NOTICE SUR LEIBNIZ. XV
« humeurs, est encore un tel jardin et un tel étang. « Rien d'inculte, de stérile, de mort dans l'univers. » Partout des forces et des ân:es, dont chacune est un monde. Tout est grand, tout est petit suivant le point de vue ; tout est grand et petit à la fois. Qu'est-ce que Tocéan ? Une goutte d'eau dans l'espace. Qu'est-ce qu'une goutte d'eau? Un océan aussi vaste, aussi peuplé, aussi riche que le premier, et enveloppant l'infini. Comme Pascal, Leibniz ne voit que des infinis de toutes parts, mais il les voit sans effroi et y aperçoit l'image de la divinité.
Si la vie est partout, que peut être la mort ? Le retour au néant est aussi miraculeux que la production ex nihilo : Dieu seul peut anéantir, comme il peut seul créer, et il n'a pas créé les êtres pour les faire rentrer ensuite dans le néant. Tous vont à l'infini, tous ont des destinées infinies ; ils se modifient sans cesse, ils ne périssent pas. La mort est un changement brusque, une métamorphose rapide. Encore ce changement h'est-il pas complet ; cette métamorphose ne dégage pas entièrement la monade dominante de la matière, c'est-à-dire des monades secondaires qui lui étaient attachées ; la grande loi de continuité s'y oppose. Entre la vie présente et la vie à venir, il y a des traits communs: l'âme garde toujours autour d'elle quelque partie subtile de sa dernière dépouille, et surtout elle garde en elle-même la trace ineffaçable de ses anciennes perceptions. Ainsi la mort n'est qu'un phénomène extérieur ; elle est plus apparente que réelle : c est la naissance à une autre vie.
La naissance à son tour est une espèce de mort Ce n'est point une métempsycose ou voyage brusque de l'âme d'un corps dans un autre, mais une métamorphose ou changement gradué des organes d'une même