérations, p
2. « Le Grand Conseil est l'assemblée générale de la noblesse, qui se t'ait tous les dimanches et toutes les fêtes pour élire les magistrats.»
Auielot de La Houssaie, Histoire du (fouveniement de Venise, éd.
de 1685, p. 9. Montesquieu a bien étudié le gouvernement de Venise l>endant le séjour qu'il y lit, en août-sent. 1728; cf. p. 14.
5. « il faut que les nobles conservent entre eux et ceux qui prennent part ù l'administration des formes toutes démocratiques.»
Aristote, VIII, VII, i. Il est remarquable de voir comment Montesquieu copie )>artout ici le Gouvernement de Venhe de La Hous-
saie : A Venise, le Grand Conseil « est comme le peuple de la noblesse » (p. 56).
4. Vovez M. Addison, Yoifages (nt(ilie,'p. 16.] —Ledit, dé lUS ne portait pas la note et écrivait :
« la banque, qui est dirigée par le peuple ». Montesquieu a corrigé son erreur (éd. de 1758). Addison, t. IV, p. 12 (1722) : « Le peuple ne tire pas peu d'avantage de cet élabliss<>inent, qui partage le pouvoir entre plus de membres de la république et donne encore quelque figure aux (Communes, de sorte (\n"\\ tient en bride les nobles. »
o. Cf. Considéra fions, p. 85 ri s.
cons\\\s.\
citoyen dans une république, forme une monarchie, ou plus qu'une monarchie*. Dans celle-ci les lois ont pourvu à la constitution, ou s'y sont accommodées : le principe du gouvernement arrête le monarque; mais, dans une république où un citoyen se fait donner un pouvoir exorbitant*, l'abus de ce pouvoir est plus grand, parce que les lois, qui ne l'ont point prévu, n'ont rien fait pour l'arrêter.
L'exception à cette règle est lorsque la constitution de l'État est telle qu'il a besoin d'une magistrature qui ait un pouvoir exorbitant. Telle était Rome avec ses dictateurs '; telle est Venise avec ses inquisiteurs d'Ëtat : ce sont des magistratures terribles, qui ramènent violemment l'État à la liberté. Mais d'où vient que ces magistratures se trouvent si différentes dans ces deux républiques? C'est que Rome défendait les restes de son aristocratie contre le peuple : au lieu que Venise se sert de ses inquisiteurs d'État pour maintenir son aristocratie contre les nobles*. De là il suivait qu'à Rome la dictature ne devait durer que peu de temps, parce que le peuple agit par sa fougue, et non pas par ses desseins. Il fallait que cette magistrature s'exerçât avec éclat, parce qu'il s'agissait d'intimider le peuple, et non pas de le punir; que le dic-
1. La dictalure de César ou celle de Sylla, le consulat à vie de Bonanarte.
2. C'est ce qui renversa la république romaine. Voyez les Considcrations sur les rauses de la grandeur des Romains et de leur décadence.] — Cliap. XL
3. Le dictateur a des pouvoirs royaux; il est omnipotent el irresponsable; nul ne peut faire appel de ses jut^eiuents et de ses décisions : mais il nVst nommé que pour très peu de temps. Cf. ici 1». 69, n. 1.
4. i>/^s inquisiteurs d'Etat fi Venise £>o/it lires du Conseil des Dix. « Ils
ont un pouvoir si absolu, qu'ils
peuvent faire noyer ou étrangler le doge môme sans la participation du sénat, s'ils sont tous trois au même avis ». .Amelot de La Houssaie, p. 232. Cet auteur est, dans tout ce qui concerne le gouvernement de Venise, la source de Montesquieu :
c'est cbez lui que se trouve la comparaison avec la dictature (p. 221). Le Conseil des Dix était, comme les inquisiteurs, « ordinaire et perpétuel » ; c'est lui « qui retient les nobles dans le devoir», « c'est la clé (|ui ferme la voûte de l'édilice de la grande aristocratie )» : « il coupe la racine do loul ce (\\\\ v*ivil troubler Je repos de la \\\\e ».
LES GOUVERNEMENTS. 69
tateur ne fût créé que pour une seule afl'aire, et n'eût une autorité sans bornes qu'à raison de cette affaire, parce qu'il était toujours créé pour un cas imprévu*. A Venise, au contraire, il faut une magistrature permanente : c'est là que les desseins peuvent être commencés, suivis, suspendus, repris; que l'ambition d'un seul devient celle d'une famille, et l'ambition d'une famille colle de plusieurs. On a besoin d'une magistrature cachée, parce que les crimes qu'elle punit, toujours profonds, se forment dans le secret et dans le silence. Cette magistrature doit avoir une inquisition générale, parce qu'elle n'a pas à arrêter les maux que l'on connaît, mais à prévenir même ceux qu'on ne connaît pas. Enfin, cette dernière est établie pour venger les crimes qu'elle soupçonne ; et la première employait plus les menaces que les punitions pour les crimes, même avoués par leurs auteurs. Dans toute magistrature il faut compenser la grandeur de la puissance par la brièveté de sa durée. Un an est le temps que la plupart des législateurs ont fixé : un temps plus long serait dangereux, un plus court serait contre la nature de la chose*. Qui est-ce qui voudrait gouverner ainsi ses affaires domestiques? A Raguse', le chef de la république change tous les mois, les autres officiers toutes les semaines, le gouverneur du château tous les jours. Ceci ne peut avoir lieu que dans une petite répu-