VI. LA SENSATION RESSEMBLE-T-ELLE A L'OBJET SENTI
Certaines particules, frappant nos organes d'une certaine façon, causent en nous certains sentiments de couleurs, ou de saveurs, ou d'autres qualitéssecondes, qui ont la puissance de produire ces sentiments. Et il n'est pas plus difficile à concevoir que Dieu peut attacher telles idées (comme celle de chaleur, à des mouvements avec lesquels elles n'ont aucune ressemblance, qu'il est difficile de concevoir qu'il a attaché l'idée de la douleur au mouvement d'un morceau de fer qui divise notre chair, auquel mouvement la douleur ne ressemble en aucune manière.
Il ne faut point s'imaginer que ces idées de la couleur ou de la douleur soient arbitraires et sans rapport ou connexion naturelle avec leurs causes; ce n'est pas l'usage de Dieu d'agir avec si peu d'ordre et de raison. Je dirais plutôt qu'il y a une manière de ressemblance, non pas entière et pour ainsi dire in terminis, mais expressive, ou une manière de rapport d'ordre, comme une ellipse et même une parabole ou hyperbole ressemblent en quelque façon au cercle, dont elles sont la projection sur le plan, puisqu'il y a un certain rapport exact et naturel entre ce qui est projeté
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et la projectiOD qui s'ea fait, chaque point de l'un lépondant, suiTant une certaine relation, à chaque point de l'autre. C'est ce que les cartésiens ne considèrent pas assez.
Il est bien raisonnable que l'effet réponde à sa cause ; et comment assurer le contraire, puisqu'on ne connaît point dislinclemiint, ni la sensation du bleu, par exemple, ni les uiouvemenls qui la produisent? Il est vrai que la douleur ne ressemble pas aux mouvements d'une épingle, mais elle peut ressembler fort bien aux mouvemenls que cette épingle cause dans noire corps, et représenter ces mouvements dans l'âme, comme je ne doute nullement qu'elle ne fasse. C'est aussi pour cela que nous disons que la douleur est dans notre corps et uon pas qu'elle est daas l'épingle. Mais nous disons que la lumière est dans le feu, parce qu'il y a dans le feii des mouvements qui ne sont point distinctement sensibles à part, mais dont la confusion ou conjonction devient sensible et nous est représentée par l'idée de la lumière.
Mais si le rapport entre l'objet et le sentiment était naturel, comment se pourrait-il faire, comme nous remarquons en efiet, que la même eau pût paraître chaude à une personne el froide à l'autre? Ce qui fait voir aussi que la chaleur n'est pas dans l'eau non plus que la douleur dans l'épingle.
Cela prouve tout au plus que la chaleur n'est pas une qualité sensible ou uoe puissance de se faire sentir tout à fait absolue, mais qu'elle est relative à des organes proportionnés, car un mouvement propre dans la main s'y peut mêler el en altérer l'apparence- La lumière encore ne parait pas à des yeux mal constitués ; et quand ils sonl remplis eux-mêmes d'une grande lumière, une moindre ne leur . est point sensible. ( Nouveaux Essais, II, 8.)
Quoique je sois un de ceux qui ont fort travaillé sur les maliques, je n'ai pas laissé de méditer aur la philo-