PRINCIPES DE LA NATURE ET DE LA GRACE
Dieu étant aussi la plus parfaite et la plus heureuse, et par conséquent la plus aimable des substances, et Tamour pur véritable consistant dans Tétatgui fait goûter du plaisir dans les perceptions et dans la félicité de ce qu'on aime, cet amour doit donner le plus grand plaisir dont on puisse être capable, quand Dieu en est l'objet.
Et il est aisé de l'aimer comme il faut, si nous le connaissons comme je viens de dire. Car, quoique Dieu ne soit point sensible à dos sens externes, il ne laisse pas d'être très-aimable et de donner un très-grand plaisir. Nous voyons combien les honneurs font plaisir aux hommes, quoiqu'ils ne consistent point dans les qualités des sens extérieurs.
Les martyrs et les fanatiques, quoique Taffection de ces derniers soit mal réglée, montrent ce que peut le plaisir de l'esprit, et, qui plus est, les plaisirs mêmes des sens se réduisent à des plaisirs intellectuels confusément connus.
La musique nous charme, quoique sa beauté ne consiste que dans les convenances des nombres et dans le compte, dont nous ne nous apercevons pas, et que l'âme ne laisse pas de faire des battements ou vibrations des corps sonnants, qui se rencontrent par certains intervalles. Les plaisirs que la vufe trouve dans les proportions sont de la même nature ; et ceux que causent les autres sens reviendront à quelque chose de semblable, quoique nous ne puissions pas l'expliquer si distinctement.
On peut même dire que dès à présent l'amour de Dieu nous fait jouir d'un avant-goût de la félicité future. Et quoiqu'il soit désintéressé, il fait par lui-môme notre plus grand bien et intérêt, quand même on ne l'y chercherait pas, et quand on ne considérerait que le plaisir qu'il donne, sans avoir égard à l'utilité qu'il produit ; car il nous donne une parfaite confiance dans la bonté de notre auteur et maître, laquelle produit une véritable tranquillité de l'esprit, non pas comme chez les stoïciens, résolus à une patience par force, mais par un contentement présent, qui nous assure même un bonheur futur. Et, outre le plaisir présent, rien ne saurait être plus utile pour l'avenir ; car l'amour
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de Dieu remplit encore nos espérances et nous mène dans le chemin du suprfime bonlieur, parce qu'en vertu du parfait ordre établi dans l'univers, tout est fait le mieux qu'il est possible, tant pour le bien général que pour le plus grand bien particulier de ceux qui en sont persuadés et qui sont conteais du divin gouvernement ; ce qui ne saurait manquer dans ceux qui savent aimer la source de tout bien. Il est vrai que la suprême félicité, de quelque vision béatifiqtde ou connaissance de Dieu qu'elle soit accompagnée, ne saurait jamais être pleine, parce que Dieu étant intini, il ne saurait être connu entièrement.
Ainsi notre bonheur ne consistera jamais et ne doit point consister daos une pleine jouissance où il n'y aurait plus rien à désirer et qui rendrait notre esprit stupide, mais dans un progrès perpétuel à de nouveaux plaisirs et de nouvelles perfections.