‹ Extraits de l'esprit des lois et des œuvres diversesChapitre 71 sur 324 · DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DE LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DE LA MONARCHIE

Le principe de la monarchie se corrompt, lorsque les premières dignités sont les marques de la première servitude, lorsqu'on ôte aux grands le respect des peuples, et qu'on les rend de vils instruments du pouvoir arbitraire.

Il se corrompt encore plus, lorsque l'honneur a été mis en contradiction avec les honneurs, et que l'on peut être à la fois couvert d'infamie et de dignités*.

1 . Si Ton songe que la monarchie, d'après Montesquieu, est le gouvernement où le pouvoir d'un seul et les privilèges des Ordres se font équilibre, on sera moins tenté de critiquer ce qu'il dit de l'honneur. L'honneur est, chez l'un et les autres, le sentiment de sa

rropre considération : chez le roi.

honneur consiste à ne point commander, chez les sujets, à ne point faire d'actes contraires à la dignité; il consiste aussi à faire tous les actes conformes a cette dignité et susceptibles de l'accroître. Dans le premier cas Tlionneur est cette force qui « éloigne du centre », dans le second cas.

celle m qui les ramène ». I^ parlementaire aura Tamour-propre de ses privilèges, le clergé ne permettra pas mie l'on opprime h's âmes, la noblesse ignorera la trahJson et la lâcheté. Dans chacun

de ces Ordres, l'honneur sera, comme l'amour do la patrie est la vertu politique dans la démocratie, le principe de la vie publique et la garantie du bien de l'Etat. Mais ce qu'on peut le plus reprocher à celle théorie, c'est qu'elle fait table rase de l'idée de patrie qui, même dans la monarchie d(^ Louis XIV, planait à la fois au-di'ssus de l'orgueil du roi et de l'honneur des Ordres.

2. Sous le règne de Tibère, on éleva des statues et l'on donna les ornements triomphaux aux délateurs : ce qui avilit tellement ces honneurs, que ceux qui les avai«'nt mérités les dédaignèrent i fragment de Dion. liv. LVIII, tiré de VEstrait des Vertus et des Vires de Constantin Porphyrogénète\.

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Il se corrompt, lorsquo le prince change sa justice en sévérité; lorsqu'il met, comme les empereurs romains, une tête de Méduse sur sa poitrine*; lorsqu'il prend cet air menaçant et terrible que Commode faisait donner à ses slatues*.

Le principe de la monarchie se corrompt, lorsque des âmes singulièrement lâches tirent vanité de la grandeur que pourrait avoir leur servitude, et qu'elles croient que ce qui fait que l'on doit tout au prince fait que l'on ne doit rien à sa patrie.

Mais, s'il est vrai (ce que Ton a vu dans tous les temps) qu'à mesure que le pouvoir du monarque devient immense sa sûreté diminue, corrompre ce pouvoir jusqu'à le faire changer de nature, nVst-ce pas un crime de lèsemajesté contre lui'? (Livre VllI, chap. vu.)

(( Ce qui perdit les dynasties de Tsin et de Soûi », dit un auteur chinois, « c'est qu'au lieu de se borner, comme les anciens, à une inspection générale, seule digne du souverain, les princes voulurent gouverner tout immédiatement par eux-mêmes*. » L'auteur chinois nous donne

ration, donna à Petronius Turnilianus, à Nerva, à Tigelliniis, les ornements triomphaux (Annales^ liv. XV). Voyez aussi comment les gén<^rauxdedaiifnèrent de faire la guerre, parce qu'ils en méprisaient les Iionneurs, j)ervulgatis trium-

fthi insignibus (Tacite, Annales, iv. XIII)!] — Montesquieu a bien soin d'indiquer tous ses textes, poin* ne point Ctre accusé de soufrer aux roisdeson temps. Tac, yl///i., Mil, Lin; XV, lxxii ; Dion, LVIII, XII. Et il est évident qu'il

songe a eux

1. Dans cet Etat, le prince savait bien quel était le principe de son gouvernement.] — Il s'agit de la tète de Méduse sculptée sur les cuirassos dos empereurs (bustes d«' I'ortinnx,<1e Sepiime Sévère, etc.).

^. JJvt'odien.]— Il, xiv, D.

5. Dans tout ce passage, qui est fort beau, Montesquieu songe très certainement au règne de Louis XIV. Ce chapitre se terminait nar un éloge de Louis XV, eirace par Montesquieu lors de l'impression (Vian, p. 203) : « La plus belle monarchie du monde est aujourd'hui gouvernée jiar un roi qui comprend que la plus grande force de son empire consiste dans l'amour de ses sujets et qui possède toutes les qualités propres à le mériter. »

i. Compilation d'ouvrages faits sous les Ming, rapportés par le P. Du Ilalde.] — La dynastie d«»s Tsin est du iii' siècle av.'J.-('.; celle des Souï finit au vu* s. après J.-C; celle des Ming va du xiv'au wirsii*c\*' aovesi .-C.WxWaW'^ .l^e^^cviutiua de la Chiac.V.W. \To^, v-VM.

LES GOUVERISEMENTS.

ici la cause de la corruption de presque toutes les monarchies*. (Livre Vin, chap. vi, fragm.)

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