De fécole d'Etée (vers 444 av. J.-Ch.J
4. Uui, sans duute, quand il ne s'agit i(ue dea pliénoiDÈues, laaia rjuaiid it s'agit du bien et du mal morat, qui ne peuvent tire l'objdi d'uni! même vulonié, la difficulté est tout autre.
^^m^^^^^^^^^m^^Êi^^^^^^^i^m
les porte vers le soleil, jointe à quelque tourbillon qui les emporte, ou à leur propre impétuosité, peut venir le mouvement elliptique de Kepler, qui satisfait si bien aux apparences. Un homme incapable de goûter les spéculations profondes applaudira d'abord aux péripatéticiens, et traitera nos n[ialhématiciens de rêveurs. Quelque vieux galéniste en fera autant par rapport aux facultés de l'école, il en admettra une chylique, une chymifique et une sanguifîque, et il en assignera exprès à chaque opération ; il croira d'avoir fait merveilles, et se moquera de ce qu'il appellera les chimères des modernes, qui prétendent expliquer mécaniquement ce qui se passe dans le corps d'un animal.
L'explication de la cause du mal par un principe, per principium maleficum, est de la même nature. Le mal n'en a point besoin, non plus que le froid et les ténèbres : il n'y a point de primumfrigidum^ ni de principe des ténèbres. Le mal môme ne vient que de la privation ; le positif n'y entre que par concomitance, comme l'actif par concomitance dans le froid (1». Nous voyons que l'eau, en se gelant, est capable de rompre un canon de mousquet où elle est enfermée ; et cependant le froid est une certaine privation de la force : il ne vient que de la diminution d'un mouvement qui écarte les particules des fluides.
Le mal vient de la privation; le positif et l'action en naissent par accident, comme la force naît du froid.
Mais le franc arbitre va au bien, et s'il rencontre le mal, c'est par accident, c'est que ce mal est caché sous le bien, et comme masqué. Ces paroles qu'Ovide donne à Médée :
Video meliora proboque.
Détériora sequor,
signifient que le bien honnête est surmonté par le bien
1. Cette eipiication scolastiqne est elle-même inexplicable : que le mal soit une simple privation, on se demandera alors d'où vient la privation.
agréable, qui fait plus d'impresëion sur les âmes quand elles se trouvent agitées par les passions.
Au reste, M. Bayle lui-même fournit une bonne réponse à Mélissus ; mais il la combat ud peu après. Voici ses paroles (pag. 2025) : « Si Mélissus consulte les notions de a l'ordre, il répondra que Tbomme n'était point méchant ce lorsque Dieu le fit ; il dira que Thomme reçut de Dieu un « état heureux, mais que, n'ayant pas suivi les lumières de « la conscience, qui, selon l'intention de son auteur, le de- « valent conduire par le chemin de la vertu, il est devenu « méchant, et qu'il a mérité que Dieu, souverainement « bon, lui fit sentir les effets de sa colère. Ce n'est donc « point Dieu qui est la cause du mal moral, mais il est la « cause du mal physique, c'est-à-dire de la punition du « mal moral, punition qui. bien loin d'être incompatible « avec le principe souverainement bon, émane nécessaire- « ment de l'un de ses attributs, je veux dire de sa justice, « qui ne lui est pas moins essentielle que sa bonté. — Cette « réponse, la plus raisonnable que Mélissus puisse faire, « est au fond belle et solide, mais elle peut être combattue ■ par quelque chose de plus spécieux et de plus éblouissant. « C'est que Zoroastre objecte que le principe infiniment bon t devait créer l'homme^ non-seulement sans le mal actuel, « mais encore sans l'inclination au mal ; que Dieu, ayant « prévu le péché avec toutes les suites, le devait empêcher; « qu'i7 devait déterminer Vhomme au bien moral, et ne lui u laisser aucune force de se porter au crime, > Jusqu'ici c'est M. Bayle. Cela est bien aisé à dire, mais il n'est point faisable en suivant les principes de l'ordre : il n'aurait pas pu être exécuté sans des miracles perpétuels (1). L'ignorance, l'erreur et la malice se suivent naturellement dans les animaux faits comme nous sommes : fallait-il donc que cette espèce manquât à l'univers ? Je ne doute point qu'elle
1. Leibniz a tort d'introduire ici la notion de miracle ; car Bayle pourra toujours demander pourquoi la bonié divine serait avare de miracles.
ESSAIS DE THÉODIGÉE. 147
n'y soit trop importante, malgré toutes ses faiblesses, pour que Dieu ait pu consentir à l'abolir.
M. Bayle examine quelques réponses de saint Basile, de Lactance, et d'autres, sur Torigine du mal ; mais, comme elles roulent sur le mal physique, je diffère d'en parler, et je continuerai d'examiner les difficultés sur la cause morale du mal, qui se trouvent dans plusieurs endroits des ouvrages de notre habile auteur.
11 combat la permission de ce mal ; il voudrait qu'on avouât que Dieu le veut. Il cite ces paroles de Calvin (sur la Genèse, ch 3) : «Les oreilles d'aucuns sont offensée? quand
• on dit que Dieu l'a voulu. Mais, je vous prie, qu'est-ce
• autre chose de la permission de celui qui a le droit de dé- « fendre, ou plutôt qui a la chose en main, qu'un vouloir ?» M. Bayle explique ces paroles de Calvin et celles qui précèdent comme s'il avouait que Dieu a voulu la chute d'Adam, non pas en tant qu'elle était un crime, mais sous quelque autre notion qui ne nous est pas ^connue. Il cite des casuistes un peu relâchés, qui disent qu'un iîls peut souhaiter la mort de son père en tant qu'elle est un bien pour ses héritiers (Rép. aux quest., ch. 147. p. 850). Je trouve que Calvin dit seulement que Dieu a voulu que l'homme tombât pour certaine cause qui nous est inconnue. Dans le fond, quand il s'agit d'une volonté décisive, c'està-dire d'un décret, ces distinctions sont inutiles : Ton veut l'action avec toutes ses qualités, s'il est vrai qu'on la veuille. Mais quand c'est un crime. Dieu ne peut que le vouloir permettre : le crime n'est ni fin ni moyen, il est seulement une condition sine quanon ; ainsi il n'est pas l'objet d'une volonté directe, comme je l'ai déjà montré ci-dessus, Dieu ne le peut empêcher sans agir contre ce qu'il se doit, sans faire quelque chose qui serait pis que le crime de l'homme, sans violer la règle du meilleur ; ce qui serait détruire la divinité, comme j'ai déjà remarqué. Dieu est donc obligé, par une nécessité morale qui se trouve en lui-môme, de permettre le mal moral des créatures. C'est là précisément le cas où la volonté d'un sage n'est que permissive. Je l'ai
148 ESSAIS DE THÉODICBE.
déjà dit : il est obligé de permettre le crime d'autrui quand il ne le saurait empêcher sans manquer lui-môme à ce qu'il se doit.
« Mais entre toutes les combinaisons infinies, dit « M. Bayle, p. 853, il a plu à Dieu d*en choisir une où « Adam devait pécher, et il l'a rendue future par son dé> «cret, préférablement à toutes les autres. » Fort bien, c'est parler mon langage, pourvu qu'on l'entende des combinaisons qui composent tout Punivers. «Vous ne ferez donc « jamais comprendre, ajoute t-il, que Dieu n'ait pas voulu « qu'Eve et Adam péchassent, puisqu'il a rejeté toutes les « combinaisons où ils n'eussent pas péché. » Mais la chose est fort aisée à comprendre en général par tout ce que nous venons de dire. Cette combinaison qui fait tout l'univers, est la meilleure : Dieu donc ne peut se dispenser de la choisir sans faire un manquement ; et plutôt que d'en faire un, ce qui lui est absolument inconvenable, il permet le manquement ou le péché de l'homme, qui est enveloppé dans cette combinaison.
M. Jacquelot, avec d'autres habiles hommes, ne s'és'éloigne pasde mon sentiment, comme lorsqu'il dit, page 106 de sou Traité de la conformité de la foi avec la raison : «( Ceux qui s'embarrassent de ces difficultés semblent avoir « la vue trop bornée, et vouloir réduire tous les desseins de « Dieu à leurs propres intérêts. Quand Dieu a formé l'uni-
• vers, il n'avait d'autre vue que lui-même et sa propre « gloire ; de sorte que, si nous avions la connaissance de « toutes les créatures, de leurs diverses combinaisons et « de leurs différents rapports, nous comprendrions sans « peine que l'univers répond parfaitement à la sagesse « infinie du Tout-Puissant.» Il dit ailleurs (page 232) : t Supposé, par impossible, que Dieu n'ait pu empêcher le « mauvais usage du franc arbitre sans l'anéantir, on con- « viendra que, sa sagesse et sa gloire l'ayant délerminéà for- « mer des créatures libres, cette puissante raison devait
• l'emporter sur les fâcheuses suites que pourrait avoir « celle liberté. » J'ai lâché de le développer encore davan-
ESSAIS DE THÉOpiCéE. 149
tage par la raison du meilleur (l), et par la nécessité morale qu'il y a on Dieu de faire ce choix, malgré le péché de quelques créatures qui y est attaché. Je crois avoir coupé jusqu'à la racine de la difficuUé|: cependant je suis bien aise, pour donner plus de jpur à la matière, d'appliquer mon principe des solutions aux difficultés particulières de M. Bayle. En voici une, proposée en ces termes (ch. 148, pag. 856) : « Serait-il de la bonté d'un prince, !<> de donner « à cent messagers autant d'argent qu'il en faut pour un « voyage de deux cents lieues; 2° de promettre une récom-
• pense à tous ceux qui achèveraient le voyage sans avoir « rien emprunte^ et de menacer de la prison tous ceux à tt qui leur argent n'aurait pas suffi; 3° de faire choix de cent « personnes dont il saurait certainement qu'il n'y en au-
• rait que deux qui mériteraient la récompense, les quatre- « vingt dix-huit autres devant trouver en chemin ou un « joueur, ou quelque autre chose qui leur ferait faire des « frais, et qu'il aurait eu soin lui-môme de disposer en « certains endroits de la route ; 4« d'emprisonner actuelle- « ment quatre-vingt-dix-huit de ces messagers dès qu'ils se- « raient de retour ? N'est-il pas de la dernière évidence
• qu'il n'aurait aucune bonté pour eux, et qu'au contraire « il leur destinerait, non pas la récompense proposée, mais « la prison ? Ils la mériteraient, soit ; mais celui qui aua rait voulu qu'ils la méritassent et qui les aurait mis dans
• le chemin infaillible de la mériter serait-il digne d'être
• appelé bon, sous prétexte qu'il aurait récompensé les deux « autres ? » Ce ne serait pas sans doute cette raison qui lui ferait mériter le titre de bon ; mais d'autres circonstances y peuvent concourir, qui seraient capables de le rendre digne de louange de ce qu'il s'est servi de cet artifice pour connaître ces gens là et pour en faire un triage, comme Gédéon se servit de quelques moyens extraordinaires pour choisir les plus vaillants et les moins délicats d'entre les soldats.
y t. Leibniz ne semble pas comprendre que les paroles de Bayle
sont ironiques.
F. LBIBNIZ. 9
ESSAIS DE THÉODICÉB.