‹ Extraits de l'introduction a l'histoire de CharlesQuint, et precis des troubles civils de CastilleChapitre 9 sur 14 · IO · texte numérisé non relu

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àvec son fils l’archiduc d’Autriche, Maximilien. L’illustre extraction de ce prince, comme aussi le rang auquel il semblait appelé, rendaient, d’une part, cette alliance honorable pour Marie, tandis que, de l’autre, l’éloignement des domaines héréditaires et l’exiguité des revenus de l’archiduc devaient affaiblir son autorité de telle sorte qu’elle ne pouvait exciter les ombrages des Flamands.

Ainsi Louis, par l’abus même de son système de ruses et de perfidies , fit tomber dans la maison d’Autriche, le brillant héritage de Bourgo~ gne. Cette acquisition devint le fondement de la grandeur future de Charles Y. C’est ainsi que ce prince se trouva maître de ces riches territoires qui le mirent à même de diriger contre la Fi ance des opérations vigoureuses et décisives. Ainsi donc le même monarque, qui, le premier, sut réunir et concentrer tous les élémens de puissance de ce royaume, concourut aussi à élever une domination rivale qui, durant deux siècles, contraria les mesures , balança la fortune et suspendit les progrès de ses successeurs.

L’expédition de Charles VlII en Italie est encore un événément du xv e siècle, qui eut une influence générale : celui-ci produisit des révolutions non moins riiémorables , et amena, dans le système politique comme dans le système militaire , des changemens qui furent plus immé-

diatement sentis; il porta les états européens à de plus hardis efforts , et rapprocha plus encore leurs affaires et leurs intérêts respectifs. L’administration douce et sage de Charles VIII , monarque faible mais animé de sentimens géné-r reux, sembla faire renaître ce caractère vif et ardent que le sombre despotisme de Louis XI avait affaibli et presque éteint. Cette ardeur pour le service militaire, naturelle, à la noblesse fran? çaise , reparut, et le jeune roi se montra impa-> tient de la consacrer à marquer son règne de quelques actions brillantes. Tandis que, incertain encore , il se demandait de quel côté il dirigerait ses armes, les sollicitations et les intrigues d’un politique italien dont les crimes et les talcns étaient également renommés, déterminèrent son choix. Ludovic Sforce, ayant conçu le dessein de déposer son neveu, le duc de Milan , pour s’approprier sa couronne ; mais craignant que les princes italiens ne formassent une ligue afin de s’opposer à ses désirs, et de soutenir le jeune prince, dont la plupart étaient parens qu alliés, reconnut la nécessité de s’as-> surer uri protecteur puissant. Il tourna ses regards vers le roi de France, et sans lui faire part de ses intentions secrètes., il travailla seulement à obtenir de lui de marcher en Italie, à fa tête d’une puissante armée, pour conquérir le royaume de Naples , que Charles pouvait, re-

vendiquer comme héritier de la maison d’Anjou. Les droits allégués par cette famille avaient été transmis à Louis XI par Charles d’Anjou , comte du Maine et de Provence ; mais le prudent monarque, en prenant immédiatement possession des domaines dont ce prince était réellement le maître, ne s’occupa nullement de ce titre idéal sur un royaume gouverné tranquillement par un autre souverain , et refusa constamment de s’enfoncer dans le dédale de la politique italienne. Plus hardi et moins judicieux, son fils se jeta vivement dans cette entreprise, et dédaignant les avis de ses conseillers les plus expérimentés , il se. disposa à la poursuivre avec énergie.

La puissance de Charles était d’ailleurs assez étendue pour qu’il se crût capable de la mettre à fin. Son père lui avait transmis des droits qui le rendaient maître absolu dans son royaume; il avait, de son côté, beaucoup agrandi ses états par le mariage qu’il s’était ménagé avec l’héritière de Bretagne, mariage au moyen duquel il était devenu maître de cette province, le seul grand fief qui restât encore à réunir à la couronne. Peu de temps lui suffit pour réunir les forces dont il croyait avoir besoin : alors brûlant de commencer sa carrière par des conquêtes, et sacrifiant des réalités à des chimères, il rendit le Boussillon à Ferdinand, et abandonna à Maxi-

milieu une partie de ce que son père avait acquis dans TArtois.il voulait par là empêcher ces princes de profiter de son absence pour inquiéter le royaume pendant son expédition en Italie.

Il y a une grande différence entre les arméniens du xv e . siècle et ceux dont on pourra voir le détail dans le cours de cette histoire: 20,000 hommes formèrent toute l’armée avec laquelle Charles exécuta cette importante entreprise. Quant au train d’artillerie, aux munitions et aux approvisionnemens de guerre de toute espèce, ils étaient si considérables, qu’ils offraient quelque apparence de l’appareil imposant que nécessitent les guerres de nos jours.

Rien ne put résister aux Français en Italie.

Les puissances italiennes n’avaient eu depuis long temps à repousser aucune invasion étrangère ; en paix comme en guerre , elles s’étaient fait un système de conduite particulier. Pour mettre d’accord leurs intérêts divers et établir entre eux l’équilibre du pouvoir, les états qui se partageaient l’Italie entretenaient de perpétuelles négociations, dans lesquelles ils déployaient toutes les ruses et toutes les subtilités d’une politique consommée. Leurs contestations, quand ils étaient réduits à en venir aux armes, se vidaient dans des combats fictifs et par des victoires où il n’y avait point de sang répandu.

A l’approche du nouveau danger qui les me-

naçnil , les gouvernemens d’Italie recoururent aux artifices , dont ils avaient acquis l’habile pratique, et firent mouvoir tous les ressorts de l’intrigue pour écarter le péril. Mais ils éprouvèrent combien sont futiles dans ce cas de telles ressources : leurs mercenaires efféminés, seule force militaire du pays, et propres seulement à des batailles de parade, furent frappés de terreur en voyant qu’il fallait réellement combattre, et furent mis en fuite au premier choc. L’ardente valeur des Français leur parut irrésistible : Florence, Pise et Rome leur ouvrirent leurs portes , et si l’on en croit les historiens, les progrès de cette redoutable invasion épouvantèrent tellement un roi de Naples, qu’il en mourut de frayeur. Un autre prince abandonna le trônepar le même esprit de pusillanimité, un troisième enfin s’enfuit de son royaume, dès que l’ennemi se montra prêt à franchir ses frontières. Charles prit tranquillement possession du royaume de Naples, vers lequel il s’était avancé depuis les Alpes avec autant de rapidité et aussi peu d’opposition, que s’il eût parcouru ses propres états ; de-là il tint en respect toutes les puissances d’Italie et leur dicta des lois.

Telle fut l’issue d’une expédition qu’on peut considérer comme le premier résultat du nouveau pouvoir que venaient d’acquérir et que commençaient à mettre en usage les princes

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d’Europe. Ses effets ne furent pas moins étendus que ses progrès avaient été surprenans. Les Italiens, incapables de résister à l’impétuosité de l’ennemi qui se précipitait sur eux, le laissèrent parcourir librement la carrière : ils comprirent bientôt qu’aucune des puissances qu’ils pourraient lui opposer n’arrêterait seule les entreprises d’un monarque maître d’un aussi vaste territoire, et commandant à des peuples aussi belliqueux, mais que ce qu’un seul état ne pouvait tenter, une confédération pouvait l’accomplir; ils eurent donc recours à cette mesure, la seule qui leur restât pour se délivrer ou se préserver du joug.

Pendant que Charles perdait imprudemment son temps à Naples au milieu des festins et des triomphes décernés à ses succès, ou bien s’abandonnait tout entier à l’espoir de conquérir et de gouverner l’Orient, presque tous les états d’Italie, soutenus par l’empereur Maximilien et par Ferdinand, roi d’Aragon, formaient contre lui une ligue formidable. L’union de tant de puissances oubliant du moins momentanément leurs inimitiés particulières pour agir de concert contre un ennemi redoutable pour tous, tira Charles de son imprudente sécurité, il ne vit plus de sûreté que dans son retour en France ; mais les alliés avaient rassemblé une armée de 3o,ooo hommes, destinée à lui fermer le passage,

et quoique les Français, animés d'un courage qui fit plus que compenser leur infériorité numérique, rompissent les lignes ennemies et remportassent une victoire qui ouvrit à leur monarque une route sure vers ses états , il perdit toutefois ses conquêtes d’Italie aussi rapidement qu’il les avait faites, et le système politique de ce pays fut rétabli sur le même pied où il se trouvait avant son invasion.

Les princes et les politiques d’Italie semblent avoir puisé dans l’effet subit et décisif de cette confédération desleçons dont l’importance répondait à la gravité des alarmes que leur avait causées l’irruption des Français. Us avaient alors étendu à l’Europe entière cette politique jusquelà bornée aux affaires des petits états d’Italie; ils avaient découvert l'art d’empêcher les princes d’arriver à un degré de pouvoir incompatible avec la liberté générale; ils avaient reconnu l’importance d’observer ce grand principe de la politique moderne : conserver un juste partage de puissance parmi tous les membres composant le système général de l’Europe.

Durant toutes les guerres dont l’Italie fut dèslors le théâtre , et au milieu des mouvemens militaires dont rimprudencedeLouisX.il et l’ambition de Ferdinand d’Aragon remplirent ce pays presque sans relâche, depuis la fin du xv°. siècle jusqu’à l’époque où commença à régner

Charles V, le grand objet qui attira l’attention des politiques d’Italie fut de maintenir une juste balance entre les deux adversaires , et ils ne furent pas les seuls qui s’en firent une règle de conduite; les autres puissances eu crurent également l’application nécessaire à leur sûreté; ce fut une idée pour ainsi dire de mode et généralement répandue. Depuis cette époque, nous pouvons suivre les rapports qui lient entre eux les divers états de l’Europe , et découvrir les effets de cette politique prévoyante qui, dans la paix, met en garde contre des dangers éloignés, et qui empêche, dans la guerre, des conquêtes rapides et désastreuses. Mais les résultats des guerres dont les grandes puissances d’Europe remplirent l’Italie, ne se bornèrent pas là; ces guerres contribuèrent atissi à faire adopter généralement le changement introduit par les Français dans la composition de leurs troupes , parce que tous les princes qui parurent sur ce nouveau théâtre se virent forcés de mettre leur établissement militaire sur le même pied que celui de la France. La guerre se faisant loin du territoire des peuples qui l’entreprenaient, le service des vassaux ne fut plus d’aucun usage, et l’on sentit la nécessité d’employer et de solder des troupes réglées. La cavalerie de Charles VIII marchant en Italie ne se composait que de ces compagnies de gendarmes formées par Charles VII , et maintenues

par Louis XI. Sou infanterie était composée en partie de Suisses ^en partie de Gascons armés et disciplinés comme les Suisses. A ces troupes Louis XII ajouta un corps d’Allemands, fameux dans les guerres d’Italie sous le uom de bandes noires ; mais aucun de ces monarques ne se servit de la milice féodale, ou de cette force militaire qu’ils avaient le droit de commander en vertu des anciennes constitutions de leurs royaumes.

Les preuves répétées de l’importance de l’infanterie dans tant de circonstances signalées la mirent en réputation, et ramenèrent peu-à-peu l’opinion si long-temps méconnue, que c’était d’elle que dépendaient presque toujours à la guerre les succès ou les revers.

Les princes allemands , marchant à la tête d’hommes en qui la nature avait mis un courage inébranlable et cette opiniâtre énergie qui semblent les destiner à devenir soldats, disciplinèrent leurs troupes de manière à lutter bientôt avec les Suisses en tactique et en valeur.

Les monarques français, quoique avec plus de leuteur et de difficulté, parvinrent également à soumettre le caractère ardent de leur peuple aux règles d’une juste subordination ; ils s’occupèrent avec un zèle si actif à rendre leur infanterie nationale respectable , que , dès le règue de Louis XII, plusieurs gentilshommes du

rang le plus élevé avaient entièrement dépouillé leurs anciens préjugés , et consenti à servir de la sorte (i).

Les Espagnols, à qui leur position ne permettait guère d’employer d’autres forces que celles de leur propre territoire dans les parties méridionales de l’Italie, théâtre principal de leurs opérations en ce pays, non - seulement adoptèrent la discipline des Suisses, mais l'améliorèrent même en mêlant à leurs bataillons un certain nombre de soldats portant de lourds mousquets, et c’est ainsi qu’ils créèrent ce fameux corps d’infanterie qui fut pendant un siècle et demi l’admiration et l’effroi de toute l’Europe. Les états italiens diminuèrent aussi peu-à-peu la quantité de leur cavalerie, en faisant désormais, à l’imitation de leurs puissans voisins, consister dans leur infanterie toute la

force de leur armée. Depuis cette époque, les nations européennes ont fait la guerre avec des troupes mieux disposées pour toute espèce de service, plus susceptibles d’agir dans tous les pays , et plus capables de faire des conquêtes et de les conserver.

Les opérations des peuples en Italie les avaient

amenés à d’importantes améliorations dans le

(i) Brantémc, tom. ».

système militaire; elles leur donnèrent pareillement la première idée des frais immenses qu’elles entraînent lorsqu’elles sont longues et multipliées, et habituèrent chaque nation à supporter le poids nécessaire des impositions , sans lesquelles on n’eût pu les exécuter. Tant que le système féodal exista dans toute sa vigueur ; tant que les armées furent simplement composées de vassaux convoqués pour attaquer une puissance voisine, et accomplir, par une campagne de peu de durée, le devoir de service militaire que leurs seigneurs avaient le droit d’exiger, les guerres furent entretenues à peu de frais. Des subsides peu considérables mettaient un prince à même de commencer et de finir ses plus vastes entreprises; mais l’Italie étant devenue le théâtre d’une grande lutte entre les états européens pour fonder la prépondérance de l’un d’eux, les préparatifs indispensables pour agir sur des points éloignés , la paie des armées constamment tenues sur pied , leur subsistance dans une contrée étrangère, des sièges à former, des villes à garantir, tout augmenta considérablement les charges de la guerre, et en créant des besoins inconnus jusqu’alors, nécessita un accroissement de taxes 'dans tous les états européens. Toutefois l’ambition des princes prit un développement si rapide, et leurs opérations

furent tellement étendues , qu'il devint d’abord impossible d’obtenir des fonds proportionnés à cette excessive augmentation de dépenses. Lorsque Charles VIII envahit le royaume de Naples, les sommes nécessaires pour suivre une pareille entreprise excédaient à tel point ce que la France avait été habituée à fournir pour l’entretien du gouvernement, qu’avant même de toucher aux frontières d’Italie il avait épuisé son trésor, ainsi que toutes les ressources intérieures qu’il trouvait dans l’exercice des prérogatives étendues de sa couronne. N’osant pas imposer un nouveau poids à ses peuples déjà accablés du fardeau des charges extraordinaires, il adopta l’expédient d’emprunter aux Génois tout l’argent qui lui était nécessaire pour continuer sa marche j mais il ne put obtenir cet argent que moyennant l’intérêt exorbitant de quarante-deux pour cent par an (i). On peut remarquer la même disproportion entre les efforts et les revenus des autres gouvernemens contemporains. Dès-lors les taxes allèrent toujours croissant, et pendant le règne de Charles- Quint il fut levé dans chaque pays des sommes qui eussent paru énormes à la fin du xv<\ siècle,

(r) Mémoires de Commincs, 1. vin.

et qui frayèrent les voies à ces contributions plus énormes encore de nos jours.

Venise, depuis plusieurs siècles, avait vu ses affaires publiques dirigées par son sénat d’après une politique non moins sage que vigoureuse* Elle s’y tint attachée avec une constance qui lui assura d’immenses avantages sur les autres états, dont les vues et les mesures changeaient aussi souvent que les formes du gouvernement ou que les individus qui l’exerçaient. Eu continuant à agir de la sorte, les Vénitiens agrandirent le territoire de leur république, qui devint enfin le plus puissant état de l’Italie, tandis qu’un commerce prodigieux, la plus féconde et la plus ingénieuse industrie et le monopole des précieuses marchandises de l’Orient, en firent le plus opulent des états européens.

La puissance des Vénitiens devint un objet d’effroi pour les états italiens limitrophes; leurs richesses excitèrent l’envie des plus grands princes , qui pouvaient à peine égaler de simples citoyens dans la majesté de leurs palais, la ma-

la somptuosité délicate de leurs tables. Jules II , supérieur en ambition , et égal par les talens à tous ses prédécesseurs sur le trône pontifical, conçut l’idée de la ligue de Cambrai contre cette république, et réussit, en excitant des

passions et des intérêts divers , à y faire entrer plusieurs autres princes.

Enorgueilli des succès qu’elle obtint, et se figurant alors qu’aucune entreprise ne pouvait lui offrir d’obstacle insurmontable, le pontife \ médita d’expulser de l’Italie toutes les puissances étrangères, et il dirigea toutes les forces d’un génie profond et hardi vers l’exécution de ce projet.

Les diverses négociations de cette période agitée , les différentes relations formées entre des puissances jusque-là presque étrangères l’une à l’autre , étendirent considérablement cette communication entre les peuples de l’Europe, dont nous avons fait mention comme d’un résultat des événemens du xv e . siècle; tandis que la grandeur de l’objet auquel tendirent respectivement les nations, la distance des lieux où elles allaient combattre, et la longueur opiniâtre des querelles dans lesquelles elles étaient engagées , les obligèrent à puiser en elles-mêmes une vigueur et une persévérance inconnues aux âges précédens.

Les royaumes de l’Europe étaient arrivés à un tel degré de perfectionnement dans l’administration intérieure de l’état, et les princes en avaient acquis une autorité si imposante sur la masse des forces nationales destinées à sou-

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