Imputation fausse contre Descartes
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pbiques (1) : il se préparait quelque échappatoire, comme lorsqu'il trouva un tour pour uier le mouvement delà terre« pendant qu'il était copernicien à outrance. Je soupçonne qu'il a eu en vue ici une autre manière de parler extraordinaire de son invention, qui était de dire que les affirmations et les négations, et généralement les jugements internes, sont des opérations de la volonté. Et par cet artifice les vérités él(?rnelles, qui avaient été jusqu*à cet auteur uq objet de l'entendement divin, sont devenue^ tout d'an coup un objet d» sa volonté. Or les actes de la volonté sont libres, donc Dieu est la cause libre des vérités. Voilà le dé- Doûment de la pièce : Spectatum admissi (2). Un petit changement de la signification des termes a causé tout ce fracas. Mais si les aflirmaiions des vérités nécessaires étaient des actions de la volonté du plus parfait esprit, ces actions ne seraient rien moins que libres car il n'y a rien à choisir (3). Il paraît que M. Desrartes ne s'expliquait pas assez sur la nature de la liberté et qu'il en avait une notion assez extraordinaire, puisqu'il lui donnait une si grande étendue, jusqu'à vouloir que les affirmations des vérités nécessaires fussent libres en Dieu. C'était ne garder que le nom de la liberté (4).
Cependant M. Bayle s'en embarrasse : il ne veut point admettre les natures plastiques destituées de connaissance, que M. Cudworth et autres avaient introduites, de peur que les slratoniciens modernes, c'est-à-dire lesspinosiste?, n'en profilent. C'est ce qui l'engage dans des disputes avec M. Le Clerc. Et prévenu de cette erreur, qu'une cause non intelligente ne saurait rien produire où il paraisse de l'artifice,
1. C'est, au contraire, une de ses doctrines les plus remarquables.
2. Ces plaisanteries sont-elles de bon goût, et la doctrine de Leibniz dans sa Ihéodicée ne pourrait-elle donner souvent lieu à des critiques mieux jusli liées ?
3. Le dieu de Leibniz choisit encore moins : ce sont les choses qui s'arrangent d'elles-mêmes — Au reste, le choix indifférent n'est pas essentiel k la liberté de l'action.
4. C'est ce que fait bien plus Leibniz, qui appelle liberté un automatisme inteiiectuel.
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il est éloigné de m'acoorder la préformation, qui produit naturellement les organes des animaux, et le système d'une harmonie que Dieu ait préétablie dans les corps pour les faire répondre par leurs propres lois aux pensées et aux Yolontés des âmes. Mais il fallait considérer que cette cause non intelligente qui produit de si belles choses dans les graines et dans les semences des plantes et des animaux, et qui produit les actions des corps comme la volonté les ordonne, a été formée par les mains de Dieu, infiniment plus habile qu'un horloger, qui fait pourtant des machines et des automates capables de produire d'assez beaux effets comme s'ils avaient de l'intelligence.
Or, pour venir à ce que M. Bayle appréhende des stratoniciens en cas qu'on admette des vérités indépendantes de la volonté de Dieu, il semble craindre qu'ils ne se prévalent contre nous de la parfaite régularité des vérités éternelles ; car, cette régularité ne venant que de la nature et de la nécessité des choses sans être dirigée par aucune connaissance, M. Bayle craint qu'on en pût inférer avec Stralon que le monde a pu aussi devenir régulier par une nécessité aveugle ; mais il est aisé d'y répondre. Dans la région des vérités éternelles se trouvent tous les possibles, et par conséquent tant le régulier que l'irrégulier : il faut qu'il y ait une raison qui ait fait préférer Tordre et le régulier, et cette raison ne peut être trouvée que dans Tentendement. De plus, ces vérités mêmes ne sont pas sans qu'il y ait un entendement qui en prenne connaissance, car elles ne subsisteraient point s'il n'y avait un entendement divin où elles se trouvent réalisées, pour ainsi dire. C'est pourquoi Straton ne vient pas à son but, qui est d'exclure la connaissance de ce qui entre dans l'origine des choses.
La difficulté que M. Bayle s'est figurée du côté de Straton paraît un peu trop subtile et trop recherchée. « S'il y a des f propositions d'une éternelle vérité, dit M. Bayle, qui sont f telles de leur nature et non point par l'institution de « Dieu, si elles ne sont point véritables par un décret libre • dé sa volonté, mais si au contraire il les a comme néces-
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ff sairement véritables parce que telle était leur nature, voilà • uue espèce de fatum auquel il est assujetti, voilà une né- ■ cessilé naturelle absolument insurmontable. Il faudra donc « dire qu'une nature qui existe nécessairement trouve tou- « jours son chemin sans qu'on le lui montre; et comment « vaincre, après cela, l'opiniâtreté d'un stratonicien ? «
Mais il est encore aisé de répondre: Ce prétendu fatum, .
qui oblige même la divinité, nVst autre chose que la pro- i
pre nature de Dieu, son propre entendement, qui fournit les règles à sa sagesse et à sa bonté (I) ; c'est une heureuse né- ^
cessité sans laquelle il ne serait ni bon ni sage. Voudrait-on que Dieu ne fût point obligé d'être parfait et heureux? ■
Notre condition, qui nous rend capables de faillir (2), est- '
elle digne d'envie, et ne serions-nous pas bien aises de la changer contre Timpeccabilité, si cela dépendait de nous ? Il faut être bien dégoûté pour souhaiter la liberté de se perdre et pour plaindre la divinité de ce qu'elle ne Ta point. C'est ainsi que M. Bayle raisonne lui-même ailleurs contre ceux qui exaltent jusqu'aux nues une liberté outrée qu'ils s'imaginent dans la volonté lorsqu'ils la voudraient indépendante de la raison.