‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 130 sur 205 · Noter cette fiae métaphore · texte numérisé non relu

Noter cette fiae métaphore

198 ESSAIS DB THËODICÉB.

de pure possibilité, à agir librement comme elle le fera dans le temps, lorsqu'elle parviendra à l'existence.

M. Bayle remarque fort bien lui-mâme que la liberté d'indifférence, telle qu'il Taut l'admettre, n'exclut point les inclinations el ne demande point d'équilibre. Il fait voir asseï amplement (Rép. au provincial, chap. 139,p.748et Buiv.) qu'on peut comparer rame à une balance, oii les raisons el les inclinations tiennent lieu de poids. Et selon lui on peut expliquer ce qui se passe dans nos résolutions par l'hypothèse que la volonté de l'bomme est comme une balance qui se tient en repos quand les poids de ses deux bassins sont égaux, et qui penche toujours ou d'un côté ou de l'autre selon que l'un des bassins est plus cbargé. Une nouvelle raison fait un poids supérieur, une nouvelle idée rayonne plus vivement que ia vieille, la crainte d'une grosse peine l'emporte sur quelque plaisir; quand deux passions se disputent le terrain, c'est toujours la plus forte qui demeure la maîtresse, à moins que l'autre ne soit aidée par la raison ou par quelque autre passion combinée. Lorsqu'on jette les marchandises pour se sauver, l'action, que les écoles appellent mixte esi volontaire et libre ; et cependant l'amour de la vie l'emporte indubilablement sur l'amour du bien. Le chagrin vient du souvenir des biens qu'on perd ; et l'on a d'autant plus de peine à se déierminer, que les raisons opposées approchent plus de l'égalité, comme l'on voit que la halauce se détermine plus promplemenl lorsqu'il y a une prande différence entre les poids.

Ccpcniiiinl, comme bien souvent ii y a plusieurs partis à prendre, on pourrait, au lieu de la balance, comparer l'âme avec une force qui feit efTorl en même temps de plusieurs côlé.s, mais qui n'agit que là où elle trouve le plus de facilité ou le moins de résistance. Par exemple, l'air étant comprimé trop fortement dans un récipient de verre, le cassera pour sortir. Il fait effort sur chaque partie, mais il sp jette enfin sur la plus faible. C'est ainsi que les inclinalions de l'ânie vont sur Ions les biens qui se présentent: ce sont des volcnlés aniécédentes; mais la volonté conséquente,

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qui en est le résultat, se détermine vers ce qui touche le plus (1).

Cependant cette prévalence des inclinations n'empêche point que l'homme ne soit le maître chez lui, pourvu qu'il sache user de son pouvoir (2). Son empire est celui de la raison : il n^a qu'à se préparer de bonne heure pour s'opposer aux passions (3), et il sera capable d'arrêter l'impétuosité des plus furieuses. Supposons qu'Auguste, prêt à donner des ordres pour faire mourir Fabius Maximus, se serve, à son ordinaire, du conseil qu'un philosophe lui avait donné de réciter l'alphabet grec avant que de rien faire dans le mouvement de sa colère, cette réflexion sera capable de sauver la vie de Fabius et la gloire d'Auguste. Mais sans quelque réflexion heureuse dont on est redevable quelquefois à une bouté divine toute particulière, ou sans quelque adresse acquise par avance, comme celle d'Auguste,* propre à nous faire faire les réflexions convenables en temps et lieu, la passion l'emportera sur la raison. Le cocher est le maître des chevaux, s'il les gouverne comme il doit et comme il peut ; mais il y a des occasions où il se néglige, et alors il faudra pour un temps abandonner les rênes :

Ferlur equis auriga, nec audit currus habenas.

Il faut avouer qu'il y a toujours assez de pouvoir en nous sur notre volonté, mais on ne s'avise pas toujours de l'employer. Gela fait voir, comme nous l'avons remarqué plus d'une fois, que le pouvoir de l'âme sur ses inclinations est une puissance qui ne peut être exercée que d'une manière indirecte, à peu près comme Bellarmin voulait que les papes eussent droit sur le temporel des rois. A la vérité, les actions externes qui ne surpassent point nos forces dépendent absolument de notre volonté ; mais nos volitions

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