NOTICE SUR LEIBNIZ. XIII
Demande-t-on maintenant la raison de ce mouvement universel et de ce changement sans repos ? Ce qui excite Tindividu à changer, selon Leibniz, c'est que son développement actuel n'est jamais égal à ce que sa puissance enveloppe. Une force faite pour l'infinité doit tendre sans cesse à « passer d'une perception à une autre », et ce désir incessant qui la travaille se nomme appétiiion, Aristote avait raison de le dire : La vie de la nature est dans le désir. De là ce progrès continu de tous les êtres, cet effort pour s'élever du degré inférieur au degré supérieur, cette série non interrompue de formes où la diversité et l'analogie sont également merveilleuses, « en sorte qu'on peut dire que c'est partout et.toujours la même chose, aux degrés de perfection près. »
Si nous parcourons Téchelle des êtres, nous trouvons au plus bas degré la matière, qui est déjà active en ses éléments. Un ensemble de forces coexistant dans l'étendue s'appelle corps, et il y a dans chaque corps une infinité réelle de forces simples. L'étendue n'est autre chose que la manière dont nous nous représentonsles forces qui agissent simultanément sur notre propre activité. Ces forces, considérées en elles-mêmes, sont inétendues et sans parties ; mais la coordination de ces forces et leur rapport avec nos organes produit l'apparence qu'on nomme l'étendue. « La substance simple, dit Leibniz, quoique n'ayant point en soi Vétendue, a cependant la position, qui est le fondement de l'étendue (1). » La matière elle-même, la matière proprement dite, n'est qu'un phénomène ou
1. Edit. Dutens, II, i, 280. « L'espace est quelque chose de purement relatif, comme le temps. C'est un ordre de coexistences, comme le temps est un ordre de successions. » (Ibid,, II, 1, 121.)