‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 105 sur 205 · LES VÉRITÉS DÉPENDENT DE L ENTENDEMENT DIVIN · texte numérisé non relu

LES VÉRITÉS DÉPENDENT DE L ENTENDEMENT DIVIN

« Il est digne, dit M. Bayle, d.e la créature raisonnable de « se conformer à la raison : une créature raisonnable qui se

1. Dieu ne fait pas seulement la musique, mais les lois de la musique; il est créateur du tout.

B^aoBavi

162 ESSAIS DE THÉODICéE.

« conforme à la raison est louable ; elle est blâmable quand « elle ne s'y conforme pas. Vous n'oseriez dire que ces vé- « rites n'imposent pas un devoirà Tbomme par rapporta tous « les actes conformes à la droite raison, tels que ceux-ci : il « faut estimer tout ce qui est estimable ; rendre le bien pour a le bien ; ne faire tort à personne; honorer son père: rendre « à chacun ce qui lui est dû, etc. Or, puisque par ia nature a même des choses, et antérieurement aux lois divines, les « vérités de morale imposent à l'homme certains devoirs, « il est manifeste que Thomas d'Aquin et Grotius ont pu « dire que s'il n'y avai^t point do D.eu, nous ne laisserions « pas d'être obligés à nous conformer au droit naturel. <c D'autres ont dit que. quand même tout ce qu'il y a d'in- « telligences .périrait, les propositions véritables demeure- « raient véritables. Cajétan a soutenu que s'il restait seul « dans l'univers, toutes les autres choses, sans nulle exceptt tion, ayant été anéanties, la science qu'il avait de la nature « d'une rose ne laisserait pas de subsister. »

C'est, à moQ avis, l'entendement divin qui fait la réalité des vérités éternelles, quoique sa volonté n'y ait point de part. Toute réalité doit être fondée dans quelque chose d'existant. Il est vrai qu'un athée peut être géomètre. Mais, s'il n'y avait poiut de Dieu, il n'y aurait point d'objet de la géométrie; et, sans Dieu, non-seulement il n'y. aurait rien d'existant, mais il n'y aurait même rien de possible. Gela n'empêche pas pourtant que ceux qui ne voient pas la liaison de toutes choses entre elles et avec Dieu ne puissent entendre certaines sciences sans en connaître la première source qui est en Dieu. Aristote, quoiqu'il ne Tait guère connu non plus (1), n'a pas laissé de dire quelque chose d'approchant et de très-bon lorsqu'il a reconnu que les principes des sciences particulières dépendent d'une science supérieure qui en donne la raison ; et cette science supérieure doit avoir Têtre, et par conséquent Dieu, source de l'être, pour objet.

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