‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 146 sur 205 · PRINCIPES OË LA NATURE £T DE LA GRACE. 24S · texte numérisé non relu

PRINCIPES OË LA NATURE £T DE LA GRACE. 24S

OU de la matière, on ne saurait rendre raison de ces lois du mouvement découvertes de notre temps, et dont une partie a été découverte par moi-même. Car j'ai trouvé qu'il y faut recourir aux causes finales et que ces lois ne dépendent point du principe de la nécessité, comme les vérités logiques, arithmétiques et géométriques ; mais du principe de la convenance^ c'est-à-dire du choix de la sagesse. Et c'est une des plus efficaces et des plus sensibles preuves de Texislence de Dieu pour ceux qui peuvent approfondir ces choses.

Il suit encore de la perfection de l'auteur suprême que non-seulement Tordre de Tunivers entier est le plus parfait qui se puisse, mais aussi que chaque miroir vivant représentant lunivers suivant son point de vue, c'est-à-dire que chaque Monade, chaque centre substantiel doit avoir ses perceptions et ses appétits les mieux réglés qu'il est compatible avec tout le reste. D'où il suit encore que les âmes, c'esl-à-dire les Monades les plus dominantes, ou plutôt les animaux, ne peuvent mauquer de se réveiller de l'étal d'assoupissement où la mort ou quelque autre accident les peut mettre.

Car tout est réglé dans les choses, une fois pour toutes, avec autant d'ordre et de correspondance qu'il est possible, la suprême sagesse et bonté ne pouvant agir qu'avec une parfaite harmonie. Le présent est gros de l'avenir ; le futur se pourrait lire dans le passé ; l'éloigné est exprimé dans le prochain. On pourrait connaître la beauté de l'univers dans chaque âme, si l'on pouvait déplier tous ses replis, qui ne se développent sensiblement qu'avec le temps. Mais comme chaque perception distincte de Tâme comprend une infinité de perceptions confuses qui enveloppent lout l'univers, l'âme même ne connaît les choses dont elle a perception qu'autant qu'elle en a des perceptions distinctes et relevées, et elle a de la perfection à mesure de ses perceptions distinctes.

Chaque âme connaît l'infini, connaît tout, mais confusément. Comme en me promenant sur le rivage de la mer,

F. LBIBNIZ. 14

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et entendant le grand bruit qu'elle fait, j^entends les bruits particuliers de chaque vague dont le bruit total est composé, mais sans les discerner, nos perceptions confuses sont le résultat des impressions que tout runiyers fait sur nous. Il en est de même de chaque Monade. Dieu seul a une connaissance distincte de tout, car il en est la source. On a fort bien dit qu'il est comme centre partout, mais que sa circonférence n'est nulle part, tout lui étant présent immédiatement, sans aucun éloignement de ce centre.

Pour ce qui est de Fâme raisonnable ou de Tespril, il y a quelque chose de plus que dans les Monades, ou même dans les simples âmes. Il n'est pas seulement un miroir de Tunivers des créatures, mais encore une image de la Divinité. L'esprit n'a pas seulement une perception des ouvrages de Dieu, mais il est môme capable de produire quelque chose qui leur ressemble, quoiqu'en petit. Car, pour ne rien dire des merveilles des songes, où nous inventons sans peine, et sans en avoir même la volonté, des choses auxquelles il faudrait penser longtemps pour les trouver quand on veille, notre âme est architectonique encore dans les actions volontaires, et, découvrant les sciences suivant lesquelles Dieu a réglé les choses (pondère, mensura, numéro), elle imite dans son département, et dans son petit monde où il lui est permis de s'exercer, ce que Dieu' fait dans le grand.

C'est pourquoi tous les esprits, soit des hommes, soit des génies, entrant, en vertu de la raison et des vérités éternelles, dans une espèce de société avec Dieu, sont des membres de la cité de Dieu, c'est-à-dire du plus parfait État, formé et gouverné par le plus grand et le meilleur des monarques ; où il n'y a point de crime sans châtiment, point de bonnes actions sans récompense proportionnée, et enfin autant de vertu et de bonheur qu'il est possible ; et cela, non pas par un dérangement de la nature, comme si ce que Dieu prépare aux âmes troublait les lois des corps, mais par l'ordre même des choses naturelles, en vertu de l'harmonie préétablie de tout temps.

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