LA CRÉATION CONTINUEE ET LE SPINOSISHE
Pour bien examiner si la conservation est une création continuée, il faudrait considérer les raisons sur lesquelles ce dogme est appuyé. Les cartésiens, à l'exemple de leur maître, se servent pour le prouver d'un principe qui n'est pas assez concluant. Ils disent que « les moments du temps • n'ayant aucune liaison nécessaire l'un avec l'autre, il ne « s'ensuit pas de ce que je suis à ce moment que je subsis- « terai au moment qui suivra, si la même cause qui me « donne l'être pour ce moment ne me le donne aussi pour « l'instant suivant. • On peut répondre qu'à la vérité il ne
1. Cette prétendue possibilité dont on ne peut se servir ressemble à de l'impuissance.
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s'ensuit point nécessairement de ce que je suis que je serai; mais cela suit pourtant naturellement, c'est à-dire de soi, per se, si rien ne Tempéche. C'est la différence qu'on peut faire entre l'essentiel et le naturel; c'est comme naturellement le même mouvement dure, si quelque nouvelle cause ne l'empêche ou le change, parce que la raison qui le fait cesser dans cet instant, si elle n'est pas nouvelle, l'aurait déjà fait cesser plus tôt.
Il est bon d'ailleurs qu'on prenne garde qu'en confondant les substances avec les accidents, en ôtant l'action aux substances créées, on ne tombe dans le spinosisme, qui est un cartésianisme outré. Ce qui n'agit point ne mérite point le nom de substance: si les accidents ne sont point distingués des substances ; si la substance créée est un être successif, comme le mouvement ; si elle ne dure pas au delà d'un moment, et ne se trouve pas la même (durant quelque partie assignable du temps), non plus que ses accidents; si elle n'opère point, non plus qu'une figure de mathémaitique, ou qu'un nombre: pourquoi ne dira-t-on pas, comme Spinosa, que Dieu est la seule substance, et que les créatures ne sont que des accidents, ou des modifications ? Jusqu'ici on a cru que la substance demeure, et que les accidents changent ; et je crois qu'on doit se tenir encore à cette ancienne doctrine, les arguments que je me souviens d'avoir lus ne prouvant point le contraire, et prouvent plus qu'il ne faut.
l'automate spirituel représente le monde.
Comme le fœtus se forme dans l'animal, comme mille autres merveilles de la nature sont produites par un certain instinct que Dieu y a mis, c'est-à-dire en vertu de la préformation divine, qui a fait ces admirables automates propres à produire mécaniquement de si beaux effets, il est aisé de juger de môme que Tâme est un automate spirituel encore plus admirable, et que c'est par la préformation divine qu'elle produit ces belles idées, où notre Volonté n'a point de part, et où notre art ne saurait atteindre. L'o-
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pératioQ des automates spirituels, c'est-à-dire des âmes, n'est poiat mécanique ; mais elle coatieat éminemment ce qu'il y a de beau dans la mécaoique : les mouvements, développés dans les corps, y étant concentrés par la représentation, comoie dans le monde idéal, qui exprime les lois du monde ad uel et leurs suites; avec cette différence du monde idéal parfait qui est en Dieu, que la plupart des perceptions dans les autres ne sont que confuses. Car il faut savoir que toute substance simple enveloppe l'univers par ses perceptions confuses ou sentiments, et que la suite de ces perceptions est réglée par la nature particulière de cettesubstance,maisd'une manière quiexprime toujours toute la nature universelle : et toute perception présente tend à une perception nouvelle, comme tout mouvement qu'elle représente tend à un autre mouvement. Mais il est impossible que l'âme puisse connaître distinctement toute sa nature, et s'apercevoir commentée nombre innombrable de petites perceptions entassées, ou plutôt concentrées ensemble, s'y forme: il faudrait pour cela qu'elle connût parfaitement tout l'univers qui y est enveloppé, c'est-à-dire qu'elle fût un Dieu.