‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 127 sur 205 · Gymnosophisle (voir Arrien, Plutarque et Quinte Curce · texte numérisé non relu

Gymnosophisle (voir Arrien, Plutarque et Quinte Curce

188 ESSAIS DE THÉODIGÉE.

qui fait passer ]a nature pour uae marâtre, et qui prétend que rhomme est la plus misérable et la plus vainc de toutes les créatures. Ces deux épithètes ne s'accordent point : on n'est pas assez misérable quand on est plein de soi-même. Il est vrai que les hommes ne méprisent que trop la nature humaine, apparemment parce qu'ils ne voient point d'autres créatures capables d'exciter leur émulation; mais ils ne s'estiment que trop et ne se contentent que trop facilement en particulier.

M. Bayle voudrait presque écarter la considération de la santé; il la compare aux corps raréfiés qui ne se font guère sentir, comme l'air, par exemple ; mais il cx)mpare la douleur aux corps qui ont beaucoup de densité, et qui pèsent beaucoup en peu de volume. Mais la douleur même fait connaître Timportance de la santé, lorsque nous en sommes privés. J'ai déjà remarqué que trop de plaisirs corporels seraient un vrai mal, et la chose ne doit pas être autrement; il importe trop que l'esprit soit libre. Lactance {Divin.Instit.^ lib. 3, cap. 18) avait dit que les hommes sont si délicats qu'ils se plaignent du moindre mal, comme s'il absorbait tous les biens dont ils ont joui. M. Bayle dit là-dessus qu'il suffît que les hommes soient de ce sentiment, pour juger qu'ils sont mal, puisque c'est le sentiment qui fait la mesure du bien ou du mal. Mais Je réponds que le présent sentiment n'est rien moins que la véritable mesure du bien et du mal passé et futur. Je lui accorde qu'on est mal pendant qu'on fait ces réflexions chagrines; mais cela n'empêche point qu'on n'ait été bien auparavant, et que tout compté et tout débattu, le bien ne surpasse le mal.

Je ne m'étonne pas que les païens, peu contents de leurs dieux, se soient plaints de Prométhée et d'Épiméthée, de ce qu'iîs avaient forgé un aussi faible animal que l'homme; et qu'ils aient applaudi à la fable du vieux Silène, nourricier de Bacchus, qui fut pris par le roi Midas, et pour le prix de sa délivrance lui enseigna cette prétendue belle sentence : que le premier et le plus grand des biens était de ne point naître, et le second, de sortir promplement de

cette vie (Cic. Tuscul. lib. 1). Platon a cru que les âmes avaient été dans un état plus heureux, et plusieurs des anciens, et Gicéron entre autres dans sa Consolation (au rapport de Lactance), ont cru que pour leurs péchés, elles ont été confinées dans les corps comme dans une prison. Ils rendaient par là une raison de nos maux, et confirmaient leurs préjuges contre la yie humaine : il n'y a point de belle prison. Mais outre que, môme selon ces mômes païens, les maux de cette yie seraient contre-balancés et surpassés parles biens des vies passées et futures, j'ose dire qu'en examinant les choses sans prévention, nous trouverons que, Tun portant l'autre, la vie humaine est passable ordinairement; et y joignant les motifs de la religion, nous serons contents de Tordre que Dieu y a mis.

AoTC Xjiôrov xai n&\n€ç ûpMîç prrGt x^pô; xTUTriq^icrfl.

Mais quand môme il serait échu plus de mal que de bien au genre humain, il suffit, par rapport à Dieu, qu'il y a incomparablement plus de bien que de mal dans l'univers (1),

La considération de la méchanceté des hommes, qui leur attire presque tous leurs malheurs, fait voir au moins qu'ils n'ont aucun droit de se plaindre. Il n'y a point de justice qui doive se mettre en peine de l'origine de la malice d'un scélérat, quand il n'est question que de le punir : autre chose est quand il s'agit de l'empêcher. L'on sait bien que le naturel, l'éducation, la conversation, et souvent môme le hasard, y ont beaucoup de part ; en est-il moins punissable (2) ?

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