‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 13 sur 205 · XTI NOTICE SUR LEIBNIZ · texte numérisé non relu

XTI NOTICE SUR LEIBNIZ

âme. Ne croyons pas, dit Leibniz dans la Théodicée^ que rêtre qui naît commence d'exister ; il existait déjà sous une autre forme : c'était Vanimal spermatique. De cette existence antérieure il n'a plus souvenir aujourd'hui ; faut-il s'en étonner? Avant d'être élevé à l'aperception claire de lui-même, c'est-à-dire à la conscience, il n'a eu que des perceptions confuses et insensibles, qui ne pouvaient laisser dans sa mémoire rien de précis et de distinct. D'ailleurs, dit Leibniz, comme on peut oublier bien des choses, on pourrait aussi se ressouvenir de bien loin, si Ton était ramené jusque-là par l'association des idées : « C'est ainsi qu'il ne nous faut que le commencement d'une chanson pour nous faire ressouvenir du reste. » L'animal spermatique n'acquiert la conscience et la raison qu'en passant sur un plus grand théâtre, celui de l'humanité ; à la vie simplement végétative et sensitive succède alors la vie raisonnable : l'âme vivante, dans son progrès, est devenue esprit. « C'est la connaissance des vérités nécessaires et éternelles qui nous distingue des simples animaux ; » grâce à cette connaissance, nous entrons en société avec Dieu, et nous devenons citoyens de la république des esprits, « Un seul esprit vaut tout un monde, puisqu'il n'ex- « prime pas seulement le monde, mais le connaît « aussi et s'y gouverne à la façon de Dieu. Tellement « qu'il semble, quoique toute substance exprime V l'univers, que néanmoins les autres substances (i expriment plutôt le monde que Dieu, mais que les « esprits expriment plutôt Dieu que le monde. » Aussi ne sont-ils pas seulement indestructibles comme substances, mais encore immortels comme personnes. La destinée des esprits, c'est « un passage perpétuel à de nouvelles joies et à de nouvelles perfections^ »

NOTICE SDR LEIBNIZ. Mit

c'est un progrès sans fin vers ce dernier terme des choses auquel tout le reste est suspendu : Dieu.

Tel est le spectacle de la création, telle qu'elle s'est peinte elle-même, pour ainsi dire, dans la pensée de Leibniz. On conçoit l'enthousiasme de ce dernier pour une conception de Tunivers qui rappelle, en la surpassant, celle d'Aristote : la notion de substance approfondie, le rapport de la substance active aux phénomènes clairement indiqué, l'analogie des substances entre elles et pour ainsi dire leur parenté mise en évidence, enfin le développement continu de ces substances soumis à une loi de progrès sans limite.

Leibniz a expliqué d'une manière plausible la relation tout intérieure des phénomènes aux substances actives qui les produisent ; mais il reste toujours un point inexpliqué : c'est l'action extérieure des êtres l'un sur l'autre. Par exemple, de quelle manière l'âme, force dominante et plus développée, agit-elle sur l'ensemble des forces subordonnées qu'on appelle le corps ? — « Je croyais entrer dans le port, dit Leibniz ; mais lorsque je me mis à méditer sur l'union de l'âme avec le corps, je fus rejeté comme en pleine mer. »

L'influence naturelle d'une substance sur l'autre paraît à Leibniz impossible, quoique son système ait déjà ramené la question à une expression plus simple en représentant tous les êtres comme des forces de même nature ou homogènes. — Gomment admettre, dit-il, qu'un mode ou un accident, tel que le mouvement, passe d'une chose à l'autre et se promène ainsi d'être en être î C'est là ime chose insoutenable ; la force individuelle est maîtresse de sa propre activité, mais incapable de pénétrer dans l'activité d'autrui :

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