‹ Extraits de la Théodicée, avec introd.,notes, et éclairoissements sur l'histoire de l'optimismeChapitre 153 sur 205 · LÈS MACHINES NATURELLES · texte numérisé non relu

LÈS MACHINES NATURELLES

Part d'un esprit borné ; cette différence ne consistant pas seulement dans le degré, mais dans le genre môme. Il faut donc savoir que les machines de la nature ont un nombre d'organes véritablement infini, et sont si bien munies et à l'épreuve de tous les accidents, qu'il n'est pas possible de les détruire. Une machine naturelle demeure encore machine dans ses moindres parties, et, qui plus est, elle demeure toujours cette même machine qu'elle a été, n'étant que transformée par de différents plis qu'elle reçoit, et tantôt étendue, tantôt resserrée, et comme concentrée lorsqu'on croit qu'elle est perdue.

De plus, par le moyen de l'âme ou de la forme, il y a une véritable unité qui répond à ce qu'on appelle moi en nous ; ce qui ne saurait avoir lieu ni dans les machines de l'art ni dans la simple masse de la matière, quelque organisée qu'elle puisse être, qu'on ne peut considérer que comme une armée ou un troupeau, ou comme un étang plein de poissons, ou comme une montre composée de ressorts et de roues. Cependant, s'il n'y avait point de véritables unités substantielles, il n'y aurait rien de substantiel ni de réel dans la collection. C'était ce qui avait forcé M. Cordemoià abandonner Bescartes, en embrassant la doctrine des atomes de Démocrite, pour trouver une véritable unité. Mais les atomes de matière sont contraires à la raison, outre qu'ils sont encore composés de parties, puisque l'attachement invincible d'une partie à l'autre (quand on le pourrait concevoir ou supposer avec raison) ne détruirait point leur diversité. Il n'y a que les atomes de substance^ c'est-à-dire les unités réelles et absolument destituées de parties qui soient les sources des actions et les premiers principes absolus de la composition des choses, et comme les derniers éléments de l'analyse des substances. On les pourrait appeler points métaphysiques : ils ont quelque chose de vital et une espèce de perception, et les points mathématiques sont leur point de vue pour exprimer l'univers. Mais quand les substances corporelles sont resserrées, tous leurs organes ensemble ne font qu'un point métaphysique

à notre égard. Aiosi les points physiques ne sont indivisibles qu'en apparence ; les points mathéoialiques sont exacts, mais ce ne sont que des modalités : il n'y a que les points métaphysiques ou de substance, constitués par les formes ou âmes, qui soient exacts et réels ; et sans eux il n^ aurait rien de réel, puisque sans les véritables unités il n'y aurait point de multitude. ( Ibid. )

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