MOYENS DE FAVORISER LE PRLNCIPE DE LA DÉMOCRATIE
On ne pent pas établir un partage égal des terres dans toutes les démocraties*, il y a des circonstances où un tel arrangement serait impraticable, dangereux, et choquerait môme la constitution. On n'est pas toujours obligé de prendre les voies extrêmes. Si l'on voit dans une démocratie que ce partage, qui doit maintenir les mœurs, n'y convienne pas, il faut avoir recours à d'autres moyens.
Si l'on établit un corps fixe qui soit par lui-même la règle des mœurs, un sénat où l'âge, la vertu, la gravité, les services donnent entrée, les sénateurs, exposés à la vue du peuple comme les simulacres des dieux*, inspireront des sentiments qui seront portés dans le sein de toutes les familles.
Il faut surtout que ce sénat s'attache aux institutions anciennes, et fasse en sorte que le peuple et les magistrats ne s'en départent jamais^.
Il y a beaucoup à gagner, en fait de mœurs, à garder les coutumes anciennes. Comme les peuples corrompus font rarement de grandes choses, qu'ils n'ont guère établi de sociétés, fondé de villes, donné de lois, et qu'au contraire ceux qui avaient des mœurs simples et austères ont fait la plupart des établissements, rappeler les hommes aux maximes anciennes, c'est ordinairement les ramener à la vertu*....
1. Parlyjfe qiio Montosqni«'U admet comme bon en principe et qu'il loue chez les nncionnes ré-
Imh\\(mcs((jonsidt'' rat ions, p. 2.Hi.
.à, pràcc aux mif^rations constantes et aux fondations de colonies, le partajfo des terres a pu êiro souvent une réalité.
^. C'est J 'expression Jatinc. .simi//ffcra deorum^ • rcjjrésenla-
tions figurées d«'S «liruv ». n«Muiniscence de Tite-Live. (|ui dil des vieillards romains attendant l«>s (•aulois (3ÎK) av. J.-C), similliini diis (V, xr,i).
5. .Mont«'>quieu parh» du sénat dans les mêmes termes que tous les écrivains f^recs rt romains.
l. .Wnsv t\\\e'\*av\U'. SaVVwsW , cl I coiftiue Vous Vvî» (iCTW oÀvvàViuvrixsiV^
RÉPOLIOUE, DÉIIOCRATIE. IJDERTL.
Ilô
On a douté si les membros du sénat dont nous parion doivent être à vie, ou choisis pour un temps. Sans doute qu'ils doivent être choisis pour la vie, comme cela se pi^lî- (juait à Rome*, à Lacédêmone*, et à Athènes même. Car il ne faut pas confondre ce qu'on appelait le sénat à Athènes, qui était un corps qui changeait tous les trois mois', avec l'Ai'éopage, dont les membres étaient établis pour la vie comme des modèles |iei*péluels*.
Maxime générale : dans un sénat fait pour être la règle, et pour ainsi dire, le dépôt des mœurs, les sénateui*s doivent être élus pour la vie; dans un sénat fait pour préparer les aiTaires, les sénateurs peuvent changer.
L'esprit, dit Aristote, vieillit connue le corps». Celle réflexion n'est bonne qu'à l'égard d'un magistral unique, et ne peut être appliquée à une assemblée de sénateurs.
Outre l'Aréopage^, il y avait à Athènes des gardiens des
Montesquieu regarde les sociétés primitives comme des modèles de sagesse et de vertu. Et Rousseau ne dira pas autre chose dans ses célèbres discours. 11 est plus que douteux qu'il faille conserver ce jugement traditionnel. Les peuples qu'on appelle primitifs et au'on aurait plutôt raison, comme isait Fustel de Coulanges, d'appeler arriérés^ oirrent au moins autant de vices que les peuples dits corrompus.
1. L.es magistrats y étaient annuels, et les sénateurs pour la vie.]
2. < Lycurgue », dit Xénophon (de Repnblica Lacedaemoniorum), « voulut qu'on élût les sénateurs parmi les vieillards, pour qu'ils ne se négligeassent pas, même à la Un de la vie : et en les éLiblissant juges du courage des jeunes gens, il a rendu la vieillesse de ceux-là plus honorable que la force de ceux-ci. »] — X, 2.
^ 3. Le sénat des 500 d'Alhhnes était nommé pour un an : mais il
M' — Esp. tiEs ixiis.
y avait un roulement entre les membres. Cliaque groupe de nO siéçfeait en permanence pondant 5o jours environ.
4. Cf. Aristote, Politique, Vlll, m. 5 : « La considération extrême dont l'Aréopage fut entouré sk l'époque de la guerre uiédique parut donner beaucoup de force au gouvernement. » Eschyle dit de lui {Euménides^ 700 et suivantes), qu'il était un « collèjje d'hommes désintéressés et sévères, graves et honorés, institués pour être, lorsque tous doi^ment dans la cité, des sentin<>lles actives et vigilantes, craintes et respectées ».
5. Politique, II, vi, 17. C'est le motif que donne Aristote pcnir combattre l'institution d'un sénat à vie.
6. Montesquieu veut montrer dans ce chapitre que. dans une démocratie, les mœurs sont plus utiles <\«e \es \o\s, vn» ^\\\\ vsVvww de w'S 'u\ées î;\\v\v\Vv'S, vvnwww^ ^^vv
mœurs et des gardiens des lois *. A Lacédémone, loiis les vieillards étaient censeurs*. A Rome, deux magistrats particuliers avaient la censure. Comme le sénat veille sur le peuple, il faut que des censeurs aient les yeux sur le peuple et sur le sénat. Il faut qu'ils rétablissent dans la république tout ce qui a été corrompu, qu'ils notent la tiédeur, jugent les négligences, et corrigent les fautes, comme les lois punissent les crimes'....
Rien ne maintient plus les mœurs, qu'une extrême subordination des jeunes gens envers les vieillards. Les uns et les autres seront contenus, ceux-là par le respect qu'ils auront pour les vieillards, et ceux-ci par le respect qu'ils auront pour eux-mêmes*.
Rien ne donne plus de force aux lois, que la subordination extrême des citoyens aux magistrats. « La grande diflérence que Lycurgue a mise entre Lacédémone et les autres cités », dit Xénophon*, « consiste en ce qu'il a surtout fait que les citoyens obéissent aux lois : ils courent lorsque le magistrat les appelle. Mais à Athènes un homme riche serait au désespoir que Ton crût qu'il dépendît du magistrat. »
L'autorité paternelle est encore très utile pour maintenir les mœurs. Nous avons déjà dit que, dans une république, il n'y a pas une force si réprimante que dans les autres gouvernements. Il faut donc que les lois cherchent à y suppléer : elles le font par l'autorité paternelle «.
1. L'Aréopage lui-même ëtail soumis à la censure.] — Montesquieu veul (lire par là que l'Arc^opago censurait la conduite de ses lueiubres et avait le droit de retrancher du corps les indignes.
Six des archontes (étaient appelés •tffxoOtTai, « gardiens des lois ».