‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 110 sur 205 · Un moindre bien compte pour un mal · texte numérisé non relu

Un moindre bien compte pour un mal

les parties qui présentent un tout complet ( comme font les corps organiques), et vous y trouverez un artifice et une beauté qui va au delà de l'imap^inatiou. Tirons-en des conséquences pour la sagesse et i^our la bonté de Fauteur des choses, encore dans les choses que nous ne connaissons pas. Nous en trouvons dans Tunivors qui ne nous plaisent point; mais sachons qu'il n'est pas fait pour nous seuls. Il est pourtant fait pour nous si nous sommes sages: il nous accommodera si nous nous en accommodons; nous y serons heureux si nous le voulons être (l).

Quelqu'un dira qu'il est impossible de produire le meilleur, parce qu'il n'y a point de créature parfaite, et qu'il est toujours possible d'en reproduir£ une qui le soit davantage. Je réponds que ce qui se peut dire d'une créature ou d'une substance particulière, qui peut toujours être surpassée par une autre, ne doit pas être appliqué à l'univers, lequel, se devant étendre par toute l'éternité future, est un infini. De plus, il y a une infinité de créatures dans la moindre parcelle de la matière, à cause de la division actuelle du continuum à l'infini. Et l'inflni, c'est-à-dire l'amas d'un nombre infini de . substances, à proprement parler, n'est pas un tout ; non plus que le nombre infini lui-même, duquel on ne saurait dire s'il est pair ou impair. C'est cela même qui sert à réfuter ceux qui font du monde un dieu, ou qui conçoivent Dieu comme l'âme du monde ; le monde ou l'univers ne pouvant pas être considéré comme un animal ou comme une substance (2).

Il ne s'agit donc pas d'une créature, mais de l'univers, et l'adversaire sera obligé de soutenir qu'un univers possible peut être meilleur que l'autre à l'infini ; mais c'est en quoi il se tromperait, et c'est ce qu'il ne saurait prouver(3).

Page 1