‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 9 sur 205 · XII NOTICE SUR LEIBNIZ · texte numérisé non relu

XII NOTICE SUR LEIBNIZ

même nos perceptions confuses sont le résultat des impressions que fait sur nous Tunivers. Nous n'apeivcevons avec clarté que ce qui est voisin de nous et ce dont nous sommes le centre ; Dieu seul, qui est comme centre partout et dont la circonférence n'est nulle part, embrasse immédiatement Tinfini de sa présence éternelle.

Nier les perceptions indistinctes sous prétexte que nous ne les apercevons pas, c'est oublier, dit Leibniz, que tout est harmonique dans la nature^ que chaque chose a sa raison dans toutes les autres, et en conséquence les reflète par Timpression même qu'elle en reçoit. Si vous rejetez les perceptions insensibles, qui sont comme les infiniment petits de la conscience, expliquez les effets de Thabitude et de linstinct, le sommeil, l'évanouissement, la léthargie, les varia- ' tions de Thumeur, les tristesses sans cause, les joies sans raison. Nos perceptions insensibles nous assiègent et nous remplissent à notre insu dans les moments mêmes de notre plus active vigilance, et il y a des instants où elles régnent seules, entretenant en nous l'activité et la vie. A travers les interruptions apparentes de Texistence se dévide le fil continu des perceptions imperceptibles, qui conservent l'identité de l'être vivant, relient l'homme d'hier avec l'homme d'aujourd'hui, renouent la trame incessamment rompue. Sans cette solidarité de l'état présent et de Tétat passé, la vie humaine serait le travail de Pénélope, et l'homme, toujours nouveau pour lui-même, recommencerait de vivre à chaque instant : le mouvement continuel de l'existence n'aboutirait à aucun résultat, et, au lieu d'un accroissement, ne serait qu'une stérile agitation.

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