‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 15 sur 205 · NOTICE SUR LEIBNIZ. XIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LEIBNIZ. XIX

établi l'accord, et qui continuent de s'accorder sans exercer Tune sur l'autre aucune action physique. Mais cette exemple des horloges peut donner le change sur la pensée de Leibniz et semble exprimer le contraire de ce qu'il voulait dire. Leibniz admettait en chaque être une spontanéité parfaite et un dynamisme tout intérieur ; Thorloge, au contraire, est un- mécanisme passif, où tout est produit par une influence étrangère: la comparaison de Leibniz substitue donc, contrairement à sa vraie pensée, l'harmonie par le dehors à rharmonie par le dedans. En réalité, si les monades n'ont point de fenêtres sur l'extérieur, c'est qu elles s'accordent, se perçoivent et, en un certain sens, se pénètrent par l'intérieur ; telles nos plus secrètes pensées s'accordent entre elles par l'action commune de notre intelligence, qui les tire toutes de son unité. Le bien universel, principe premier de l'activité des êtres, n*est pas en dehors d'eux : en lui ils existent, vivent et se meuvent, en lui ils s'accordent. Le dehors et l'étendue ne sont que des relations abstraites de l'entendement ou des symboles grossiers de l'imagination : tout est interne, par conséquent spontané et vivant. Ainsi, à une action physique des êtres l'un sur l'autre Leibniz veut substituer une harmonie tout intellectuelle : les êtres s'accordent entre eux par la seule influence d'une communauté de sentiment et de pensée, par le seul attrait d'une fin commune et d'un commun idéal : l'univers est une vaste société d'êtres animés d'un même désir et travaillant à la même œuvre : la perfection. <c II y a de l'harmonie, de la géométrie, de la métaphysique et, pour ainsi parler, de la morale partout. »

Page 1