‹ Extraits de l'introduction a l'histoire de CharlesQuint, et precis des troubles civils de CastilleChapitre 5 sur 14 · VIL · texte numérisé non relu

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De toutes ies calamités qui prirent leur source tfans les ravages des barbares, conquérans de l’empire, une des plus fatales avait été le renversement du système de lois romaines, de cet éternel monument de la sagesse d’un peuple fait pour soumettre et pour gouverner le monde. La législation d’une société civilisée ne pouvait s’accorder ni avec les mœurs ni avec les idées de ces sauvages guerriers ; aussi par-tout où ils formèrent des établissemens, les lois romaines cessèrent bientôt d’être en usage pour rester ensevelies pendant quelques siècles sous ces bizarres institutions qu’on a cru pouvoir décorer

du litre de lois ; mais vers le milieu du xn e . siècle, le hasard fit trouver en Italie une copie des Pandectes de Justinien. L’état social avait déjà fait des progrès si marqués , le cercle des idées avait été si heureusement agrandi par plusieurs siècles d’existence politique , que les peuples furent jetés dans l’admiration par un système législatif que leurs ancêtres n’auraient pas compris. Quoique les hommes ne fussent pas encore parvenus à ce degré de civilisation capable de leur inspirer le désir de chercher dans les écrits des anciens le goût de la vraie philosophie et des connaissances spéculatives; quoiqu’ils eussent été jusque-là peu sensibles à toutes les beautés des compositions classiques, ils étaient néanmoins assez éclairés pour pouvoir apprécier un corps de lois dans lequel tous les points les pins intéressans et les plus dignes d’attention pour les hommes de tous les siècles étaient réglés d’une manière claire, précise et équitable. Ce fut alors une nouvelle science pour tous les hommes qui s’occupaient de lettres. Quelques années s’étaient à .peine écoulées depuis la découverte des Pandectes , et déjà des professeurs enseignaient publiquement le droit civil dans plusieurs contrées, de l’Europe.

L’étude et l’imitation d’un pareil modèle produisirent bientôt les plus heureux résultats. Dès que les peuples eurent connaissance d’une lé- . • 5 *

gislation fixe et générale, ils en comprirent surfe- champ tout l’avantage, et s’empressèrent de déterminer les principes et les formes sur lesquels les juges devaient appuyer leurs décisions; ils se livrèrent avec tant d’ardeur à cette étude si importante pour la société , qu’avant la fin du xn e . siècle la législation féodale se trouva ramenée à un système régulier; le Code des lois canoniques lut étendu et mis en ordre; les coutumes vagues et incertaines de différentes provinces ou royaumes formèrent des collections d’après une méthode et avec une exactitude qu’on avait puisées dans la méditation de la jurisprudence des Romains (XlVj.

Ces améliorations diverses, obtenues dans le système et l’administration des lois, eurent sur les mœurs publiques une influence très-importante et très-étendue : de là naquit une distinction entre les professions; les hommes se virent ainsi forcés d’acquérir des talens divers et de courir des carrières différentes , afin de pouvoir se rendre propres à tous des arts et à tous les emplois qui devenaient nécessaires à la société (1). Chez les nations barbares, il n’y a qu’un état honorable, c’est l’état militaire: là, toufe l’activité, toute l'énergie de la race humaine n’a pour objet que l’habileté dans les armes; les occupations pendant la paix sont simples et peu

nombreuses, et pour les remplir il ne faut ni éducation ni études antérieures, et tel fut effectivement l’état de l'Europe pendant plusieurs siècles. Un gentilhomme naissait soldat et dédaignait toute autre occupation; il n’y’avait pour lui de scieuce que celle de la guerre; ses exercices habituels, ses loisirs même étaient des faits d armes. D’ailleurs les fonctions de la magis- * trature, auxquelles 11’étaient appelées que des personnes nobles , 11e demandaient pas des hommes plus éclairés que de semblables guerriers. Chercher dans les traditions quelques coutumes consacrées par le temps; faire observer les formalités en champ clos; reconnaître l’issue d’un combat et décider si tout avait été conduit d’après les règles des armes , c’était là toute la science que croyait devoir posséder un baron appelcà tenir la balance comme juge; mais quand les formes d’une procédure légale eurent été déterminées, et quand les lois, bases de tousjugemens, eurent été écrites et réunies en un Code général, la jurisprudence devint une science qu’il faflut acquérir par des études régulières et par une longue pratique des tribunaux. Belliqueux et ignorans, les nobles ne trouvaient pas le loisir et étaient loin d’avoir le goût de se livrer à de si pénibles travaux et. de suivre des éludes si étrangères aux occupat ions qu'ils regardaient comme seules intéressantes et seules di

gnes d’eux: il arriva qu’ils abandonnèrent peuà-peu leur siège dans les tribunaux, oii l’on méprisait leur ignorance et où ils étaient fatigués d’assister à des débats qui devenaient trop compliqués pour leur intelligence. Ainsi donc on dut confier à des personnes préparées à l’interprétation des lois par de longues études préalables non-seulement la décision des points en discussion, mais aussi la marche de l’instruction légale des affaires. Des hommes appelés chaque jour à donner leur avis sur les plus chers intérêts des citoyens, durent naturellement obtenir une haute considération et un grand crédit ' dans la société; ils sévirent élevés aux honneurs qui jusque-là avaient été le prix des services rendus à la guerre; ils furent revêtus des plus hautes dignités et obtinrent le pouvoir le plus étendu: de sorte qu’une profession non moins honorable que celle des armes vint s’offrir aux laïques; les emplois civils obtinrent de la considération ; les talens requis pour les occuper furent cultivés; une nouvelle carrière conduisit à la fortune et à l’illustration; les arts cl Iqs ver- . tus de la vie sociale reprirent leur rang et reçurent des honneurs mérités (XV).

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