XVIIÎ NOTICE SUR LEIBNIZ
elle est solitaire « et n'a point de fenêtres sur le dehors. » Chaque monade agit en elle-même et par elle-même avec une entière spontanéité, comme si les autres n'existaient pas : elle tire tout de son propre fond?, ses sensations, ses idées, ses afTections, ses volontés : toutes ses modifications lui sont innées, parce qu'au fond elles sont toutes ses propres actions. Si on appelle unêtre passif, ce n'est pas parce qu'il subit réellement l'action d'un autre, mais seulement parce qu'il a besoin de cet autre pour rendre raison de quelque chose qui est en lui, et dont il ne fournirait pas l'explication suffisante.
Mais, dira-t-on, si les monades sont solitaires, si chacune n'agit que pour son propre compte, comment se fait-il qu'il y ait tant d'harmonie dans l'ensemble ? — C'est, répond Leibniz, que les développements de chaque monade sont éternellement en connexion avec les développements de toutes les autres ; Dieu a tout déterminé à l'avance, tout calculé, tout préétabli. L'ordre vient de Dieu seul, et les monades n'ont de rapport immédiat qu'avec lui. L'ensemble des êtres est pareil à un « chœur de musiciens » dont chacun, faisant sa partie sans entendre distinctement les autres, mais docile au chef commun qui les dirige tous, contribue à former un merveilleux concert. Ce chef invisible qui règle et tempère l'harmonie de l'univers, c'est Dieu : sous la loi de la monade suprême, les monades créées développent les symphonies cachées en elles ; tout vibre, et l'écho des mondes emplit l'immensité.
Leibniz a exprimé la même pensée sous une forme plus populaire, mais moins exacte, en comparant les différents êtres, qui paraissent agir l'un sur l'autre, à des horloges entre lesquelles un parfait ouvrier a