‹ Extraits de l'introduction a l'histoire de CharlesQuint, et precis des troubles civils de CastilleChapitre 13 sur 14 · TI · texte numérisé non relu

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cette ambition qui, dans les temps de troubles civils , portent les hommes au pouvoir et aux honneurs.

Le même ressentiment produisit à Ségovie des effets plusfatals encore. Tordesillas, l’un des députés à la dernière assemblée des cortès, avait voté pour le don gratuit: c’était un homme vain etaudacieux; il osa, à son retour, appeler ses concitoyens dans l’église pour leur rendre compte, suivant l’usage, de l’exécution de son mandat ; mais la multitude, ne pouvant supporter l’insO#ence d’un homme cherchant à justifier une action qu’elle regardait comme inexcusable, enfonça les portes de l’église avec la furie ordinaire chez la populace, saisit le malheureux Tordesillas etletraîna àtravers les rues, aumilien des insultes et des malédictions générales, vers le lieu des exécutions publiques. Vainement le doyen et les chanoines vinrent en procession , le saint-sacrement à la main, pour apaiser leur rage; vainement les moines des monastères devant les-’ quels ils passèrent, se jetèrent à genoux pour obtenir d’épargner sa vie ou de lui laisserdu moins le temps de se confesser et de recevoir l’absolution , fermant l’oreille à la voix de l'humanitéet aux lois de la religion, ils s’écrièrent» que le bourreau pouvait seul absoudre un traître à' sa patrie», et ils l’entraînèrent alors avec la dernière violence; mais s’apercevant qu’il était

mort sous leurs coups, ils le pendirent, la tète en bas, au gibet public ( i ). Le même esprit éclata parmi les habitans de Burgos , de Zamora et de plusieurs autres villes ; cependant leurs rev présentans, instruits par le sort de Tordesillas, furent assez prudens pour se soustraire par la fuite à leur ressentiment; mais ils furent brûlés en effigie, leurs maisons furent rasées jusqu’aux fondemens et leurs effets livrés aux flammes; et telle fut l’horreur pour ces représeutans capables de vendre la liberté publique, qu’il n’était pas un seul homme dans cette populace licencieuse qui eût voulu toucher à uç objet, même du plus grand prix, qui leur eût appartenu.

Le régent d’Espagne avaità peine fixé le siège deson gouvernement à Valladolid lorsqu’il reçut l’avis alarmant de ces insurrections. Il assem bla aussitôt le conseil privé pour délibérer sur les moyens les plus propres à les réprimer, les conseillers émirent divers avis : les uns voulaient qu’on arrêtât à sa source cet esprit d’audace par de sévères exécutions ; les autres prétendaient traiter avec douceur un peuple qui avait quelques motifs d’exaspération, pour ne pas le pousser, par une rigueur hors de saison, audelà des bornes du devoir. L’archevêque de Grenade, président du conseil, homme influent,

(1) Peter Martyr, epist. 671.

mais violent et colère, soutint fortement le premier avis et il fut adopté par Adrien , que son aèle pour les intérêts de son maître entraîna dans une démarche que lui eussent fait rejeter, sans ce motif, sa prudence et sa timidité naturelle. Il ordonna à Ronquillo, l’un des juges du' roi, de se rendre de suite àSégovie, qui avait donné le premier exemple de révolte , et de traiter lés coupables dans toute la rigueur de la loi. Ronquillo fut suivi d’un corps considérable de troupes, pour le cas où le peuple refuserait de reconnaître son autorité. Les Ségovins en effet, prévoyant ce qu’ils pouvaient se promettre d’un juge dont le caractère austère et inexorable était connu , prirent les armes d’un commun accord , réunirent douze mille hommes et lui fermèrent leurs portes. Irrité par cette insulte, Ronquillo les déclara rebelles et les mit hors de la loi; ses troupes s’emparèrent de toutes les avenues de la ville,- dans l’espoir qu’elle serait bientôt forcée de se rendre, faute de provisions; mais les habitans se défendirent avec vigueur : ils reçurent de Tolède un renfort considérable sous les ordres dePadilla, attaquèrent Ronquillo et le forcèrent à se retirer après lui avoir enjevéses bagages et sa caisse militaire,.

Alors Adrien ordonna à Antonio de Fonseca , nommé par l’empereur commandant en chef des forces de Castille, de rassembler une armée et

de faire le siège deSégovie; mais les habituas de Médina del Campo où le cardinal Ximenès avait établi un magasin de munitions de guerre, se refusèrent à ce qu’il leur enlevât leur artillerie, et qu’il employât a exterminer leurs concitoyens des armes préparées contre les seuls ennemis de l’état. Fonseca, ne pouvant remplir ses ordres sans artillerie , tenta de s’emparer par force du magasin : les citoyens se mirent sur la défensive, et le siège de la ville fut entrepris avec vigueur ; mais ses troupes furent si bien reçues que, voyant l’impossibilité de s’emparer de la place, il mit le feu à quelques-unes des maisons , espérant que les citoyens abandonneraient leurs murs pour

courir au secours de leurs familles et de leurs el-

lets. Au lieu de cela , l’expédient auquel il eut recours ne fit qu’enflammer les assiégés, et il fut honteusement repoussé, tandis que les flammes, passant de rue en rue, réduisaient en cendres presque tous les quartiers d’une des villes les plus considérables d’Espagne à cette époque, et le principal entrepôt des manufactures de Ségovie et de plusieurs autres endroits : les magasins se trouvaient alors remplis d’objets de prix, la perte fut immense et rejaillit surtout le royaume; tout ceci, joint à l’impression produite par une action si lâche sur des hommes depuis long-temps étrangers aux horreurs de la guerre civile, poussa les Castillans jusqu'à la frénésie. Fonscea devint

l’objet d'une exécration générale et fut flétri du nom d’incendiaire et d’ennemi de sa patrie. Il n’y eut pas jusqu’aux citoyens de Valladolid même, qn’avait jusque-là comprimés la présence du cardinal, qui ne déclarassentqu’ils ne pouvaient rester plus long-temps spectateurs inactifs des maux de leurs concitoyens: ils prirent les armes avec non moins de fureur que ceux des autres villes, brûlèrent jusqu’aux fondemens la maison de Fonseca, choisirent d’autres magistrats, levèrent des troupes, leur donnèrent des chefs et gardèrent leurs remparts avec la même vigilance que si l’ennemi se fût présenté pour les attaquer.

Le cardinal , quoique vertueux et désintéressé, capable même de bien gouverner le royaume dans un temps de calme, manquait du courage et de l’habileté nécessaires dans un moment difficile : ne se sentant pas la force de punir les excès commis sous ses yeux, il chercha à apaiser le peuple en protestant que Fonseca avait dépassé ses ordres et que sa conduite indigne l’offensait autant lui-mcme qu’elle irritait les citoyens. Cette déférence, suite de son irrésolution et de sa timidité, ne fit que rendre les mécontens plus audacieux et pl us insolens encore; et 1 orsq u e, quelque temps après , le régent révoqua Fonseca et licencia les troupes qu’il était hors d’état de payer, parce que* le trésor, ruiné par l’avidité des ministres flamands, ne recevait plus rien des

villes, qui étaient toutes en armes, le peuple put en toute liberté agir à sa volonté; car à peine restait-il entre les mains d’Adrien une ombre

de pouvoir. -

Et il faut bien se garder de ne voir dans la conduite des communes que le pur effet d’une fureur populaire et anarchique, elles voulaient obtenir la réforme de plusieurs abus politiques et fonder la liberté publique sur une base fixe; objet sans doute digne de tout lezèlequ’elles montrèrent dans cette occasion. Le gouvernement féodal, en Espagne plus que par-tout ailleurs, était, à cette époque, favorable à la liberté. Cela venait sur- tout du grand nombre de villes importantes qu’il y avait dans ce royaume, circonstance que j’ai déjà remarquée , et qui contribua plus que tou te au tre à adoucir la rigueur des institutionsféodales et à introduire une forme de gouvernement plus libérale et plus égale pour tous. Les babitans de chaque ville formaieutune vaste corporation jouissant d’importantes immunités et de privilèges considérables : elles étaient affranchies de la servitude et du vasselage; elles prenaient une part considérable dans les actes législatifs; elless’adonnaient aux arts industriels, sans lesquels les villes ne peuvent exister; elles avaient accru leurs richesses par les opérations commerciales, et libres et indépendantes: ellesmêmes, elles étaient toujours disposées à agir

comme protectrices de l'indépendance et de la liberté publiques. I+’esprit du gouvernement intérieur, établi parmi les habitans des villes, qui conservent toujours, même dans les pays les plus despotiques , quelques caractères démocratiques et républicains, leur rendait familière et chère l’idée de liberté. Leurs représentans étaien t habitués à lutter avec une égale fermeté, dans les assemblées des cortès, et contre les entreprises de la couronne et contre l’oppression delà noblesse. Elles cherchaient à étendre leurs propres privilèges , elles travaillaient à secouer les dernières entraves que leur opposait l’esprit du gouvernement féodal, favorable uniquement aux nobles; et bien persuadées qu’elles formaient l’un des ordres les plus considérables de l’état, elles eurent l’ambition de devenir aussi le plus puissant.

C’était le moment favorable pour élever de nouvelles prétentions, le souverain était absent; la mauvaise administration de ses ministres lui ayait enlevé l’estime et l’amour des sujets; le peuple, irrité par de nombceux-outrages, avait pris les armes d’un mouvement presque général, quoiqu’il ne fût point .concerté. Il était animé d’uue fureur capable de le porter aux dernières extrémités : le trésor était épuisé; le royaume dégarni dé troupes et le gouvernement confié à un étranger, recommandable par de grandes

vertus à la vérité , mais par ses talens au-dessous des circonstances. Le premier soin de Padilla et des autres chefs populaires, qui observaient les événemens dans le dessein d’en profiler, fut d établir parmi les mécontens une espèce d union ou d’association, afin de les mettre à même dagir avec plus de régularité et de tendre vers un but commun; et comme c’étaient les mêmes motifs qui avaient porté toutes les villes à prendre les armes ; comme elles étaient habituées à se regarder coin me un corps à part du leste des sujets, la chose ne fut pas difficile. Lue convention géuérale fut convoquée à Avila : des députés s y rendirent au nom de la plupart des villes ayant droit d’envoyer des représentais aux cortès, tous jurèrent par serment solennel de vivre et de mourir au service du roi et pour la défense des privilèges de leur ordre; ils donnèrent à leur assemblée le titre de Sainte-Junte , et délibérèrent sur 1 état de la nation et sur les moyens les plus efficaces d’obtenir la réforme des abus. Le premier dont ils s’occupèrent fut le choix d’un étranger pour remplir la place de régent; ils déclarèrent, d une commune voix, que c était une violation des lois fondamentales du royaume, et résolurent d’envoyer à Adrien une députation de leurs membres pour le requérir, au nom de tout le corps, de déposer tous les insignes de sa charge et de se garder à l’avenir d’exer-

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cer une juridiction qu’ils déclaraient illégale.

Pendant qu’on se préparait à mettre à exécution cette résolution audacieuse, Padilla, de son côté, terminait une entreprise de la plus grande importance pour la cause commune. H venait de délivrer Ségovie et marchait en hâte â Tordesillas,où la malheureuse reine Jeanne habitait depuis la mort du roi son époux : favorisé par les habitans, il fut reçu dans la ville, et se rendit maître de la reine, que le régent avait négligé de mettre en sûreté. Padilla se rendit de suite auprès d’elle, et s’approchant avec ce profond respect qu’elle exigeait de tous ceux qui étaient admis à lui parler, il lui exposa tous les maux des Castillans sous le gouvernement de son fils , dont l’inexpérience les abandonnait à des ministres étrangers, qui, par des rigueurs excessives , les avait forcés à recourir aux armes pour défendre les libertés de leur pays. La reine, comme si elle se fût tout-à-coup réveillée d’un long sommeil, témoigna la plus grande surprise de tout ce qu’elle apprenait; elle dit qu’ignorant jusque-là la mort de son père et les souffrances de son peuple, on ne pouvait lui rien imputer, mais que dorénavant ses soins seraient consacrés à remédier à tous les maux; puis elle ajouta : «Songez à faire tout ce qui importe au bien public». Padilla, trop prompt à croire à la réalité de ce qu’il dé-

sirait,crut voir dans ce faible intervalle lucide un retour complet à l’état de raison , et donnant avis à la junte de ce qui s’était passé , il l’engagea à se transporter à Tordesillas età y fixer lesiége de ses assemblées : la chose fut exécutée à l’instant. Jeanne reçut d’abord avec la plus grande affabilité l’adresse dans laquelle la junte la conjurait de prendre en mains les rênes du gouvernement, et pour témoigner son acquiescement elle permit à tous les députés de lui baiser la main ; elle assista ensuite à un tournoi' donné à cette occasion , et parut très-contente de ces fêtes, où fut déployée, pour lui plaire, la plus grande magnificence ; mais elle reprit bientôt sa première mélancolie et sou humeur chagrine , et l’on ne put jamais l’amener à signer aucun ordre nécessaire pour l’administration des affaires.

La junte cachant autant quç possible cette dernière circonstance, poursuivit toutes ses délibérations au nom de Jeanne ; et comme les Castillans, qui chérissaient la mémoire d’Isabelle , avaient reporté toute leur affection sur sa fille, ils se livrèrent à la joie la plus universelle, dès qu’ils eurent appris qu’elle consentait à prendre les rênes du gouvernement; ils crurent dès- lors sa santé tout-à-fait rétablie, et virent en cela une manifestation éclatante de la protection du ciel , qui voulait arracher leur pays à l’oppression des étrangers. La junte, exal-

tée par la réputation et la puissance qu’elle venait d’acquérir en agissant sous le nom de l’autorité royale, ne se contenta plus d’ordonner à Adrien d’abandonner l’office de régent, mais envoya à Valladolid Padilla à la tête d’un corps considérable de troupes , avec ordre de s’emparer des membres du conseil qu’il trouverait encore dans cette ville , de les conduire à Tordesillas, d’en rapporter les sceaux du royaume, les archives publiques, et les registres du trésor. Padilla, que les citoyens reçurent comme libérateur de la patrie, remplit sa mission avec la plus grande exactitude, il permit cependant à Adrien de rester à Valladolid, mais en simple particulier et sans exercer aucun pouvoir.

L’empereur, qui recevait alors en Flandre de fréquens avis de tout ce qui se passait, sentit bientôt son imprudence et celle des ministres, qui avaient si long-temps méprisé les murmures et les remontrances des Castillans. Il ne put voir sans affliction un royaume, le plus important de tous ceux qu’il possédait, celui sur lequel reposait sa force et sa principale puissance, sur le point de méconnaître son autorité et de se précipiter dans tous les malheurs d’une guerre civile. Peut-être que sa présence eût écarté cette calamité; mais alors il ne pouvait se rendre en Espagne sans mettre en danger la couronne impériale et sans donner au roi de France pleine

carrière pour exécuter ses projets ambitieux ; il ? n’avait donc à délibérer que sur un point : tentcrait-il de ramener les mécontens par la douceur et par des concessions , ou bien devait-il sur-le-champ se disposer à les soumettre par la force? Il choisit le premier moyen, mais tout en se préparant à recourir à l’autre si la chose devenait nécessaire. Dans ce but, il adressa des circulaires à toutes les villes de Castille, les exhortant avec douceur et avec l’assurance d’un entier pardon à poser les armes; il promit à celles qui étaient restées fidèles de ne point exiger les subsides accordés par la dernière assemblée, offrant la même faveur à celles qui rentreraient dans le devoir; il s’engageait enfin à ne conférer qu’à des Castillans tous les offices à l’avenir. D’un autre côté, il écrivit aux nobles pour les porter à défendre avec vigueur leurs privilèges et ceux de la couronne contre les folles prétentions des communes; il nomma à la charge de régent du royaume, et simultanément avec Adrien, le grand amiral don Fadrique Enriquez et . le grand connétable de Castille don Inigo de V enasco , tous deux également remarquables par leur habileté et leur influence; il leur donna un plein pouvoir et de vastes instructions pour le cas où l’obstination des mécontens les mettrait dans la nécessité de venger l’autorité royale par la force des armes. ;

Ces concessions, qui, à l’époque de son départ, eussent peut-être satisfait entièrement ,1e peuple, venaient trop tard alors pour produire aucun effet. La junte, forte de l’unanimité avec laquelle la nation tout entière se soumettait à son autorité, enflée des succès qui avaient signalé jusqu’ici ses entreprises, et ne voyant aucune force militaire réunie pour arrêter ses projets, prétendit à une réforme plus étendue. Elle s'était occupée pendant quelque temps à préparer des remontrances contenant une énumération détaillée non-seulement des abus dont elle demandait la réforme, mais même de plusieurs réglemens récens qu’elle prétendait nécessaires pour assurer les libertés publiques. Ces remontrances , divisées en plusieurs articles relatifs aux différentes parties dont se composait le gouvernement , ainsi qu’aux divers départeniens de l’admiuistration, nous fournissent, sur les intentions de la junte, une preuve plus authentique que le témoignage des derniers historiens espagnols qui vécurent dans un temps où il devint pour ainsi dire de mode, où ce fut même un devoir, de présenter la conduite des méconlens sous un point de vue odieux, de lui assigner lqs motifs les plus coupables. Après avoir énuméré dans un long préambule tous les malheurs sous lesquels le peuple gémissait, tou tes les fautes et tous les abus du gouvernement

qui en étaient la cause, les membres de la junte faisaient l’éloge de la patience sans exemple avec laquelle le peuple les avait supportés, jusqu’à ce que le besoin de leur propre conservation et ce qu’ils devaient à leur pays les eussent forcés à s’assembler, afin de pourvoir d’une manière légale à leur propre sûreté et au maintien de la constitution. En conséquence, ils demandaient que le roi revînt en Espagne et y fixât sa résidence, comme tous les rois ses prédécesseurs; qu’il ne se mariât qu’avec le consentement des cortès; que s’il était obligé à quitter momentanément le royaume, il ne pût confier la régence à un étranger; que, par application de cette règle, la nomination du cardinal Adrien fût révoquée sans perdre de temps; qu’à son retour le roi n’amenât avec lui ni des Flamands ni d’autres étrangers ; que des troupes étrangères ne fussent, sous aucun prétexte, introduites dans le royaume; que les nationaux eussent seuls capacité pour occuper des emplois, soit dans l’église, soit dans l’état, et qu’aucun étranger ne fût naturalisé; qu’on n’accordât point de quartiers francs aux soldats ou officiers de la maison du roi, pour plus de six jours, et seulement lorsque la cour serait en voyage ; qujon réduisît * toutes les taxes au taux où elles étaient à la mort de la reine Isabelle ; que l’on révoquât toutes les aliénations des domaines ou des re-

venus royaux , faites depuis la mort de cette reine; qu’on abolit les offices qui avaient été créés depuis cette époque; que les subsides a^ cordés par les derniers cortès ne fussent point levés ; qu’à l’avenir chaque ville envoyât à l’assemblée des cortès un député du clergé, un député de la noblesse , et un député des communes, choisis chacun par son ordre; que la couronne ne put ni influencer ni diriger la nomination de ces députés ; qu’aucun membre des cortès ne pût recevoir une pension ou une place du roi , soit pour lui ou -pour quelqu’un de sa famille, sous peine de mort et de confiscation de ses biens; que chaque ville ou commune payât à ses représentans un salaire convenable, pour fournir à leurs dépenses pendant leur présence aux cortès; que les cortès fussent rassemblés une fois au moins tous les trois ans , lors même qu’ils ne seraient, pas convoqués par le roi, pour rechercher si les présens articles avaient été observés, et pour délibérer sur les affaires publiques; que toutes les récompenses données ou promises aux' membres des derniers cortès assemblés en Galice, fussent révoquées ; qu’on déclarât crime capital d’envoyer de l’or, de l’arr gent ou des bijoux hors du royaume; que les juges eussent des traitemens fixes, et qu’ils n’eussent aucune part dans les condamnations ou dans les amendes prononcées par eux; que

la concession des biens de personnes accusées fût nulle si elle était faite avant que la condamnation eût été prononcée ; que tous les privilèges que les nobles avaieut obtenus, à quelque époque que ce fût, au préjudice des commîmes, fussent révoqués; qu’on ne confiât jamais à des nobles le gouvernement des villes et des communes ; que les biens de la noblesse fussent soumis aux impôts publics de la même manière que ceux du tiers-état ; qu’on fît une enquête sur la conduite de ceux qui avaient été'chargés de la direction du patrimoine royal, depuis l’avénement de Ferdinand , et que si le roi ne nommait pas , dans le délai de trente jours, des personnes propres à ce service , les cortes eussent légalement le droit d’y pourvoir; qu’on ne prêchât et qu’on ne répandit aucune indulgence dans le royaume , sans que la cause de sa publication eût éfé précédemment examinée et approuvée par les cortès; que les sommes provenant de la vente des indulgences fussent fidèlement employées à poursuivre la guerre contre les infidèles; que les évêques qui ne résideraient pas six mois par an dans leur diocèse , perdissent leurs revenus pour tout le temps de leur absence, que les juges ecclésiastiques et leurs officiers ne pussent exiger des droits plus considérables que ceux qui étaient perçus dans les tribunaux séculiers; que le présent archevêque de Tolède,

étant étranger à l’Espagne, eût à se démettre dç sa dignité , qui serait confiée à au Castillan ; que le roi ratifiât et considérât comme services rendus à lui et au royaume tous les actes de la junte, et qu’il pardonnât toutes les illégalités que les villes auraient pu commettre par excès de zèle pour une bonne cause ; qu’il promît et jurât de la manière la plus solennelle d’observer tous ces articles, et de ne chercher, dans aucune occasion, à les éluder ou à les enfrein^ dre, et de ne jamais solliciter le pape ou aucun autre prélat de lui accorder une dispense ou une absolution de son serment et de sa promesse.

Tels furent les principaux articles que lajunte présenta au souverain. Comme par leur origine, les institutions féodales des divers royaumes de l’Europe étaient semblables, les gouvernemens qu’elles formèrent conservèrent une grande analpgie, et les réglemens que cherchent ici à introduire les Castillans s’éloignent peu de ceux que réclamaient les autres nations dans les querellas qu’elles eurent avec leurs souverains pour le maintien de leurs libertés. Les abus que signalèrent les communes d’ângleterre et les remèdes qu’elles proposèrent lors de leurs contestations avec les princes delà maison de Stuart, ressemblent sur-tout à ceux que développe ici la junte ; mais les principes de liberté semblent

avoir été mieux entendus à cette époque parles Castillans que par tout autre peuple de l’Europe. Ils avaient acquis des idées plus libérées sur leurs droits et leurs privilèges; ils s’étaient Formé, sur le gouvernement, des principes plus hardis, et ils avaient montré des vues politiques que les Anglais eux-mêmes n’eurent que plus d’un siècle après.

11 n’est pas hors de vraisemblance, toutefois, que l’esprit de réforme, jusque-là souffert par l’autorité et encouragé par ses propres succès, devenu impétueux chez les Castillans, ait porté la junte à proposer des innovations qui, en alarmant les autres ordres de l'état, furent également fatales à leur cause. Les nobles qui , au lieu d’arrêter les communes, les avaient favorisées , au contraire , tant que leurs demandes s’étaient bornées à la réforme des abus occasionnés par le défaut d’expérience des monarques , ou parl’imprudence et lacupidit^de leurs ministres étrangers, les nobles s’indignèrent lorsque la junte voulut toucher aux privilèges de leur or s dre; lorsqu’ils reconnurent qife les meÉées des communes ne tendaient pas moins à briser le pouvoir de l’aristocratie qu’à limiter les prérogatives de la couronne. Le ressentiment qu’ils avaient conçu de lelévation d’Adrien à la régence , avait beaucoup diminué depuis que l’empereur lui eut adjoint le connétable et l’a-

mirai , et comme leur orgueil et leur dignité souffraient moins de laisser prendre au prince une prérogative étendue, que d’admettre les prétentions excessives du peuple, ils résolurent d’accorder aumonarquè l’appui qu’il demandait," et rassemblèrent en conséquence leurs vassaux.

La junte cependant attendait avec anxiété la réponse de l’empereur à la requête qu’elle lui . avait fait présenter par quelques-uns de ses membres. Les députés chargés de cette mission partirent à l’instant pour l’Allemagrie; mais comme ils reçurent, à différentes fois, avis de la cour qu’ils nepouvaient se hasarder d’y paraître sans courir risque de leur vie, ils suspendirent leur voyageetfircnt part à la junte de cetju’ils apprenaient. Cette nouvelle excita une telle exaspération dans l’assemblée, qu’ellepassa toutes les bornes marquées par la prudence et la modération. Un roi de Castille refusait d'admettre ses sujets en sa présence, d’écouter leur humbles demandes ! cet acte fut représenté comme si tyrannique, si inouï, 'si intolérable, qu’il ne restait plus maintenant qu’à recourir aux armes pour se débarrasser de ces étrangers qui entouraient le trône et qui, après avoir dévoré les richesses de l’çtat, jugeaient nécessaire d’empêcher les cris d’un peuple outragé de parvenir aux oreilles du souverain. Plusieurs insistaient fortement pour faire -approuver une motion, déjà présentée, de dé-

pou il 1er Charles, pendant la vie île sa mère, îles titres et de l’autorité de roi qui lui avaient été si légèrement accordés, dans la fause supposition de l’incapacité totale de la reine. D’autres proposèrent de donner à‘ Jean ne un adjoint pour l’administration des affaires publiques en la mariant au prince de Calabre, héritier des rois de ISaples, de la maison d’Aragon, retenu dans les prisons depuis l'époque où Ferdinand avait ravi la couronne à ses ancêtres. Toits pensèrent que puisque l’espoir d’obtenir des réformes et d’assurer leurs libertés par de simples requêtes, les avait retenus si long-temps daiis l’état d’inaction et empêchés de profiter des dispositions unanimes des peuples en leur faveur, il fallait enfin réunir toutes leurs forces et se montrer avec vigueur pour déjouer les entreprises combinées du monarque et des nobles contre leurs libertés.

Les communes entrèrent bientôt en campagne avec vingt mille hommes, fl s’éleva de violentes disputes pour lecommandementde cette armée.

Paddla , chéri du peuple et des soldats, était seul jugé digne de cet honneur; mais la haute naissance de don Pedro de Giron, fils aîné du courte d’Arnena, qui venait d’embrasser le parti des communes, par ressentiment contre l’empereur; le respect dû à son rang, peut-être même un secret désir d’abaisser Padilla, dont la popularité inspirait de la jalousie à plus d’un»

membre de la junte, firent accorder au premier le titre de général. Il pfouva bientôt qu’il n’avait ni l’expérience, ni les talens, ni la fermeté que demandait ce poste important.

Cependant les régens avaient désigné Rioseco comme le lieu du rendez-vous de leurs troupes^ qui, de beaucoup inférieures en nombre à celles des communes, les surpassaient. aussi de beaucoup en discipline et en valeur; ils avaient mandé de la Navarre un corps considérable de vieilles troupes d’infanterie. La cavalerie, qui formait la principale force de leur qjrméé, se composait en grande partie d'hommes habitués aux fatigues de la vie militaire , et animés de cet esprit belliqueux qui distinguait alors la noblesse : l’infanterie des communes était entièrement coin posée de bourgeois et d’artisans peu exercés au maniement des armes. Le petit corps de cavalerie quelles avaient pu lever, était composé de personnes de basse naissance et tout-a-fait étrangères au service auquel elles se livraient. Le ca- .ractère des généraux ne différait pas moins que celui des troupes. Les royalistes marchaient sous le commandement du comte de Haro, fils aîné du connétable , officier d’une grande expérience et d’un talent remarquable.

Giron conduisit son armée droit à Rioseco :.il occupait les villages en vironuans et croyait obli- • ger les royalistes à se rendre, par défaut de vivres.

ou à combattre avec désavantage avant d’avoir pu rassembler leurs trtmpes; mais il était loin de montrer les talens et ses troupes la persévérance et la discipline nécessaires à l’exécution d’un tel projet. Le comte de Haro introduisit facilement un renfort considérable dans la ville en passant au milieu des postes ennemis : Giron, désespérant de pouvoir la réduire, marcha précipitamment sur Villa-Panda, place appartenant au connétable , et où l’ennemi tenait ses principaux magasins de vivres. Par cette fausse mesure, il laissa Tortjesillas à la merci des royalistes; ceux-ci y furent introduits pendant la nuit avec le plus grand secret et la plus grande diligence par ie comte Haro, qui, attaquant la ville où Giron n’avait laissé pour garnison qu’un simple régiment de prêtres, levé par l’évêque de Zamora, força ses. portes au point du jour, malgré l’opiniâtre résistance des assiégés, s’empara de la reine, retint prisonniers plusieurs membres de la junte, recouvra le grand sceau, et d’autres marques de l’autorité.

Par ce fatal événement, la junte perdit toute la réputation et l'autorité qu elle s’était acquise en paraissant agir sous les ordres de la reine; et les nobles dont la détermination avait été jusque-là incertaine, firent dès-lors cause commune avec les régens; ils mirent à leur disposition toutes leurs forces, et une terreur générale

s’empara de tous les partisans des communes.

Cet état de crainte fut encore adfhienté par le soupçon qu’ils commencèrent à élever surGiron, qu’ils accusèrent hautement d’avoir vendu Tordesillas à l’ennemi. Quoique cette accusation pût paraître dénuée de fondement, car les royalistes durent plutôt leurs succès aux fausses manœuvres qu’à la trahison de Giron, ce général tomba tellement dans l’esprit de son parti qu’il renonça lui-mème au commandement, et se retira dans un de ses châteaux.

Les membres de la junte qui avaient échappé aux mains de l’ennemi s’enfuirent à Valladolid ; et comme le remplacement , par une nouvelle élection, de ceux qui étaient restés prisonniers eût demandé trop de temps, ils choisirent quelques-uns d’entre eux, auxquels ils remirent la direction suprême des affaires. Leur armée, qui augmentait chaque jour par l’arrivée des troupes des différentes provinces , marcha également vers Valladolid ; Padilla fut nommé commandant en chef, les soldats retrouvèrent leur courage, et tout le parti, oubliant ses derniers revers, n’en continua pas moins à manifester le même amour pour les Jibertés de la patrie, une haine également implacable contre ses oppresseurs.

La plus grande difficulté pour la junte était le manque d’argent nécessaire pour payer les soldats. Une grande partie del’argenten circulation

avait été enlevée du royaume par les Flamands $ les taxes régîtes levées en temps de paix étaient peu considérables; le commerce de toutè espèce était interrompu par la guerre , son produit diminuait chaque jour ; et la junte tremblait d indisposer le peuple en le chargeant de nouvelles taxes qu’alors il était peu habitué à supporter. Mais cette difficulté fut levée par dona Maria Pacheca, femme de Padüla-, née de parens nobles, douée de grands talens, d’une ambition démesurée, et animée du zèle le plus ardent pour la cause de la liberté. Elle proposa , avec une hardiesse supérieure aux craintes superstitieuses de son sexe , de s’emparer des précieux ornemens de la cathédrale de Tolède; et pour que l’impiété apparente de. cette action ne pùt offenser le peuple, accompagnée des gens de sa maison, elle se rendit à l’église en procession solennelle, en habit de deuil, les larmes aux yeux, se déchirant la poitrine, et tombant à genoux, elle implora le pardon des saints dont elle allait violer les reliques. A la faveur de cet artifice, qui la mit à l’abri de l’imputation de sacrilège et persuada au peuple que la nécessité et son zèle pour une bonne cause l’avaient seuls déterminée, quoiqu’avec peine, à commettre une telle action, elle dépouilla la cathédrale de tout ce qu elle renfermait de précieux, et procura ainsi à la junte les sommes considérables qui lui nian-

quaient. Les régens, de leur côté, non moins embarrassés pour entretenir leurs troupes, car les revenus de la couronne se trouvaient ou dis- *sipés parles Flamands ou retenus par les communes, se virent forcés de prendre les bijoux de la reine ainsi que la vaisselle des nobles , et lorsque ces ressources leur manquèrent, de faire un emprunt au roi de Portugal.

noblesse montrait un grand éloignement pour en venir avec la junte aux dernières extrémités; elle était animée, pour les Flamands, de la même haine que lescomnuines elles-mêmes; elle approuvait laplupartdes articles des remontrances; elle croyait la circonstance propre nonseulement pour faire réformer les anciens abus, mais encore pour améliorer et rendre plus stable la constitution ; elle craignait que tandis que les deux ordres composant le pouvoir législatif s’affaiblissaient par des hostilités réciproques, là couronne n’arrivât au pouvoir sur les ruines des uns et des autres, et n’empiétât pas moins sur l’indépendance des nobles que sur les privilèges des communes. A cette disposition de la noblesse furent dues les fréquentes ouvertures de paix que les^régens firent à la junte, ainsi que les négociations continuelles qu’ils entamèrent pendant le cours -des opérations militaires. Les conditions qu’ils offraient n’avaient rien de choquant ; car pourvu que la junte

abandonnât quelques articles incompatibles avec l’autorité ro'yale ou avec les droits de la noblesse, ils s’engageaient à obtenir sur les autres points le consentement de l’empereur; si* l’empereur mal conseillé refusait ce consentement, plusieurs nobles s’engageaient à réunir alors leurs efforts à ceux des communes pour l’obtenir.

Cependant les divisions qui éclataient parmi les membres de la junte, écartaient de leurs délibérations le calme et la prudence. Quelquesunes des Ailles qui étaient entrées dans la confédération étaient dominées par cet esprit de jalousie et de défiance mutuelle, trop ordinaire effet des rivalités de commerce ou de puissance. Par son influence et ses promesses, le connétable était parvenu à détacher du parti de la junte les habitans deBurgos, tandis que d’autres npbles avaient ébranlé la fidélité de quelques villes moins importantes. 11 ne s’était trouvé * dans le parti des communes aucun homme do^é de talens supérieurs ou d’une élévation d’esprit qui le rendissent capable de diriger lçs affaires du parti; Padilla leur générai n’était que populaire et par conséquent Jpeu estimé des hommes d’un haut rang qui se trouvaient dans le même parti ; la conduite de Giron donnait au peuple des soupçons sur tous les nobles qui s’étaient joints à lui, en sorte que toutes lesdé-

marches des commîmes furent empreintes des plus grandes marques d irrésolution , de défiances mutuelles et de défaut de génie. Après plusieurs conférences sur les propositions des régens, elles se laissèrent tellement emporter par leurressentimentcontre les nobles, que, rejetant toute proposition d’accommodement, elles allèrent jusqu’à les menacer de leurenlever lesterres de la couronne usurpées par eux ou par leurs ancêtres et de les réunir de nouveau au domaine royal. Les communes s’attachèrent tellement à défendre ces prétentions insensées, qui eussent anéanti tout d’un coup ces mêmes libertés qui leur faisaient prendre les armes, puisqu’elles . rendaient les rois de Castille absolus et indépen -

dans de leurs sujets, que dès-lors elles crièrent avec moins de violence contre les exactions des ministnes étrangers que contre le pouvoir exorbitant et les richesses de l’aristocratie , et qu’elles parurent espérer de faire la paix avec , Charles en lui aidant à s’enrichir de ses dépouilles. Les succès qui dans quelques rencontres avaient signalé les armes de Padilla et fait tomber en son pouvoir quelques petites villes, avaient porté à ces mesures les membres de la junte j ils se reposaient avec tant de confiance dans la valeur de leurs troupes, qu’ils espéraient remporter une victoire facile sur lesarmées royales. Padilla, de son côté, craignant de

laisser son année dans l’inaction, tandis qu’elle était animée par ses succès, se mit en devoir d'assiéger Torrclobalon, place plus forte et plus importante que toutes celles qu’il avait tenté d’attaquer jusqu’ici et qui était défendue par une garnison nombreuse; cependant malgré la résistance opiniâtre des assiégés; malgré les efforts de l’amiral pour le repousser, Pad ilia prit la ville d’assaut eten donna le pillage à ses soldats: s’il eût conduit sur-le-champ son armée victorieuse à Tordesillas, principal boulevart des royalistes, il ne pouvait manquer de produire une grande impression sur leurs troupes, qu’il eût surprises saisies d’étonnement et hors d’état de lui livrer bataille; mais l’irrésolution et l’imprudence de la junte l’empêchèrent d’agir avec tant de vigueur. Incapable, ainsi que toutes les associations populaires, de faire ou la giflent ou la paix, la junte s’arrêta à de nouvelles ouvertures et convint même d’unecourtesuspension d’armes. Cette négociation n’aboutità rien; mais pendant qu’elle occupait les esprits, un grand nombre des soldats de Padilla, peu habitués à la sévérité de la discipline , portèren t le butin qu’ils avaient fait dans les murs de Torrelobaton ; d’autres, fatigués de la longueur de la campagne, désertèrent les drapeaux: le connétable eut le temps de réunir ses forces à Burgos et de se préparera entrer en campagne ; et dès que la trêve expira , il opéra

sa jonction avec le comte de Haro, malgré tous les efforts de Padiila. Les deux généraux royalistes s’avancèrent de suite vers ïorrelobaton; et Padiila, trouvant le nombre de ses troupes tellement diminué qu’il n’osa livrer bataille, tenta d’effectuer sa retraite sur Toro, tentative dont l’accomplissement l’eût sauvé du danger dans un moment où les Français envahissaient la Navarre et où les régens se trouvaient danslanécessité de diriger sur ce point une partie de leurs forces; mais Haro, sentant combien il importait de lui enlever les moyens de s’échapper, marcha avec une telle rapidité, à la ?ète de sa cavalerie, qu’il l’atteignit près de Yillalar, et sans même attendre son infanterie, il livra le combat. L’armée de Padiila , fatiguée et découragée par une retraite qui pouvait facilement passer pour une fuite, traversait alors un champ labouré, et tellement imbibé de pluie qu’à chaque pas les soldats enfonçaient jusqu’aux gdfc* noux, et restaient, dans cette position , exposés au feu des pièces de campagne de l’ennemi. Tout cela troublar tellement ces soldats d’un jour, que, sans opposer la moindre résistance, ils prirent la fuite en désordre. Padiila nrontra,pour les rallier, un courage et une activité incroyable; mais ce fut en vain; la frayeur les rendit sourds à ses instances comme à ses menaces:

alorsne voyant plus de ressources et ne voulant

pas survivre à sa disgrâce et à la ruine de son parti, il se précipita dans les rangs ennerrtis; mais démonté et couvert de blessures, il fut fait prisonnier. Les principaux officiers partagèrent le même sort et les nobles, trop généreux pour tuer des hommes qui leur rendaient les armes, donnèrent aux simples soldats la permission de rentrer dans leurs foyers.

La haine des ennemis de Padilla ne lui fit pas attendre la décision sur son sort. 11 fut le lendemain condamné à mort sans aucune forme de procès et sous prétexte que la notoriété de son crime dispensait de recourir .aux formalités d’usage. Il fut exécuté sur-le-champ en même temps que don Juan Bravo et don François Maldonada , le premier commandant des Ségovins, l’autre des troupes de Salamanque. Padilla vit la mort avec calme et avec courage, et lorsque Bravo montra de l’indignation au nom de traître dont on l’accablait, il lui fit observer « qu’hier était le » moment de déployer le caractère d’une âme » fière , aujourd’hui de mourir en chrétien ». Il eut la faculté d’écrire à son épouse et à la communauté de Tolède, sa ville natale(i); il parle à

(1) Voici ces lettres éloquentes :

Don Juan Padilla â sa femme.

Sf.onora , •

Si votre douleur ne m’était plus pénible que la mort ,

sa 'femme avec toute la tendresse d'un homme plein de courage et de vertu; à sa patrie, avec

je m’estimerais actuellement tout-à-fait heureux. Puisqu’en effet cesser de vivre est le sort de tous les hommes, celui-là peut se considérer comme particulièrement favorisé du ciel, à qui est accordée une fin comme la mienne, une fin que les hommes déplorent , mais qui n’en doit pas moins être agréable devant le juge souverain. Il ne me reste plus assez de momens pour vous chercher des consolations, mes ennemis me refuseraient d’ailleurs cette faveur , et moi , je ne brûle plus que de recevoir la couronne qui m’attend. Vous pouvez pleurer sur votre perte, mais non pas sur ma mort, elle est assez honorable pour n’exciter aucun regret : mon âme , car c’est tout ce qui me reste, est à vous tout entière; vous la recevrez comme le plus précieux de tous les biens; je n’écris point à mon père, Pedro Lopez, je ne l’ose pas; car bien qu’en exposant ma vie je me sois montré digne d’être son fils, je suis loin d’avoir hérité de sa bonne fortune ; je ne dirai plus rien, car je ne veux ni lasser le bourreau qui m’attend , ni laisser croire que je prolonge ma lettre pour allonger ma vie. Mon domestique , Sosia, témoin oculaire et à qui j’ai confié mes plus secrètes pensées , vous dira ce qu’il m’est impossible d’écrire maintenant: c’est ainsi que j’attends l’instant qui va faire vos peines et ma délivrance.

A la ville de Tolède.

A toi , la reine de l’Espagne et la gloire du monde , libre depuis les temps des puissans Goths ; à toi qui , en versant le sang étranger et le tien propre , as recouvré la liberté pour toi et pour les cités voisines , ton fils légi-

l’exaltation naturelle à un citoyen qui se regarde comme un martyr des libertés de son pays : il se soumit ensuite tranquillement à son sort. La plupart des historiens espagnols , accoutumés à des idées tout-à-fait différentes de celles de Padilla sur le gouvernement et la puissance royale , ont été si jaloux de montrer leur désapprobation pour la cause qu’il défendit, qu’ils ont négligé ou craint de rendre justice à ses vertus, et qu’ils ont , en flétrissant sa mémoire , cherché à lui

time, Juan de Padilla, t'informe comment, du sang de $es veines , doivent renaître tes anciennes victoires; si le sort a refusé que mes actions fussent placées au rang de tes exploits les plus célèbres, la faute en est à ma fortune et non à mes efforts : je te demande une chose comme à ma mère , c’est d’accepter, puisque Dieu ne m’a rien laissé de plus à te consacrer, cette vie que je vais bientôt quitter. Je mets plus de prix à ton estime qu’à ma vie: les chauces de la fortune , toujours mobiles, sont infinies; mais je vois avec joie que moi , le dernier de tes enfans, je vais souffrir la mort pour toi, et que tu en as nourri dans ton sein qui pourront être mes vengeurs. Plusieurs bouches rapporteront les circonstances qui accompagneront ma mort, je les ignore encore ; ce que je sais, c’est qu’elle sera prochaine ; ma fin prouvera quel était mon désir. Je te recommande mon âme comme à la patrone du monde chrétien; mon corps, je n’en dis rien, car il a cessé de m’appartenir. Je ne puis rien ajouter, car je sens déjà le couteau près de ma gorge , plus sensible à ta douleur que tremblant pour moi-même. (Sandov., Hist. des guer. civ. de Cast . , vol. i, p. 478.)

ravir ce sentiment d’intérêt auquel a toujours droit un homme illustre dans le malheun

La victoire de Villalar devint aussi décisive qu’elle fut complète. Valladolid, la plus opiniâtre de toutes les villes confédérées, ouvrit de suite ses portes aux royalistes j elle fut traitée par les régens avec la plus grande douceur, et Médina d’el Campo, Ségovie et plusieurs autres imitèrent bientôt son exemple. Cette dissolution soudaine d’une confédération qui ne dut point son existence à de légers mécontentemens ou à des motifs frivoles; à laquelle avait pris part le corps entier du peuple; qui avait eu le temps de prendre un haut degré de consistance en s’établissant d’après un plan régulier de gouvernement, est la plus forte preuve ou de l'incapacité des chefs , ou de l’existence de secrètes divisions parmi ses membres.

Unepartie de l’armée victorieuse desroyalistes futobligée,peude joursaprès la défaite des confédérés, de se rendre dans la Navarre pour y combattre les Français, et cependant rien ne put faire reprendre les armes aux communes de Castille , rien ne put les déterminer à profiter d’une occasion si favorable d’acquérir ces droits et ces privilèges dont elles s’étaient montrées si jalouses. La ville de Tolède seule, animée par dona Maria Pacheco, veuve de Padilla, qui, au lieu de verser de stériles pleurs sur la tombe de son mari, se prépa-

rait à venger ses cendres, en défendant la cause qui le conduisit à la mort ; la seule ville de Tolède doit être exceptée. Le respect pour le sexe de Maria , l’admiration pour son courage , peut- ^ être la pitié qu’excitaient ses malheurs et la vénération conservée à la mémoire de son mari, tout lui assura sur le peuple le même ascendant qu’avait exercé Padilla lui-même. La prudence et la vigueur qu’elle déploya, justifièrent la confiance qu’on avait mise en elle : elle écrivit au général français en Navarre, pour l’engager à marcher sur la Castille, lui offrant de puissaus secours ; elle tenta de ranimer l'ardeur et les espérances des autres villes par des lettres et par des émissaires; elle leva des troupes, et exigea du clergé de la cathédrale une somme considérable, afin de pouvoir les tenir sur pied ; elle employa enfin tous les moyens qui pouvaient remuer et enflammer le peuple. Elle voulut qu’au lieu de drapeau, ses troupes portassent des crucifix , comme si elles eussent marché contre des infidèles ou des ennemis de la religion ; elle parcourait elle-même les rues de Tolède avec son fils, jeune enfant, vêtu d’habits de deuil, porté par une mule et précédé d’un étendard représentant le supplice de son père (i). Tout cela

(i) Peter Martyr, epist., 7*7.

tenait le peuple dans un état d’agitation continuelle qui lui cachait le danger qu’il courait en résistant seul à l’autorité royale.

Tant que la présence de l’armée fut nécessairedans la Navarre , les régens ne purent tenter de réduire Tolède par la force , et toutes leurs démarches, soit pour diminuer le crédit de dona- Maria sur le peuple , soit pour la séduire ellemême et par de nombreuses promesses et par les sollicitations de son frère , le marquis de Mondejar, tout fut inutile ; mais après l’expulsion des Français, une partie des troupes fut rappelée en Castille et vint investir Tolède. Cependant rien ne put intimider le courage intrépide de dona Maria : elle défendit la ville avec vigueur, les royalistes furent repoussés dans plusieurs sorties et les assiégés ne firent aucun progrès, jusqu’à ce que le clergé, qu’elle avait offensé au vif en s’emparant de ses richesses, cessa de la défendre , et se déclara même ouvertement contre elle, dès qu’il connut la mort de Guillaume de Croy, archevêque de Tolède , et la nomination d’un Castillan pour lui succéder. Par cette nomination, le principal motif des plaintes du clergé fut ôté et tous ses efforts se réunirent pour persuader au peuple que dona Maria avait acquis par des enchantemens l’ascendant qu’elle exerçait sur lui; qu’elle était accompagnée et aidée par un démon familier sous la forme d’une jeune

négresse, par les avis de laquelle elle réglait tonte sa conduite (i et cette multitude crédule, impatiente d’un long siège etdésespérant d’obtenir des secours des autres villes engagées dans la même cause, aussi bien que des Français, commença à désirer la paix, prit les armes contre celle qu’elle défendait naguère , la chassa de la ville et se rendit aux royalistes. Maria se retira dans la citadelle, qu’elle défendit avec un courage incroyable pendant quatre mois entiers; mais ejifin réduite aux dernières extrémités, elle se sauva déguisée et courut en Portugal, où elle avait plusieurs parens.

Aussitôt après la fuite de dona Maria , la citadelle se rendit. La tranquillité fut rétablie eh Castille, et cette tentative hardie des communes, de même que toutes les insurrections manquées, contribua à confirmer ou à étendre le pouvoir de la couronne, qu’elles voulaient abaisser et restreindre. Les cortès firent toujours partie du gouvernement de Castille, ne furent plus assemblés que lorsque le roi eut besoin d’argent ; et au lieu de se conformer à l’ancien et salutaire usage de ne consentir des impôts qu’après avoir obtenu la réforme des abus publics, ils introduisirent, pour faire leur cour au monarque, celui de voter d’abord les subsides, mais

(i) Peter Martyr, epist. , 727.

dès-lors le souverain, qui avait obtenu tout ce qu’il demandait, ne leur permit plus aucun examen, aucune tentative de réforme contraire à son autorité. Les privilèges des villes furen t peu-à-peu restreints ou même abolis; leur commerce commença à déchoir, elles devinrent par conséquent moins riches et moins peuplées, et le pouvoir et l’influence qu’elles avaient exercés dans les assemblées des cortès suivirent le déclin de leur fortune.

Tandis que la Castille était en proie aux calamités d’une guerre civile , le royaume de Valence était déchiré par des commotions plus violentes encore. L’association formée dans sa capitale en i5zo, et connue sous le nom de Gennanada ou confrérie, se prolongea après le départ de l’empereur pour l’Allemagne. Sous prétexte de défendre les côtes contre les attaques des corsaires de Barbarie, ses membres, forts de la permission que Charles leur avait imprudemment accordée, refusèrent de poser les armes. Mais comme les abus dont se plaignaient les habitans de Valence venaient plutôt de l’arrogance et des exactions de la noblesse que d’un exercice tyrannique de l’autorité royale, leur ressentiment fut dirigé sur tout contre les nobles, et dès qu’ils eurent la faculté de porter les armes , et qu'ils connurent leur force, ils brûlèrent de se venger de leurs oppresseurs ; ils les

chassèrent de presque toutes les villes, pillèrent leurs maisons , dévastèrent leurs terres , attaquèrent leurs châteaux, et s’occupèrent à choisir treize personnes, une de chaque compagnie de marchands établis à Valence, pour leur confier l’administration du gouvernement, sous prétexte qu’ils voulaient réformer les lois, établir un mode uniforme dans l’administration de la justice, sans partialité ou sans égards pour la distinction des rangs , et rappeler ainsi parmi les hommes quelque chose de leur égalité primitive.

Les nobles furent obligés de recourir aux armes pour se défendre; la guerre commença et fut poussée avec toute la chaleur qu’inspiraient aux uns le ressentiment de l’oppression , aux autres l’idée que leur dignité avait pu être outragée. La Germanada ne comptait dans son sein aucune personne recommandable par sa naissance ou par son éducation : d’obscurs artisans dirigeaient seuls ses conseils ou commandaient ses armées; on sent qu’ils ne pouvaient attirer la confiance d’une multitude furieuse que par la férocité de leur zèle ou l’extravagance de leurs mesures. De tels hommes devaient nécessairement méconnaître et dédaigner les lois reçues chez lès nations civilisées pour arrêter .ou diminuer du moins les désastres de la guerre : aussi se plongèrent-ils dans les plus terribles excès.

L’empereur était occupé à arièter l’insurrec-

tion de Castille, qui menaçait plus directement de ruiner son pouvoir et ses prérogatives; il 11e pouvait donc donner que peu d’attention aux troubles de Valence , et les nobles du royaume furent abandonnés à leurs propres forces dans la défense de leur cause. Le commandement des troupes levées par eux fut confié au vice-roi, le comte de Melito.La guerre fut, pendant les années i 5 ao et i 5 ai, poussée par la Germanacla avec un courage plus constant qu’on 11’eût pu s’y attendre de la part d’une multitude indisciplinée conduite par de tels chefs. Les nobles furent défaits dans plusieurs actions, peu considérables à la vérité, mais qui n’en furent pas moins vives; ils furent repoussés de plusieurs villes qu’ils venaient attaquer ; mais cependant leur habileté supérieure et le commandement de troupes plus aguerries leur donnèrent l’avantage dans plusieurs rencontres; enfin ils reçurent un renfort de cavalerie castillane, envoyée par les régens après leur victoire sur Padilla , et dès-lors les nobles de Valence obtinrent une telle supériorité , qu’ils purent bientôt anéantir la Germanada. Les chefs de l’insurrection furent mis à mort, presque sans aucune forme de procès, condamnés à tous les tourmens que le ressentiment d’injures récentes put suggérer à leurs ennemis, et le gouvernAnent.de Valence rétabli dans sa forme ancienne.

L’Aragon ressentit aussi les effets de cet esprit de sédition et de révolte qui agitait les autres royaumes d’Espagne ; mais la prudence du vice-roi don Juan de Lanusa le comprima tellement, qu’il empêcha toute révolte d’éclater. Dans l’ile de Majorque , les mêmes causes qui avaient amené les commotions du royaume de Valence, dont elle faisait partie, produisirent des résultats non moins funestes. Le peuple, fatigué de souffrir sous l’administration de la noblesse , se souleva , prit les armes , déposa le vice-roi, le chassa de l’ile, et massacra tous les nobles que le sort fit tomber entre ses mains. L’opiniâtreté avec laquelle le peuple de Majorque persista dans sa rébellion, fut égale à la fureur qui l’avait excitée; ce ne fut qu’à force d’opiniâtreté qu’on put le réduire à l’obéissance, et le calme régnait déjà dans toute l’Espagne -, qu’il refusait encore de reconnaître l’autorité du souverain.

Il put paraître étrange que, pendant qu’il sé manifestait chez les Espagnols un esprit de mécontentement général ; pendant que tant de causes se réunissaient pour les précipiter dans des mesures extrêmes, dans l’espoir d’obtenir la réforme de quelques abus, il n’ait existé aucun accord, aucun ensemble dans la conduite des mécontens soulevés dans les divers royaumes , qu’il n’y ait en même aucune communication

entre eux. Unissant leurs conseils et leurs armes, ils eussent agi avec plus de force et de succès; une confédération nationale les eût rendus aussi respectables pour le peuple que formidables à la couronne ; et l’empereur, incapable de résister à leurs efforts réunis, eût traité avec eux aux termes qu’il leur eût plu de pres*crire. Plusieurs motifs toutefois empêchaient les Espagnols de se réunir et d’agir en commun : les habitans des différens royaumes d’Espagne , quoique réunis sous le même sceptre , conservaient dans toute sa force leur ancienne antipathie nationale; leurs rivalités et leurs hostilités anciennes étaient encore présentes à leur souvenir; le ressentiment de leurs outrages mutuels conservait tant de force, qu’il ne pouvait exister entre eux ni accord ni confiance. Chacun aima mieux ne se reposer que sur ses propres efforts et supporter seul tout le chüc , que d’implorer le secours de voisins odieux, D’un autre côté , les formes de gouvernement variaient tellement en Espagne, les abus dont on se plaignait, les changemens qu’on tentait d’introduire étaient si divers, qu’il eût été difficile de les rapporter à un plan uniforme : c’est sans doute à cette division que Charles dut la conservation de ses couronnes d’Espagne. Et tandis que chacun des royaumes poutv suivait des mesures séparées, ils furent tous

forcés à la fin de subir la loi imposée par le souverain.

L’arrivée de l’empereur glaça de terreur tousceux qui avaient levé l’étendard contre lui ; mais il apaisa bientôt leurs alarmes par un acte de clémence non moins prudent que généreux dans les circonstances présentes. Une rébellion aussi générale avait à peine, sur tant de coupables, conduit à la mort vingt personnes en Castille ; contre les prières de son copseil, Charles refusa de faire de nouveau verser par le bourreau le sang de ses sujets, et publia, pour tous les crimes commis depuis le commencement de l’insurrection, une amnistie générale dont quatre-vingts personnes seulement furent exceptées. Il paraît même qu’il désigna ces dernières plutôt pour intimider les autres que dans l’intention de sévir contre elles; car un courtisan officieux lui offrant de lui découvrir l’asile d’un des principaux proscrits, il éluda son offre par une plaisanterie: « Allez, dit-il , je n’ai mainte- » nant nul motif de redouter cet homme ; mais » il a des raisons pour se tenir loin de moi, et » peut-être eussiez-vous dû plutôt lui dire que » je suis ici, que de m’indiquer le lieu de sa re- » traite ». Ces preuves de magnanimité, le soin qu’il mit à éviter tout ce qui avait pu blesser les Castillans lors de son premier séjour parmi eux , à prendre leurs moeurs, à parler leur lan-

gue, à s’assujettir à leurs usages , tout cela lui donna sur eux un ascendant qu’avaient à peine exercé leurs monarques espagnols, et les disposa à l’aider dans ses entreprises avec un zèle et un courage auxquels il dut une grande partie de ses succès et de sa gloire.

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